Le français à luniversité

Le capital linguistique des universités au cœur de la gouvernance

Patrick Chardenet

Texte intégral

1Avec l’internationalisation accélérée des activités universitaires (circulation des flux de production et d’enseignement des connaissances, des flux d’enseignants-chercheurs et d’étudiants), les langues deviennent une variable stratégique dans les orientations de la gouvernance universitaire. L’étendue et la qualité des services linguistiques offerts seront rapidement un des éléments discriminants de l’attractivité des établissements et de leur capacité à exister en tant que pôles d’intérêt entre ces flux. Aide à la compréhension de conférences, à la production de communications, d’articles de mémoires et de résumés, à la traduction de ces derniers dans différentes langues, services d’accueil : une méthodologie de l’internationalisation se met en place de façon plus ou moins empirique. Activités coûteuses ? Certainement, mais aussi très rentables, comme l’ont été toutes les révolutions technologiques destinées à accroître les capacités de l’éducation et de la production de savoirs. Il existe d’ailleurs des méthodes adaptées et très productives, qui ne grèvent pas trop les budgets. Ainsi, on devrait pouvoir compter sur le potentiel linguistique d’exposition aux langues des étudiants. Malheureusement, que ce soit en amont d’un projet de mobilité ou une fois dans l’établissement d’accueil, l’étudiant représente un capital linguistique qu’on exploite très mal, à son détriment et à celui des autres. En effet, la ou les langues qu’il manie ne sont pas valorisées. Les groupes tandem sont une solution parmi d’autres qui permettent d’investir ce capital. Jean-Pierre Chavagne relate une expérience qui a rassemblé dans la même salle, chaque semaine, des étudiants coréens en séjour d’études à l’Université Lyon 2 et des étudiants inscrits dans une unité de formation en coréen. Si les politiques linguistiques scientifiques et éducatives des universités sont une affaire de gouvernance, elles s’inscrivent aussi dans un contexte global où la gestion des relations entre les langues représente un enjeu social, économique, juridique et culturel pour lequel les acteurs de la société civile sont des vecteurs essentiels. Christian Tremblay et Astrid Guillaume montrent ainsi comment un observatoire associatif peut devenir un interlocuteur des décideurs en rassemblant des renseignements et en intervenant dans la vie démocratique.

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Pour citer

Patrick Chardenet, Le capital linguistique des universités au cœur de la gouvernance
Le français à l'université , 15-01 | 2010
Mise en ligne le: 06 décembre 2011, consulté le: 17 juin 2019

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Auteur

Patrick Chardenet

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