Le français à luniversité

Aspects de la dynamique du français dans les universités membres de l’AUF en Amérique latine

Patrick Chardenet

Texte intégral

1« Universelle1 », « en perte de vitesse2 », « orpheline3 », « convoitée4 », « vulnérable5 »... la langue française a souvent fait l’objet de qualifications variables du point de vue de ses positions par rapport aux autres langues concurrentes ou partenaires. Parfois justes, relevant de l’analyse de faits et parfois moins fondées, relevant d’un simple sentiment ou d’un souhait. Que ce soit dans les pays où elle s’est constituée ou est devenue langue officielle, ou que ce soit hors des frontières où elle est ainsi établie, c’est peut-être une des langues, voire la langue avec laquelle on parle le plus des langues, d’elle-même et de toutes les langues. Dans l’espace américain, elle ne contribue pas officiellement à la dénomination « Amérique latine » puisque le Québec, l’Acadie, la Louisiane et la Guyane en sont exclus, ce qui est un facteur d’imprécision sur le plan géolinguistique, mais qui s’explique sur le plan géopolitique. Utilisée pour la première fois par le poète colombien José María Torres Caicedo en 1856 et par le socialiste chilien Francisco Bilbao, l’expression « Amérique latine » est reprise en français vers 1860 dans le discours aux visées coloniales de l’aventure mexicaine (Napoléon III). De son côté, l’Espagne a toujours préféré les expressions « Hispano América » ou encore « Ibero América » pour la désigner, comme en témoignent les textes de l’Organisation des États ibéro-américains. Amérindiennes par son foyer initial de peuplement et sa souche culturelle, anglo-saxonnes et latines par ses colonisations, africaines par les déportations de l’esclavagisme, les Amériques sont également asiatiques, européennes, orientales par les vagues migratoires qui les ont peuplées.

2En Amérique latine, la langue française est une parmi les autres, à la fois dehors et dedans. En dehors et à l’intérieur de frontières, en dehors et à l’intérieur des locuteurs. Les projets universitaires qui sont relatés ici en témoignent par les liens de savoirs et de formation qu’elle tisse entre les enseignants-chercheurs, entre les étudiants, par les rôles qu’elle joue à de multiples niveaux entre les établissements d’enseignement supérieur. Plusieurs centaines d’universitaires latino-américains sont inscrits au répertoire des chercheurs francophones (http://www.savoirsenpartage.auf.org/chercheurs/); le Réseau sud-américain d’enseignants-chercheurs en langue française et cultures francophones (CLEFS-AMSUD http://www.savoirsenpartage.auf.org/groupes/22/) compte plus de 30 membres actifs, et 32 établissements d’enseignement supérieur en Amérique latine sont membres de l’AUF (http://www.auf.org/membres/).

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Notes

1 A. de Rivarol, (1784), De l’universalité de la langue française.

2 http://www.slateafrique.com/929/senegal-francais-perte-vitesse

3 B. Cerquiglini, (2007), Une langue orpheline, Minuit.

4 P. Dahlet, (2008), « Caraïbe et Amérique centrale : le français en évolution régionale », dans J. Maurais, P. Dumont, J.-M. Klinkenberg, B. Maurer et P. Chardenet (dir.), L’avenir du français, EAC/AUF, p. 195-199.

5 Ibid.

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Pour citer

Patrick Chardenet, Aspects de la dynamique du français dans les universités membres de l’AUF en Amérique latine
Le français à l'université , 19-02 | 2014
Mise en ligne le: 11 juin 2014, consulté le: 19 mars 2019

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Auteur

Patrick Chardenet

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