Le français à luniversité

Les Français au Brésil : XIXe — XXe siècles

Patrick Chardenet

Référence de l'oeuvre:

Vidal, Laurent et Tania Regina de Luca (dir.), (2011), Les Français au Brésil : XIXe — XXe siècles, Les Indes savantes, Paris, 500 pages (version française de Franceses no Brasil [Séculos XIX – XX], Editora Unesp, São Paulo, 2009).

Texte intégral

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1Aujourd’hui, plus de deux millions de Français résident à l’étranger. Parmi eux, ceux qui sont nés en France n’ont jamais été aussi nombreux. La construction européenne, l’ouverture des marchés du travail avec la mondialisation, les programmes de stages professionnels et d’échanges universitaires sont les facteurs les plus déterminants de cette dynamique. Il y aurait aujourd’hui environ 30 000 Français au Brésil. Mais il n’en a pas toujours été ainsi en comparaison avec d’autres communautés nationales. L’immigration française au Brésil commence avec la création de la France antarctique, éphémère colonie qui occupa la baie de Rio de Janeiro de 1555 à 1560, mais c’est surtout à partir du XIXe siècle qu’elle prend de l’importance. De 1850 à 1965, un lent mouvement continu agrège environ 100 000 Français qui s’installent au Brésil (deuxième destination en nombre d’immigrants français en Amérique du Sud après l’Argentine), ce qui reste faible par rapport aux vagues d’immigration venant des voisins européens (italiens, portugais, espagnols, allemands) et dans l’ensemble des communautés nationales immigrées.

2La différence se traduit aussi en particularités tout au long du processus migratoire qui va de la décision à l’intégration en passant par l’installation. L’ouvrage collectif en cinq parties, sous la direction de Laurent Vidal et Tania Regina de Luca, compile des études sur la présence des immigrants français au Brésil qui associent à l’histoire démographique et aux contextes économiques du développement les facteurs psychologiques et les mythes que la littérature a largement exploités. Comme celui que l’immigration française a été fortement qualifiée, conduisant à des emplois dans l’enseignement, la mode ou la cuisine. Il propose une approche de la présence française au Brésil à partir d’une analyse de ce processus, entre les motivations de départ, les caractéristiques de l’installation et de l’intégration dans une sorte d’« invisibilité » communautaire des Français. Les travaux procèdent ainsi à une révision des déclencheurs de l’émigration française et de sa présence au Brésil, dans un creuset où les nombreuses autres nationalités immigrées s’avèrent plus visibles, dans une société brésilienne à fort plurimétissage. Sont questionnés la décision d’émigrer, le choix du Brésil et l’importance des facteurs économiques, politiques et sociaux associés. Les catégories de la société française qui ont été plus particulièrement concernées par cette émigration. Le poids de l’émigration spontanée versus celui de l’émigration par contrat. Pour répondre, les auteurs examinent l’action des réseaux familiaux, des intermédiaires agents recruteurs et le fruit de l’imaginaire qui ont contribué à façonner un « désir de Brésil ».

3Une fois établis, les immigrants français ont privilégié certains secteurs d’activité tout en restant relativement variés dans leur choix, par rapport à la concentration économique d’autres nationalités immigrées. Leur distribution initiale (aussi bien dans les États de São Paulo et de Rio de Janeiro que dans ceux du Ceará et d’Amazonie) et leur mobilité sur un territoire brésilien immense (quinze fois celui de la France) présentent également des particularités dynamiques au regard des sédentarités d’origine, et beaucoup n’hésitèrent pas à alterner des expériences urbaines et des expériences rurales dans un contexte où, entre 1940 et 1980, se produit une véritable inversion de la localisation de la population brésilienne (le taux d’urbanisation était de 26,35 % en 1940 et de 68,86 % en 1980).

4À la suite de la publication de cet ouvrage conçu dans le cadre de l’Année de la France au Brésil (2009), Laurent Vidal, chercheur en histoire du Brésil et des Amériques au Centre de Recherches en Histoire Internationale et Atlantique (Université de La Rochelle), continue d’observer les implications identitaires des situations d’attente éprouvées par les migrants en constituant un corpus de lettres envoyées par des immigrants à leurs familles restées en France.

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Pour citer

Patrick Chardenet, Les Français au Brésil : XIXe — XXe siècles
Le français à l'université , 20-01 | 2015
Mise en ligne le: 25 mai 2015, consulté le: 21 janvier 2019

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Auteur

Patrick Chardenet

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