Le français à luniversité

Produire et reproduire la francophonie en la nommant

Patrick Chardenet

Référence de l'oeuvre:

Bélanger, Nathalie, Nicolas Garant, Phyllis Dalley et Tina Desabrais, (2010), Produire et reproduire la francophonie en la nommant, Éditions Prise de parole, Sudbury, 366 pages.

Texte intégral

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1L’acte de nommer relèved’une dynamique entre langue et discours. Dire « ceci n’est pas une pipe » implique de savoir ce qu’est une pipe. Dire «c’est de l’art » ne définit l’art que par la légitimité qu’on accorde à l’auteur de cette déclaration. Il en va de même pour le sujet francophone et la francophonie : le discours est un acteur qui trouve ses origines dans le monde qui le précède, monde dont un précédent discours a déjà parlé. Dans l’ouvrage qui nous occupe ici, 19 chercheurs canadiens interrogent moins la définition de la francophonie, que l’émergenceet la circulation de cette notion dans différents contextes sociaux.

2Produire et reproduire la francophonie en la nommant montre comment, dans différents contextes canadiens, le discours et son institutionnalisation organisationnelle produisent des ensembles de signes qui tracent des périmètres dans lesquels se reconnaît la francophonie. On traite ici des aspects du discours liés à l’analyse, à la sociologie, à la sociolinguistique, à l’ethnologie et à la philosophie pour mettre en évidence que la francophonie n’est pas une donnée, mais un construit (ou une « interrogation sur les mots et les catégories », selon P. Dalley, N. Bélanger et T. Desabrais, p. 356). Au fond, la francophonie n’est explicable que par l’articulation des discours qui l’ont engendrée et qu’elle engendre. On s’interrogera notamment sur la place accordée au seul article qui ne concerne pas le contexte canadien, « Vivre la francophonie en Corse : reproduction et transformation(s) dans un contexte d’élaboration d’une langue minorisée » (A. Jaffre, p. 125-147), qui est ancré dans un contexte méditerranéen et européen. En corollaire, on se posera aussi des questions sur la cohérence d’un ensemble qui s’appuie sur la variété et les identités plurielles, mais dont le corpus se limite au Canada (sauf l’exception corse) tout en puisant une part importante de ses références dans la variété de l’archipel francophone (G. Parker, p. 35-62), principalement en France. Tout se passe comme si la francophonie ne pouvait s’appréhender sans l’ensemble de ses discours, quelle que soit la composante contextuelle et territoriale considérée ; comme si elle ne pouvait se départir de ses liens et de ses relations, c’est-à-dire des rapports du sujet francophone avec les objets qui constituent le monde interne et externe dans et avec lequel il vit. Au fond, est francophone celui qui se dit francophone ou qui est désigné comme tel par la francophonie.

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Pour citer

Patrick Chardenet, Produire et reproduire la francophonie en la nommant
Le français à l'université , 15-03 | 2010
Mise en ligne le: 22 novembre 2011, consulté le: 16 janvier 2019

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Auteur

Patrick Chardenet

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