Le français à luniversité

…Et le monde parlera français

Haydée Silva

Référence de l'oeuvre:

Pilhion, Roger et Marie-Laure Poletti, (2017), …Et le monde parlera français, IggyBook, Paris, 445 pages.

Texte intégral

1Roger Pilhion et Marie-Laure Poletti, auteurs de cet ouvrage, mettent à profit leur riche expérience et leur connaissance approfondie des institutions et du terrain pour dresser un panorama très complet de la situation actuelle de la langue française, pour s’interroger sur les stratégies de promotion à mettre en place et pour recenser de nombreuses pistes concrètes d’action.

2Ainsi, dans le tout premier chapitre, ils établissent un bilan systématique et détaillé de l’état actuel de la francophonie dans le monde : nombre de locuteurs, critères d’appréciation de l’importance d’une langue de diffusion internationale, situation par pays. Au-delà des chiffres, ils expliquent, problématisent, proposent des pistes de réflexion. Le chapitre 2 complète le tableau en nous invitant à explorer la situation du français comme langue étrangère et comme langue d’enseignement à travers les continents puis synthétise l’essentiel de ces données dans la section « Repères ». Le chapitre suivant interroge quant à lui la place de la langue française dans les organisations internationales et européennes.

3Le chapitre 4 rappelle les principales raisons pour promouvoir la langue française dans le monde, en soulignant les enjeux politiques, économiques et culturels qui y sont associés. Ce chapitre inclut à nouveau une section « Repères », grâce à laquelle on saisit en un coup d’œil la place de la langue française dans la mondialisation, le rôle de la Francophonie institutionnelle ou encore la liste des principaux acteurs hexagonaux de la politique du français, de la DGLFLF à la CCI, en passant par la DGMDP, la DGESIP, l’AEFE et l’OFII1.

4Le chapitre suivant aborde un à un les atouts majeurs de la langue française dans le contexte actuel. Au-delà de l’image de la France et de la Francophonie, Pilhion et Poletti mettent en lumière le rôle crucial de certains acteurs dont l’influence est parfois méconnue, voire minorée, ignorée ou dédaignée : les professeurs étrangers de français, la diplomatie culturelle, l’enseignement français à l’étranger, les alliances françaises, les médias francophones, les Français de l’étranger, les étudiants étrangers en France et les populations étrangères et immigrées en France.

5Les trois derniers chapitres sont résolument tournés vers l’action. Ainsi, le chapitre 6 examine 13 exemples de bonnes pratiques destinées à promouvoir la langue française et la francophonie (dont par exemple les sections bilingues, les certifications, la labellisation des centres de langue française ou les programmes de mobilité, pour n’en citer que quelques-uns). Le chapitre 7 discute des priorités géographiques, signale 6 priorités sectorielles et suggère des actions politiques à mettre en place. Quiconque est engagé de près ou de loin et à quelque titre que ce soit dans la francophonie devrait trouver écho à ses préoccupations dans les six priorités sectorielles pointées par les auteurs, à savoir : former les enseignants, promouvoir l’enseignement du et en français dans les systèmes éducatifs et l’enseignement supérieur partout dans le monde, favoriser partout où c’est possible un enseignement en langue française, développer autrement l’enseignement français à l’étranger, soutenir le marché de la formation linguistique des adultes et cibler les publics porteurs, et proposer un apprentissage du français en ligne. Les axes stratégiques consistent quant à eux à soutenir l’emploi du français dans les organisations internationales; à favoriser l’emploi du français des affaires et dans les affaires; à favoriser la mobilité des élèves, des étudiants et des enseignants; à favoriser la reconnaissance institutionnelle des apprentissages et des enseignements; à favoriser un environnement francophone. Cet ambitieux programme ne saurait aboutir sans une reconnaissance de la promotion de la langue comme une priorité politique. C’est là le cœur du huitième et dernier chapitre.

6Après une conclusion sur les perspectives pour la langue française dans le monde, le livre offre une synthèse de ses principaux contenus (pourquoi et comment promouvoir le français et la francophonie? Comment en faire une véritable priorité politique?) ainsi que plusieurs annexes utiles sur les acteurs institutionnels, publics et/ou associatifs de la francophonie, suivies d’une bibliographie, d’une sitographie et d’une liste de sigles.

7Dans ce travail scientifique d’envergure, les auteurs proposent chaque fois des lectures critiques fondées sur des données solides. Loin de l’optimisme béat fondé sur les chiffres de millions de locuteurs africains qui font miroiter un avenir radieux pour la langue française, mais loin aussi du défaitisme, ce bilan tient du plaidoyer solidement argumenté. Écrit dans un style clair et concis, l’ouvrage conjugue avec bonheur un regard surplombant et une grande attention portée aux détails. Il devrait donc satisfaire aussi bien les néophytes que les spécialistes, des étudiants en thèse qui cherchent à diagnostiquer la situation de la langue française dans leur pays aux responsables institutionnels qui s’interrogent sur les politiques plurilingues — ou non — à mettre en œuvre, en passant par les enseignants qui abordent dans leurs cours des questions liées à la langue française et à la francophonie. Nul doute que ce livre autoéditéest destiné à devenir un ouvrage de référence, d’autant plus que sa version numérique est facilement accessible et à la portée des petits budgets.

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Notes

1  Respectivement la Délégation générale à la langue française et aux langues de France (DGLFLF), la Chambre de commerce et d'industrie (CCI), la Direction générale de la mondialisation, du développement et des partenariats (DGMDP), la Direction générale de l'enseignement supérieur et de l'insertion professionnelle (DGESIP), l’Agence pour l'enseignement français à l'étranger (AEFE) et l’Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII).

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Pour citer

Haydée Silva, …Et le monde parlera français
Le français à l'université , 22-04 | 2017
Mise en ligne le: 07 décembre 2017, consulté le: 22 janvier 2018

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