Le français à luniversité

La recherche sur le français langue étrangère à l’UNAM : quelques éléments de bilan à l’heure de l’adhésion à l’AUF

Haydée Silva

Texte intégral

1Lors des XVI Sesiones para Docentes e Investigadores del Francés Lengua Extranjera (SEDIFRALE, février 2014, Heredia, Costa Rica), nous avions évoqué l’état de la recherche sur les langues étrangères en général et du français langue étrangère en particulier à l’Universidad Nacional Autónoma de México (UNAM). Depuis, l’UNAM a adhéré à l’Agence universitaire de la Francophonie (AUF) et le Mexique est devenu membre observateur de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). Dans l’attente de la parution de La investigación en el área de lenguas extranjeras en la UNAM : diagnóstico y perspectivas (Ignatieva et al., sous presse), il nous semble utile de rappeler ici certains des principaux éléments déjà mis en exergue lors des XVI SEDIFRALE.

2Les résultats relatifs aux langues étrangères dans leur ensemble
Le bilan dont il sera question ici a été établi en 2013 par la Subcomisión de Fomento a la Investigación en el Área de Lenguas Extranjeras (SFIALE, sous-commission de promotion de la recherche dans le domaine des langues étrangères), dans le but de dresser un répertoire homogène, systématique et fiable des travaux de recherche en cours au sein de l’institution dans le domaine en question. Pour ce faire, elle a créé la BDILE-UNAM (Base de datos sobre investigación en el área de lenguas extranjeras en la UNAM)1. Cette base de données recueille des données diverses, classées en trois grandes catégories : données générales du projet, information sur le(s) responsable(s) et le(s) participant(s), produits obtenus. Malgré le caractère souvent lacunaire et donc toujours provisoire des informations obtenues, des tendances générales relatives à la recherche en langues étrangères à l’UNAM ont pu être identifiées.

3Ainsi, d’après la BDILE-UNAM, à la fin de l’année 2012, il existait à l’UNAM 104 projets en cours dans le domaine des langues étrangères (LE). Les recherches ainsi identifiées étaient menées au sein d’une dizaine de centres d’enseignement, facultés et écoles, même si plus de la moitié des projets (63 %) concernaient le seul Centro de Enseñanza de Lenguas Extranjeras, et notamment son département de linguistique appliquée.

4Sur les quatre sous-disciplines proposées2 (linguistique appliquée, linguistique théorique, linguistique de systèmes et études interdisciplinaires), la linguistique appliquée apparaît par ailleurs comme la sous-discipline de rattachement dominante (78 %)3.

5Seize langues sont concernées par les projets de recherche répertoriés : le trio de tête est constitué de l’anglais (22 %), de l’espagnol langue étrangère (21 %) et du français (20 %). Elles sont suivies de loin par l’italien (10 %), l’allemand (4 %), le portugais, l’hébreu, le russe et les « langues indiennes » non spécifiées (3 % chacun), puis par le japonais (2 %) et sept langues avec 1 % : le catalan, le chinois, le grec, le nahuatl, l’otomi, le roumain et le sanscrit.

6La formation des responsables et des participants à ces projets de recherche en LE renvoie souvent à un horizon disciplinaire faiblement lié à la didactique des langues et des cultures (plusieurs d’entre eux ont une formation en lettres), voire très éloigné de ce même champ (électronique, orthodontie, mathématiques ou design industriel, par exemple); cependant, la formation de troisième cycle tend à accorder une place importante à la linguistique, à la didactique des langues et des cultures et à l’éducation.

7D’après les données recueillies, 72 projets sur 104 ont abouti à des produits, mais seuls 20 projets fournissent des informations spécifiques à ce sujet. Sur les 83 produits répertoriés, il y a 34 articles dans des revues à comité de lecture, 18 articles dans des actes de congrès, 11 chapitres de livre, 8 livres, 8 logiciels, 7 mémoires de master, 7 publications en ligne, 5 ressources didactiques, 2 comptes rendus, 2 mémoires de licence et 2 thèses de doctorat. Cette productivité relativement faible, eut égard au nombre total de projets concernés, peut en réalité être due aux difficultés rencontrées pour un recueil exhaustif des données et resterait donc à confirmer ou à invalider.

8La place du français langue étrangère
D’après les résultats obtenus, la recherche sur le FLE occupe à l’UNAM une place importante (20 %), très proche de celle de l’anglais (22 %) et de l’espagnol langue étrangère (21 %). De plus, elle s’inscrit assez souvent dans une logique plurilingue, dans la mesure où, sur les 22 projets FLE répertoriés, 7 concernent également d’autres langues. Parmi ces 22 projets, 8 sont individuels, tandis que les 14 restants impliquent des équipes réunissant de 2 à 12 participants; ce pourcentage de projets collectifs (64 %) est un peu plus élevé que le pourcentage des projets de même type toutes langues confondues (52 %).

9Un seul de ces projets bénéficie d’un soutien financier spécifique de la part de l’UNAM, tandis que 4 d’entre eux, enregistrés par la même responsable, ont obtenu un soutien externe (notamment de la part du Groupe de travail Mexique-Québec, de l’Agence universitaire de la Francophonie et de la Fédération internationale des professeurs de français).

10Sur les 14 responsables des projets relatifs au FLE, 7 ont obtenu un doctorat, ce qui signifie qu’ils ont un niveau de formation supérieur qui double la moyenne établie pour l’ensemble des chercheurs en LE (50 % vs 25 %).

11La BDILE-UNAM fait apparaître 16 axes de recherche différents en lien avec le FLE :

  • le design curriculaire (quatre projets);

  • l’écrit (trois projets);

  • la formation de professeurs, l’évaluation et l’interculturel (deux projets chacun);

  • l’intercompréhension en langues romanes, l’évaluation, les technologies de l’information et la communication appliquées à l’enseignement/apprentissage des langues, la didactique des langues et des cultures, le matériel pédagogique, l’évaluation, l’acquisition de la langue, la socioanthroponymie, le jeu et la terminologie (un projet chacun). 

12Ces 22 projets de recherche ont abouti à 42 produits déclarés (5 livres, 28 articles, un mémoire, 1 thèse, 5 blogues). Ce taux de productivité nettement supérieur à la moyenne (42 produits pour 22 projets en français, contre 83 produits pour 104 projets toutes langues confondues) est à mettre en rapport avec 5 projets enregistrés par une même responsable et faisant état de 18 produits. Cependant, il reste qu’avec 5 livres sur un total de 8 (soit 63 %) et 28 articles sur un total de 52 (soit 54 %), la recherche dans le domaine du FLE fait preuve d’une bonne productivité à l’UNAM.

13Cinq perspectives d’action
Sur la base des résultats obtenus, et en reprenant des éléments de l’analyse consacrée à la productivité dans la recherche en LE par Ramírez Romero, Reyes Cruz et Cota Grijalva (Ramírez Romero, 2010 : 273-277), la SFIALE a identifié cinq grandes pistes d’actions à envisager pour la promotion de la recherche en LE à l’UNAM, à savoir :

  • Renforcer aussi bien la constitution de groupes de recherche que le travail en réseau.

  • Favoriser la continuité des axes de recherche, en favorisant notamment les projets collectifs avec un soutien institutionnel ouvert.

  • Soutenir la formation à la recherche en (F)LE.

  • Mieux exploiter les instances de diffusion et de valorisation.

  • Élargir et consolider le soutien institutionnel, notamment par la promotion d’un habitus orienté vers la recherche, par une plus grande stabilité contractuelle et un meilleur accès aux sources de financement.

14Pour les quatre premières pistes mentionnées, la récente adhésion de l’UNAM à l’AUF et la participation du Mexique à l’OIF ouvrent des perspectives favorables pour le développement de la recherche dans le domaine du français langue étrangère. Ce pari sur la francophonie devrait avoir des effets positifs : par exemple, il est en mesure de favoriser la consolidation des réseaux déjà existants, dont le groupe créé depuis 2001 autour des rencontres nationales de programmes universitaires de formation FLE au Mexique; d’offrir de nouvelles options de financement de projets multilatéraux; de faciliter la participation de l’UNAM aux actions de formation à la recherche en FLE déjà portées par l’AUF; d’encourager une meilleure exploitation des possibilités de diffusion et de valorisation déjà existantes.

15Néanmoins, à court, à moyen et à long terme, il faudra traduire ces signes positifs en actions concrètes, placées sous le signe de la coopération plurilingue et pluridisciplinaire, et dont le bénéfice aura des retombées non seulement à l’UNAM, mais aussi au Mexique, en Amérique latine et dans le monde.

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BIBLIOGRAPHIE

Brambila Rojo, O. F, L.E. Prieto Marín, T. Sule Fernández, T. et al., (2007), La enseñanza de lenguas en la UNAM, México, UNAM. Disponible en ligne : http://www.caahya.unam.mx/diagnostico_coele_jun-08 [Consulté le 2 février 2014]

Ramírez Romero, J. L. (coord.), 2007, Las investigaciones sobre la enseñanza y el aprendizaje de lenguas extranjeras en México. México, Plaza y Valdés, Universidad de Sonora, Universidad del Altiplano, Universidad de Colima, Universidad Autónoma de Baja California, Universidad Autónoma de Chiapas, Universidad de Quintana Roo, Universidad Autónoma de Tamaulipas.

Ramírez Romero, J. L. (coord.), 2010, Las investigaciones sobre la enseñanza de lenguas extranjeras en México: una segunda mirada, México, Cengage Learning, Universidad de Sonora, Universidad Autónoma del Estado de Morelos, Universidad Autónoma del Estado de Hidalgo.

Ramírez Romero, J. L. (coord.), 2013, Una década de búsqueda: las investigaciones sobre la enseñanza y el aprendizaje de lenguas extranjeras en México (2000-2011), México, Pearson.

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Notes

1 http://www.uca.unam.mx/sfiale/QuienesSomos.aspx

2 Le découpage en disciplines, sous-disciplines, domaines et sous-domaines a fait l’objet d’un long débat au sein de la sous-commission. En fin de compte, la didactique des langues et des cultures n’a pas été retenue. Ce qui s’en rapproche le plus, c’est le domaine « Éducation » au sein de la sous-discipline « Linguistique appliquée ». Pour visualiser l’ensemble de l’arborescence, on peut consulter http://www.uca.unam.mx/sfiale/AcercaBD.aspx.

3 Tous les pourcentages ont été ici arrondis.

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Pour citer

Haydée Silva, La recherche sur le français langue étrangère à l’UNAM : quelques éléments de bilan à l’heure de l’adhésion à l’AUF
Le français à l'université , 20-01 | 2015
Mise en ligne le: 19 mars 2015, consulté le: 23 août 2019

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