Le français à luniversité

Le français, maison commune dans les Amériques
Compte rendu des XVIes SEDIFRALE (Heredia, Costa Rica, février 2014)

Haydée Silva

Texte intégral

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1Un peu moins de quatre ans après Rosario (Argentine), les professeurs de français langue étrangère du continent américain se sont retrouvés du 3 au 7 février 2014 à Heredia, au Costa Rica, pour la XVIe édition des Sesiones para Docentes et Investigadores de Francés Lengua Extranjera (SEDIFRALE), congrès régional de la Commission pour l’Amérique latine et la Caraïbe (COPALC) de la Fédération internationale des professeurs de français (FIPF) et sans doute la plus importante des rencontres académiques de cette discipline après les congrès internationaux de la FIPF.

2Ce moment fort de la vie professionnelle et associative a pu avoir lieu grâce aux efforts conjugués de la FIPF, la COPALC et l’Association costaricienne des professeurs de français (ACOPROF), associées à l’Institut français d’Amérique centrale (IFAC), l’Ambassade de France au Costa Rica et l’Alliance française de San José, en partenariat avec le Ministère français des Affaires Étrangères et Européennes, le Ministère costaricien de l’Éducation Publique, l’Université Nationale de Heredia (UNA), l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), l’Agence universitaire de la Francophonie (AUF), TV5 MONDE, Radio France Internationale (RFI), l’Institut français et la Fondation Alliance française.

3Début février 2014, donc, sous la devise « Le français naturellement », plus d’un demi-millier de participants — parmi eux, près de 200 intervenants — venus des 4 coins des Amériques, mais aussi d’Europe et d’Asie, se sont retrouvés dans les locaux de la jeune Université Nationale d’Heredia pour participer aux très nombreuses activités proposées : communications, tables rondes, conférences plénières et semi-plénières, ateliers, affiches ont prouvé le dynamisme des acteurs francophones en Amérique. Comme d’habitude, il était extrêmement difficile d’arrêter son choix, tant l’offre était attrayante et diversifiée. Jeunes professeurs et enseignants chevronnés, étudiants, formateurs, chercheurs, éditeurs et francophiles de tous bords ont ainsi eu l’occasion de se retrouver et de tisser serrée la trame de la francophonie en Amérique.

4Il convient de rappeler que le Costa Rica, qui avait déjà accueilli des SEDIFRALE en 1980, est le seul pays d’Amérique latine où le français est encore une langue enseignée à titre obligatoire dans le système public, pendant les 3 années de l’enseignement secondaire : d’après Gabriela Núñez, présidente de l’ACOPROF, environ 320 000 apprenants sont ainsi concernés, dans un pays dont la population totale ne dépasse pas les 5 000 000 de personnes. Ce n’est pas pour rien que le Costa Rica accueille l’Institut français d’Amérique centrale et que le pays s’est porté candidat pour devenir membre observateur de l’OIF. Ce qui précède explique sans doute la participation très active des enseignants locaux à cette rencontre clé : on comptait plus de 250 Costariciens parmi les inscrits, et la première journée d’activités du SEDIFRALE leur a été spécialement adressée.

5Le riche programme académique allait de pair avec de multiples activités culturelles : de nombreux concerts, des déclamations et des panneaux de poésie, une exposition photographique, des représentations théâtrales — dont l’adaptation de Stupeurs et tremblements d’Amélie Nothomb par la comédienne franco-marocaine Layla Metssitane —, une conférence-débat avec le cinéaste Patrice Leconte, et même des « murs parlants » où chacun était invité à s’exprimer par les mots ou le dessin, une foule éclair (flash mob), des séances de méditation et des démonstrations de tai-chi.

6Le but des interventions académiques était d’apporter des réponses multiples à des interrogations organisées autour de six grands axes thématiques :

  1. Le français dans une écologie de l’enseignement responsable (un enseignement des langues pour quelle vision de l’humain? Quels liens entre enseignement éthique et éthique de l’enseignement? Comment aborder la problématique des échecs dans le cadre des pratiques évaluatrices, pas toujours adaptées? Les valeurs du français sont-elles réalité ou illusion?);

  2. Le français, une langue pour la vie professionnelle (quel diagnostic peut-on dresser aujourd’hui de la formation des professeurs de FLE, à la croisée des chemins? Où en est la professionnalisation du métier de professeur FLE? Que savons-nous sur le français comme domaine professionnel en Amérique latine et dans les Caraïbes? Quel est actuellement l’accès au français dans la formation professionnelle dans les Amériques?);

  3. La littérature, jeu de mémoire et de miroirs (que peut-on dire aujourd’hui sur la littérature entre la tradition et la création? Sur l’interculturel et l’altérité? Sur le devenir de la littérature dans l’espace numérique? Sur la création littéraire en contexte scolaire? Sur la traduction littéraire?);

  4. Politique linguistique, une peau de chagrin? (Quel est l’état de la question du plurilinguisme en Amérique Latine et dans les Caraïbes, ainsi qu’au Costa Rica? Peut-on parler d’une « empathie de la francophonie »? Comment relever le défi du multilinguisme et de la diversité culturelle? Quel est le rôle et quelles sont les missions des associations de professeurs de français?)

  5. Sciences du langage, un éclairage sur les processus d’acquisition (quelles avancées théoriques peut-on identifier dans la psycholinguistique, la sociolinguistique, l’analyse du discours, les sciences du langage et les sciences cognitives? Comment conjuguer au mieux théorie et pratique?);

  6. Didactique, un dialogue de réflexion et de pratiques (quelles bonnes pratiques est-il possible de partager, selon quelles modalités de transfert? Comment faut-il entendre et que faut-il attendre des parcours d’apprentissage? Le Cadre européen commun de référence pour les langues est-il applicable et pertinent pour l’Amérique latine et les Caraïbes? Quels sont les supports d’enseignement et d’apprentissage pour la classe de FLE disponibles à ce jour?).

7Aux réflexions théoriques se sont ajoutés, outre les pauses culturelles, de nombreux comptes rendus d’expériences sur le terrain, axés aussi bien sur des sujets déjà bien connus et pourtant toujours fertiles que sur des thèmes ascendants, tels que l’exploitation des tablettes, les formations hybrides, le rôle des tuteurs en ligne, la twitterfabulation ou encore la gamification.

8Il est impossible de rendre compte ici par le menu du foisonnement de mots, d’idées et d’actions qui a caractérisé ces XVIes SEDIFRALE. Contentons-nous d’évoquer trois moments forts, choisis en toute subjectivité.

9Jean-Pierre Cuq, président de la FIPF, a profité de l’inauguration pour rappeler l’importance de participer activement au projet de Livre blanc de l’enseignement du français dans le monde. Grâce à cette initiative, en effet, il sera possible de mieux connaître la situation sur le terrain de la langue française dans les différents pays, les choix de politique linguistique et éducative qui accompagnent cette présence, les dispositifs d’enseignement mis en œuvre, les dispositifs existants de formation initiale et continue pour les enseignants de français, des témoignages sur les conditions générales d’enseignement de la langue française et les évolutions envisagées.

10Daniel Maximin, écrivain guadeloupéen, a exploré pour sa part lors de la clôture ce que signifie la francophonie, en soulignant combien la langue, les langues, peuvent servir une visée émancipatrice.

11Lors de la conférence plénière d’ouverture, Carlos Cortés, écrivain costaricien francophone et francophile, a disserté quant à lui sur l’hospitalité de la langue étrangère. Il a affirmé que le français, l’ayant rendu bilingue, a fait de lui par la même occasion un citoyen du XXIe siècle, « statut en construction, qui se débat entre méfiance et scepticisme, entre les ruines d’une idée de civilisation et l’image d’une maison où nous puissions tous vivre. Une maison où nous pourrions tous parler ensemble, non pas à partir du rêve d’une langue unique, mais de la diversité de langues ».

12Tous ceux qui ont été accueillis à Heredia dans l’incomparable maison commune qu’est pour nous la langue française, et ceux qui n’ont pu en être, sont attendus lors du prochain rendez-vous, qui se tiendra à Bogotá (Colombie), en 2018.

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Pour citer

Haydée Silva, Le français, maison commune dans les Amériques
Compte rendu des XVIes SEDIFRALE (Heredia, Costa Rica, février 2014)
Le français à l'université , 19-02 | 2014
Mise en ligne le: 07 juillet 2014, consulté le: 15 septembre 2019

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