Le français à luniversité

Faire texte. Frontières textuelles et opérations de textualisation

Karen Ferreira-Meyers

Référence de l'oeuvre:

Adam, Jean-Michel, (2015), Faire texte. Frontières textuelles et opérations de textualisation, coll. Annales littéraires de l’Université de Franche-Comté, Série Linguistique, sémiotique et communication, Presses universitaires de Franche-Comté, 360 pages.

Texte intégral

1La couverture du livre, un texte sobre et une belle reproduction du Livre ouvert de Gris Juan (dit), Gonzales Perez Jose Victoriano, promettent un ouvrage clair, méthodique et bien structuré. Dans l’avant-propos, Jean-Michel Adam explique la raison d’être de la publication. En effet, il s’agissait de mettre sur papier le travail ardu de trois années de choix de corpus et de texte à aborder, de composition de binômes de travail, de rédaction et de révision des chapitres pour arriver au produit final, un ouvrage qui aborde plusieurs grandes questions posées par les sciences et disciplines des textes et discours, littéraires et non littéraires, écrits et oraux, « avec des ouvertures vers la dimension iconotextuelle de nombreuses pratiques discursives et vers les textualités numériques qu’il est aujourd’hui difficile d’ignorer ». (p. 9) L’ouvrage est fondé sur la démarche de pensée par problèmes qui caractérise l’œuvre d’Émile Benveniste; cette démarche permet de « transformer le compliqué en complexité ». (p. 14)

2Le volume est dédié à Jean-Blaise Grize pour exprimer l’immense admiration pour ses travaux et ceux du Centre de recherche sémiologique de Neuchâtel, qu’il a dirigé avec rigueur scientifique et ouverture disciplinaire pendant plusieurs années.

3Dans son introduction à l’ouvrage, Adam offre aux lecteurs un aperçu général sous forme d’une introduction aux problèmes du texte. Son article est structuré selon un ordre chronologique; il commence par l’approche au texte de chercheurs francophones et anglophones tels que Ferdinand de Saussure, Charles Bally, Michail Bakhtine, Émile Benveniste, Paul Ricœur, Mikhaïl A. K. Halliday, Rukya Hasan, et bien d’autres.

4Le premier chapitre (p. 35-80), rédigé par Gilles Philippe et Jean-Michel Adam, aborde la question de la continuité comme imaginaire littéraire du texte. Expliquer ce que « faire texte » a pu signifier à la fin du 18e siècle (Condillac) pour en arriver à répondre à la question de ce qu’est un texte sont les deux objectifs de Philippe, alors qu’Adam propose des facteurs de textualité sous une approche théorique.

5Dans le deuxième chapitre (p. 81-110) et à partir de l’argumentation au sein du genre journalistique, Thierry Herman et Raphael Micheli décrivent trois niveaux d’analyse de texte qui correspondent aux grandes options de la linguistique textuelle, à savoir le niveau périodique microtextuel de l’argumentation, le niveau mésotextuel des « cellules argumentatives » et le niveau macro-textuel du plan du texte (p. 29). Le troisième chapitre (p. 111-160) se concentre sur l’épitre-manifeste. Vincent Capt et Vincent Verselle se penchent sur les lettres personnelles de Rimbaud, qui sont d’une grande complexité générique. Le quatrième chapitre (p. 161-194) propose une réflexion à propos du rôle de la continuité référentielle, de l’état de la mémoire discursive construite par les textes romanesques et de la frontière des textes, surtout quand il s’agit de cycles romanesques. Le chapitre intitulé « Les brouillons font-ils texte? » (p. 195-276) est rédigé par Rudolph Mahrer et Valentine Nicollier Saraillon. Au sein de cet article, les lecteurs rencontreront une discussion de la problématique des avant-textes, des brouillons et manuscrits, des écrits de préparation, ces « suites d’énoncés qui ne font pas encore texte » (p. 30). Le dernier chapitre, avant une double conclusion de la part de Jean-Marie Viprey et Marie-Anne Paveau, démontre comment l’oral peut se textualiser. Marcel Burger et Jérôme Jacquin donnent des éléments pour une description de la construction collaborative de la complétude d’un texte oral (p. 277-318).

6Les textualités numériques font l’ouvrage d’une analyse dans les deux articles d’ouverture (p. 319-354). En jonglant et en précisant des notions de texte, discours, énoncé, écriture, variation, parole et œuvre, en clarifiant les concepts de linéarité, modularité, séquentialité et interdiscursivité, Jean-Marie Viprey discute le « texte renouvelé » introduit par l’informatisation des données textuelles. Marie-Anne Paveau offre d’autres réflexions sur les textualités numériques en spécifiant que la délinéarisation syntagmatique et la sous-jacente fragmentation sont des problèmes du texte numérique auxquels le chercheur est confronté.  

7Le volume se termine par un index des principaux concepts et une table des matières.

8Cet ouvrage est d’une grande rigueur scientifique et éditoriale. Quelques photos et annexes sous forme de manuscrits photographiés et transcrits sont un plus aux chapitres clairement rédigés et bien documentés. Chaque chapitre contient des références bibliographiques très riches qui aideront le chercheur à augmenter son parcours de recherche par les pistes de lecture proposées. De mon point de vue, ce sont surtout les parties consacrées aux textualités numériques qui apportent des nouveautés et des actualités.

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Pour citer

Karen Ferreira-Meyers, Faire texte. Frontières textuelles et opérations de textualisation
Le français à l'université , 20-04 | 2015
Mise en ligne le: 26 novembre 2015, consulté le: 18 mars 2019

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Auteur

Karen Ferreira-Meyers

University of Swaziland (Swaziland)

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