Le français à luniversité

L’évaluation en langues

Patrick Chardenet

Référence de l'oeuvre:

Huver, Emmanuelle et Claude Springer, (2011), L’évaluation en langues, coll. « Langues & didactique », Didier, Paris, 351 pages.

Texte intégral

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1Avec cet ouvrage très complet et accessible qui fait le point sur l’évaluation en didactique des langues en relevant les tensions (polémiques théoriques, approches institutionnelles vs approches d’apprentissage, impact des certifications vs recherche d’efficience) et les dynamiques (les déterminations induites par les paradigmes mécanistes et holistiques, le compromis nécessaire pour articuler les certifications et l’innovation), Emmanuelle Huver et Claude Springer apportent une critique constructive aux modèles d’évaluation tels qu’ils se sont développés par emprunts aux sciences de l’éducation en l’absence d’une stratégie d’occupation du terrain par la didactique des langues. La place est alors libre pour que, sur la base rationnelle de cadres de références, le marché des certifications entraîne le domaine dans une dérive du test et de l’épreuve comme garants des compétences de parole en langue étrangère. Quelle procédure, avec quels résultats de mesure, est réellement à même de garantir qu’un sujet de niveau A2 se débrouillera moins bien qu’un sujet de niveau B1 dans les cinq domaines de compétences en situation (écrit/oral/compréhension/production/interaction) ? Rien ou si peu, au regard des coûts (de l’économie globale des certifications, de l’investissement des élèves et des étudiants, de la confiance des employeurs). « La pluralité, l’hétérogénéité, la variation et l’imprévisibilité des phénomènes langagiers et culturels » (p. 287) ne permettent pas comme dans d’autres disciplines, pour d’autres objets de transaction dans les formations, de fixer des réponses uniques attendues articulées à des modèles standardisés de techniques.

2Les auteurs ouvrent une brèche bien étayée : il ne s’agit plus d’inventer une nouvelle technique avec une énième caractérisation de la notion d’évaluation (la panoplie est déjà tellement chargée qu’elle inquiète les enseignants), mais de constituer des alternatives. Ce faisant, il manque toujours un fondement théorique d’appui qui rende compte du fonctionnement de l’activité évaluative comme soubassement de l’acte d’évaluation formel, intégrant la subjectivité dans l’agir communicationnel d’évaluation. Il s’agit peut-être de mettre fin à l’évaluation en langues, à ses calques d’examens scolaires qui visent la sélection entre ayant droit et exclus alors que le partage des langues a pour finalité l’intégration citoyenne.

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Pour citer

Patrick Chardenet, L’évaluation en langues
Le français à l'université , 17-02 | 2012
Mise en ligne le: 09 mai 2013, consulté le: 19 juin 2019

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Auteur

Patrick Chardenet

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