Le français à luniversité

Interculturel et plurilinguisme : localisation et déterritorialisation des pratiques

Marc Cheymol

Texte intégral

1Le français à l’université entre dans une nouvelle époque. Avec la refonte de sa maquette en ligne, fin 2011, permettant une augmentation du contenu, la parution d’une version papier d’une conception nouvelle à partir du premier semestre 2012, et le retrait de Patrick Chardenet de cette colonne éditoriale, notre bulletin prend, pour ses habitués, un visage nouveau.

2Si Patrick Chardenet ne signe plus les feuillets concis et suggestifs auxquels il nous a habitués depuis 2005, à la une de ce bulletin, il n’en a pas pour autant quitté l’AUF ni notre équipe rédactionnelle. Appelé à de plus hautes responsabilités pour prendre en charge l’antenne Amérique latine du Bureau des Amériques, il collabore cependant encore au bulletin comme expert-lecteur : on le retrouvera dans ce numéro pour rendre compte d’un livre important sur le multilinguisme dans la construction européenne.

3C’est en 1996 que nous avons relancé Le français à l’université sur la base d’une périodicité trimestrielle régulière, faisant suite à une publication occasionnelle produite jusqu’en 1995 par Appasamy Murugayan. Partie d’un bulletin de liaison strictement informatif visant à promouvoir les actions de l’AUPELF-UREF, cette publication a évolué, au rythme de ses changements de maquette1 et sous l’influence de ses rédacteurs en chef successifs2, vers une présence et une efficacité de plus en plus grandes auprès de son public, les enseignants-chercheurs dans les départements universitaires de français du monde, aboutissant d’une part à la participation d’enseignants et de chercheurs de renom de ces départements, impliqués dans les projets AUF, et de l’autre, à une véritable mutualisation des ressources produites3, en particulier grâce à la constitution du groupe d’experts-lecteurs pour les comptes-rendus de publications récentes : devenu moins informatif, plus réflexif, plus ciblé sur le public des enseignants-chercheurs,le périodique poursuit la ligne que les lecteurs ont confirmé par leur fidélité. Loin d’être l’œuvre d’un seul homme, ou l’instrument d’une seule institution, le bulletin est devenu un lieu d’échanges et de mutualisation d’idées, d’expériences et de références pour tous ceux qui utilisent ou défendent le français à l’université.

4Ainsi Le français à l’université a-t-il dessiné peu à peu les contours d’une francophonie universitaire qui n’est plus exclusive aux départements d’études françaises, ni même exclusive à la langue française, mais fédère l’enseignement du français et en français dans toutes les disciplines, et dans sa dynamique avec les autres langues de l’université.

5Les rubriques se sont progressivement structurées : dans « Point de vue », on trouve l’exposé d’une problématique illustrée dans une manifestation à laquelle l’AUF est liée ou la présentation d’une idée défendue par l’AUF ; dans « Ressources », la présentation d’un outil pouvant venir en appui à l’enseignement du français ou en français, qu’il soit d’ordre technique ou pédagogique : méthode, espace en ligne, séminaires, programme international… « Lire en français » et « En français et en d’autres langues » font état des publications récentes et d’un regard critique que portent sur elles les enseignants-chercheurs spécialistes du domaine. Une rubrique nouvelle présente une région « Sous la loupe », à la suite d’un appel à contributions ouvert aux étudiants et enseignants chercheurs de la région. La première présente, dans ce numéro,des expérimentations pédagogiques menées en Asie-Pacifique.

6L’éditorial, qui ouvre chaque édition depuis 2000, propose au débat une idée-force ou une notion phare qui en fédère le contenu. Ici, il s’agit de mettre en évidence le fait que le développement actuel des pratiques d’enseignement des langues et de leur analyse révèle deux tendances opposées : l’une à la localisation, à l’ancrage dans le contexte, dans le contact des langues et, donc, dans le jeu du plurilinguisme, de l’interculturel et de la prise en compte de la variation lexicale que révèlent aussi bien le projet « Cultures d’enseignement, cultures d’apprentissage »4 que la variété des contextes et des approches interculturelles en Asie ou les réflexions sur le rapport des langues à des territoires, de la lexicographie en zone urbaine au recensement de termes locaux en Afrique ; l’autre, confrontée aux pratiques nouvelles de l’enseignement à distance et du Web 2.0, recherche comment interagir dans les apprentissages en ligne en intégrant la distance, donc dans le cadre d’une certaine décontextualisation, qui introduit aussi une distance entre les cultures, entre les pratiques.

7Dans les deux cas, la didactique se confronte au plurilinguisme, que ce soit en Europe ou dans les universités africaines, ou dans le cas particulièrement intéressant de la localisation et la délocalisation dans la traduction. Et pour en apporter une preuve, ou un exemple, c’est une autre forme de délocalisation de décalage ou de pari qu’offre la traduction en catalan de La naissance de la langue française de Bernard Cerquiglini.

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Notes

1 Les archives du bulletin depuis 1997 permettent d’apprécier les changements de format et de graphisme : http://www.bulletin.auf.org/index.php?id=272

2 1996-2000 : Marc Cheymol ; 2001-2004 : Pierre Morel ; 2005-2011 : Patrick Chardenet.

3 Avec son prolongement naturel, le site de ressources mutualisées : http://www.aidenligne-francais-universite.auf.org/

4 http://ceca.auf.org/

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Pour citer

Marc Cheymol, Interculturel et plurilinguisme : localisation et déterritorialisation des pratiques
Le français à l'université , 17-01 | 2012
Mise en ligne le: 27 mars 2012, consulté le: 26 juin 2019

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Auteur

Marc Cheymol

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