Le français à luniversité

Plurilinguisme et intégration régionale

Marc Cheymol

Texte intégral

1Plurilinguisme, intégration régionale : les deux termes ici mis en rapport sont interdépendants, comme le montrent à la fois les expériences collectives et individuelles. La question posée est en effet celle du rapport des langues — mais aussi du rapport de la didactique des langues et du savoir sur les langues — à des territoires.

2Dans cette perspective, la langue française est un élément du plurilinguisme dans chacune des régions où elle se déploie. Par exemple, dans les Caraïbes ou en Afrique centrale, des témoignages font valoir l’atout que représente, pour l’intégration régionale, un multilinguisme qui implique le français. Dans l’Afrique des Grands Lacs, le Rwanda et le Burundi revendiquent chacun, outre une lingua franca qui est le kiswahili, le français ou l’anglais comme élément stratégique dans les regroupements politiques et commerciaux qui articulent la région avec des ensembles anglophones et francophones. De même, la République dominicaine, pays membre observateur de la Francophonie, valorise le français comme seconde langue étrangère et a décidé de lui accorder une place plus importante dans les programmes d’enseignement pour développer ses partenariats avec les pays francophones voisins ainsi qu’avec les terres d’ancienne francophonie de l’Amérique du Nord.

3Au Moyen-Orient, placé dans ce numéro « Sous la loupe », c’est l’efficacité des politiques linguistiques que met en jeu l’introduction de l’enseignement par compétences dans les curriculums. Le français sur objectifs spécifiques et l’apparition de formes d’enseignement hybride, qui combine enseignement présentiel et formation à distance, sont autant d’expériences qui témoignent, dans des contextes différents, de la vitalité de pratiques pédagogiques innovantes nées au fil de rencontres scientifiques.

4Lier le multilinguisme à l’intégration régionale, c’est également reconnaître le rôle d’une culture de la diversité, telle qu’elle se développe par les enseignements et les apprentissages, au cœur du projet « Cultures d’enseignement, cultures d’apprentissage » (CECA), dont viennent de paraître les deux premières livraisons de la collection créée aux Presses Universitaires de Grenoble.

5C’est aussi mettre l’accent sur le rapport entre culture de pensée et écriture, tel que le révèlent, autre regard croisé, les modes d’organisation textuelle en français et en japonais. C’est engager à une culture de la réflexion sur la langue, dont témoigne l’étude contrastive de la grammaire et du lexique français par l’école linguistique russe.

6D’autres publications recensées ici en apportent des exemples variés : le Dictionnaire des écrivains francophones classiques, épinglé par Samir Marzouki, offre un ouvrage de référence sur la diversité de la production langagière en fonction des identités nationales, que souligne également un récent ouvrage sur la littérature acadienne. L’examen critique que fait Bruno Maurer du multilinguisme dans la construction européenne met en valeur la nécessité, mais aussi les risques des politiques de multilinguisme.

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Pour citer

Marc Cheymol, Plurilinguisme et intégration régionale
Le français à l'université , 17-02 | 2012
Mise en ligne le: 12 février 2013, consulté le: 20 mars 2019

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Auteur

Marc Cheymol

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