Le français à luniversité

Disparitions. Contributions à l’étude du changement linguistique

Abdelkrim Boufarra

Référence de l'oeuvre:

Badiou-Monferran, Claire et Thomas Verjans (dir.), (2015), Disparitions. Contributions à l’étude du changement linguistique, Honoré Champion, Paris, 522 pages.

Texte intégral

1La disparition est un phénomène que connaissent les langues au cours de leur histoire et que les linguistes cherchent à comprendre, celles-ci étant un capital culturel d’une valeur symbolique inestimable. La disparition peut toucher aussi bien les langues que quelques éléments de ces mêmes langues. D’où la possibilité de parler de la disparition des langues et de la disparition dans les langues.

2C’est dans cette double perspective que se situent les travaux des 28 contributions de cet ouvrage collectif, consacré à la linguistique historique (diachronique et synchronique). L’idée majeure dans ce livre consiste à étudier le changement linguistique comme étant un processus qui dure dans le temps, faisant ainsi des apparitions et des disparitions des phénomènes pouvant être étudiés en soi, autrement dit, à part entière.

3La disparition, en tant que phénomène complexe, peut toucher les sons d’une langue, sa morphologie ou sa morphosyntaxe, etc., comme elle peut concerner la langue elle-même. L’hypothèse de l’ouvrage étant de nature complexe, les contributions insistent longuement sur la notion « d’hétérogénéité » des facteurs déclenchant le processus de disparition. Cette hétérogénéité touche des domaines et des sous-domaines d’apparition ou de réapparition des faits linguistiques. D’où la rapidité ou la lenteur, la stabilité ou l’instabilité, la réversibilité ou l’irréversibilité dans ce processus.

4L’approche, située dans cette nouvelle perspective, permet de revoir ou de modifier, ainsi, le rapport de la synchronie à la diachronie. La disparition peut évoquer la notion de la mort des langues (comme le serbo-croate ou le rama au Nicaragua) tout comme la disparition du lexique ou de la grammaire d’une langue. Ainsi, quelques variétés et quelques diachronies du français sont largement étudiées dans ce travail collectif (les langues de Bourgogne, le français de Belgique, le français médiéval, classique et ancien) ainsi que d’autres langues romanes, slaves, germaniques, austronésiennes et amérindiennes.

5L’ouvrage se compose de quatre parties. La première partie tente de donner quelques éléments de définition et de modélisation de la notion complexe de disparition. La deuxième partie adopte une approche synchronique dans l’étude de quelques langues orales et écrites. Les troisième et quatrième parties font appel à l’approche diachronique dans l’étude des facteurs externes, internes et multiculturels pour tenter d’expliquer des faits observés dans de nombreuses langues durant plusieurs siècles. Ainsi, il serait intéressant de savoir comment l’adverbe très a évolué comme morphème et comme adjectif dans l’ancien français. Il en est de même du pronom tout le monde aux dépens de tout le siècle, ou de la préposition par et à travers ou même de l’infinitif antéposé du français du 13e siècle ne sais que faire doive ou du passé simple, l’impératif du subjonctif du 9e au 11e siècles.

6Il est à noter que cet ouvrage collectif se lit comme s’il avait été écrit par un seul auteur. Les idées, les méthodes et les approches se succèdent et se complètent d’une manière harmonieuse et cohérente. Vu la complexité du thème étudié, les titres des contributions semblent longs, trop longs parfois, jusqu’à ressembler aux phrases !

7Pour conclure, cet ouvrage collectif est un travail d’une grande qualité académique. La problématique, consistant à voir la disparition linguistique comme étant le résultat d’un long processus inhérent à la langue, est audacieuse et l’ensemble des contributions donne à la question l’élan qu’elle mérite, tant l’analyse et l’approche sont dignes d’un travail universitaire destiné aux chercheurs, interpellés par les questions linguistiques, en général, et la linguistique historique, en particulier.

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Pour citer

Abdelkrim Boufarra, Disparitions. Contributions à l’étude du changement linguistique
Le français à l'université , 21-02 | 2016
Mise en ligne le: 28 avril 2016, consulté le: 16 juin 2019

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Auteur

Abdelkrim Boufarra

Université Mohamed Premier, Oujda (Maroc)

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