Le français à luniversité

Français, anglais et allemand : trois langues rivales entre 1850 et 1945

Sílvia Melo-Pfeifer

Référence de l'oeuvre:

Reinfried, Marcus (coord.), (2014), Français, anglais et allemand : trois langues rivales entre 1850 et 1945 / French, English and German : Three languages in competition between 1850 and 1945, Documents pour l’histoire du français langue étrangère ou seconde, numéro 53 (décembre 2014).

Texte intégral

1Ce numéro de Documents, la revue de la SIHFLES (Société Internationale pour l’Histoire du Français langue étrangère ou seconde), coordonné par M. Reinfried, nous met face aux dynamiques à la fois économiques et politiques qui ont façonné l’offre des langues étrangères dans les systèmes scolaires allemand, anglais, espagnol, français, suédois, ainsi que les politiques linguistiques européennes pendant presque un siècle (entre 1850 et 1945). Les études présentées couvrent divers pays européens et plusieurs territoires (en contexte colonialiste) ou institutions d’influence européenne (comme l’Alliance israélite universelle). L’attention portée sur les trois langues (français, anglais et allemand) est bien mise en évidence et justifiée tout au début de la préface : « Dans la deuxième moitié du XIXe et la première moitié du XXe siècle, la France, la Grande-Bretagne et l’Allemagne sont trois grands pays marqués par une politique étrangère ambitieuse, plus ou moins hégémoniale, et des tendances colonialistes et impérialistes » (Reinfried, p. 5). Ceci dit, le contexte à l’étude porte sur un moment clé de l’affirmation de l’idéologie politique monolingue et monoglossique « un territoire — un peuple — une langue » (Makoni & Pennycook, 2006), qui marque, encore dans l’actualité, bien des discours sur les identités nationales et sur les enjeux tacites ou explicites des politiques linguistiques.

2Il s’agit d’un volume interdisciplinaire, comme exigé dans un domaine qui combine (du moins) didactique des langues, sociologie et sociolinguistique, philosophie et philosophie de l’éducation, politique, économie et histoire. À la lecture des différentes contributions, nous sommes plongés dans ce que j’appellerais ici l’historiographie de la didactique des langues modernes, qui combine son penchant interventionniste à un penchant idéologique et réflexif. Ce volume doit, en effet, être lu à la croisée d’une double évidence : la première, c’est qu’il n’y a pas de politique linguistique sans que le rapport entre les langues soit thématisé, voire manipulé, et que les hiérarchies soient construites et (re)considérées; la deuxième, c’est que la didactique des langues et son histoire ne peuvent être évaluées et comprises que dans leur rapport aux contextes sociopolitiques et géostratégiques, d’un côté, et à la politique linguistique qui les encadre, de l’autre côté.

3Ce volume comprend des contributions en français (Marcus Reinfried, Juan García Bascuñana, Alicia Piquer Desvaux, Danielle Omer et Gérard Vigner) et en anglais (Tim Giesler, Sabine Doff, Béatrice Cabau, Nicola McLelland, Michael Byram) et se termine par une note de lecture en allemand (Claudie Paye). Cette diversité de regards, à la fois linguistiques et de traditions de recherche, donne toute son ampleur à la complexité d’un volume centré sur l’importation et exportation des langues. Dans cet ouvrage, l’essor et la chute du français et de l’allemand (et la croissante prise d’influence de l’anglais) sont constamment mis en rapport avec les aventures et les mésaventures de l’Histoire, qui a cette capacité admirable d’ouvrer au changement des représentations sociales sur les langues, les cultures et les peuples. Comme le signale le coordinateur, « le présent volume donne à découvrir, dans une perspective de comparaison internationale, de nombreux exemples montrant comment les conceptions relatives à l’éducation, à l’apprentissage, aux notions de culture et de langue liées à un idiome particulier, ont été similaires pendant une certaine période (avec des décalages temporels entre les pays ou les régions) et comment elles se sont transformées au fil du temps ». (Reinfried, p. 7) Il s’agit d’un volume qui nous laisse découvrir comment les systèmes et les politiques éducatifs, les théories sur l’enseignement-apprentissage et les lignes de force de la didactique des langues, surtout en Europe, sont arrivés à leur état actuel et constituent, tant bien que mal, notre socle épistémologique de base pour comprendre l’enseignement-apprentissage des langues. Comme le dirait R. Galisson, « hier est présent dans aujourd’hui, comme aujourd’hui est présent dans demain ». (1980 : 3)

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BIBLIOGRAPHIE

Galisson, R. (1980). D’hier à aujourd’hui. La didactique des langues étrangères, Clé International, Paris.

Makoni, S. & A. Pennycook (eds), (2006), Disinventing and Reconstituting Languages, Multilingual Matters, Clevedon (UK).

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Pour citer

Sílvia Melo-Pfeifer, Français, anglais et allemand : trois langues rivales entre 1850 et 1945
Le français à l'université , 21-01 | 2016
Mise en ligne le: 10 février 2016, consulté le: 26 juin 2019

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Auteur

Sílvia Melo-Pfeifer

Universität Hamburg (Allemagne)

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