Le français à luniversité

Légitimité, légitimation

Augustin Emmanuel Ebongue

Référence de l'oeuvre:

Amedegnato, Ozouf Sénamin, Sélom Komlan Gbanou et Musanji Ngalasso-Mwatha (dir.), (2011), Légitimité, légitimation, coll. « Études Africaines et Créoles », Presses Universitaires de Bordeaux, Pessac, 409 pages.

Texte intégral

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1Il est bien beau de produire les objets symboliques et culturels, encore faut-il qu’ils soient reconnus, acceptés, voire consacrés. Le français et la littérature d’Afrique sont-ils reconnus, acceptés et crédibles au même titre que le français et la littérature de France, ceux des francophonies du Nord ? Suffit-il d’être originaire du Centre pour que l’auteur et son œuvre soient légitimés ? Peut-on assurer sa propre légitimation ? Ou alors faut-il toujours se tourner vers un ailleurs qui jouit d’un pouvoir financier et économique impressionnant pour avoir l’onction de la légitimité ? Quel regard jette-t-on sur les objets symboliques et culturels du Sud ? L’ouvrage Légitimité, légitimation, qui rassemble les communications présentées lors du colloque organisé du 5 au 7 mai 2009 par l’Université de Calgary, au Canada, avec la collaboration du CELFA de l’Université Michel de Montaigne — Bordeaux 3 apporte des éléments de réponse à ces questions et à bien d’autres. Son objectif est de saisir « une question universelle : celle de la reconnaissance et de la consécration d’objets symboliques et culturels que sont la langue, les œuvres d’art, les médias et les interactions sociales » (p. 11).

2Les thématiques développées sont légitimité et légitimation, le premier étant l’état et la qualité, et le deuxième, un processus conduisant à cet état, à cette qualité. Les instances de légitimité sont diverses selon le public visé : des institutions centrales de référence, des personnes issues du Centre, des périphéries, l’auteur, des « grands auteurs ». Les modalités de quête de légitimité sont elles aussi diverses : imitation des grands auteurs du Centre ; respect à la lettre des canons esthétiques et linguistiques élaborés par le Centre ; rejet de ces canons ; témoignages et évocation dans son œuvre littéraire des atrocités du génocide rwandais ; emprunt d’« une forme théâtrale à une autre culture [pour] essayer de l’implanter dans un nouveau terroir » (p. 313) ; on peut même penser qu’il est légitime de parler d’« auteur » en télévision (p. 404), ce qui engagerait sa « responsabilité énonciative des émissions » (p. 404). La diversité des procédés de légitimation participe ainsi de la quête de légitimité. Celle-ci est toujours présente dans les littératures du Sud et devient une manifestation de l’insécurité linguistique (Francard, 1993), lorsqu’elle est vaine, comme c’est généralement le cas. Tout compte fait, le regard porté sur les objets symboliques et culturels provenant du Sud est déjà en lui-même et a priori délégitimant. Tentant (vainement) de sortir de ce regard qu’il a intériorisé, l’auteur du Sud se livre dans une quête permanente de légitimité.

3L’ouvrage examine les notions de légitimité et de légitimation dans le pictural, le sémiotique, le littéraire et le témoignage. Se voulant représentatif, les corpus proviennent d’aires géographiques variées : l’Afrique, les Caraïbes, la France, le Canada, et d’époques différentes, du Moyen Âge à nos jours. Il s’agit pour l’essentiel d’aires francophones, probablement parce qu’elles posent, bien plus que d’autres, de réels problèmes de légitimité.

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Pour citer

Augustin Emmanuel Ebongue, Légitimité, légitimation
Le français à l'université , 17-01 | 2012
Mise en ligne le: 07 mars 2012, consulté le: 18 mars 2019

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Auteur

Augustin Emmanuel Ebongue

Université de Buéa (Cameroun)

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