Le français à luniversité

Le pluralisme linguistique. L’aménagement de la coexistence des langues

Dominique Tiana Razafindratsimba

Référence de l'oeuvre:

Doucet, Michel (dir.), Le pluralisme linguistique. L’aménagement de la coexistence des langues. Actes du colloque tenu à Québec lors du 1er Forum mondial de la langue française, juillet 2012, Éditons Yvon Blais, Montréal, 425 pages.

Texte intégral

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1Un modèle idéal de gestion de la pluralité linguistique existe-t-il ? Faudrait-il faire éclater l’unité au nom de la diversité ou, au contraire, privilégier les notions de liberté et de tolérance, sources possibles de contradictions ? Ces questions fondamentales se posent sans nul doute pour tout pays ou toute communauté plurilingue conscient de la nécessité de mettre en œuvre des stratégies efficaces, condition d’une vie culturelle et sociale améliorée ainsi que d’un meilleur « vivre-ensemble ».

2Considérée comme une richesse dans le patrimoine de l’humanité, la diversité linguistique est pourtant vécue et ressentie, par chaque groupe, de manière différente selon l’aménagement politique qu’on lui réserve, que l’on aille dans le sens de la recherche d’équilibre, de compromis ou de contrat social langagier visant le respect des identités et évitant des éventuelles sources de discrimination linguistique, ou que l’on décrète pour l’autonomie culturelle, gage théorique de liberté et d’égalité linguistiques. Toute vision de gestion de la diversité implique nécessairement un ancrage historique contextualisé, autrement dit, une prise en compte de la spécificité et de la complexité de chaque contexte. Ainsi, dans cette perspective, une politique linguistique efficiente pour un pays ne peut être transposable dans un autre pays, même si les deux pourraient avoir une ou des langues en partage. C’est le cas des pays francophones pris comme exemples dans cet ouvrage.

3Par ailleurs, une condition sine qua non de l’efficacité de la préservation de cette diversité linguistique repose sur la mise en œuvre d’outils théoriques, politiques et juridiques de grande envergure, accompagnés de mesures pratiques assurant son effectivité. Cela réduirait le décalage — que l’on constate souvent dans un certain nombre de pays — entre, d’un côté, les décisions politiques inscrites dans les constitutions, les décrets ou les chartes et, de l’autre côté, les réalités sociolinguistiques, où certains groupes se trouvent dans des situations de minorisation.

4Si toutes les conditions citées sont réunies, une cohabitation « heureuse » des langues — et donc des groupes porteurs de langues différentes et à valeur inégale — est envisageable. Cette vision éthique s’inscrit dans les grandes idéologies de complémentarité et de solidarité impliquant (re)valorisation et (re)vitalisation des langues minorées et déniées, sources de malaise et d’insécurité. Néanmoins, la réalité linguistique et certaines pratiques imposées par le marché linguistique mondial semblent prouver le contraire dans plusieurs contextes plurilingues. La loi de la compétitivité et de la concurrence, supposant un rapport de force déséquilibré entre dominant et dominé, affaiblirait encore plus les plus faibles. La préservation du patrimoine linguistique reste encore ainsi soumise aux enjeux d’un certain impérialisme mondial et à la logique darwinienne favorisant la survie des plus forts.

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Pour citer

Dominique Tiana Razafindratsimba, Le pluralisme linguistique. L’aménagement de la coexistence des langues
Le français à l'université , 20-02 | 2015
Mise en ligne le: 19 mai 2015, consulté le: 18 mars 2019

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Auteur

Dominique Tiana Razafindratsimba

Université d’Antananarivo (Madagascar)

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