Le français à luniversité

Usages et fonctions des langues dans la région de l’Afrique Centrale, de l’Afrique de l’Est et des Grands Lacs

Dominique Tiana Razafindratsimba

Référence de l'oeuvre:

Gagnon, Miryam et Évariste Ntakirutimana, (2015), « Usages et fonctions des langues dans la région de l’Afrique Centrale, de l’Afrique de l’Est et des Grands Lacs », Synergies Afrique des Grands Lacs, Numéro 4, Revue du Gerflint, Sylvains les Moulins (France), 151 pages.

Texte intégral

La problématique de la coexistence de plusieurs langues dans une zone donnée — communauté, groupe, pays, etc. — n’est pas nouvelle dans les disciplines qui étudient la place des langues dans la société. Par ailleurs, l’évidence que le plurilinguisme implique forcément une répartition inégale des langues, de leurs valeurs et de leurs enjeux dans les différentes sphères de la société n’est pas non plus à rediscuter. En effet, cette place dépend largement des rapports de force autres que linguistiques, donc, sociaux, économiques et politiques. L’intérêt de l’étude résiderait plutôt dans le contexte de leurs usages, puisque c’est là que réside la différence dans la manière de gérer, de vivre, d’appréhender et de ressentir la pluralité linguistique. En effet, riches de l’apport de la société qui vit le plurilinguisme, les différentes langues pourraient porter la trace de l’expérience de l’individu, de l’environnement multilingue du contexte et de l’histoire de la société qui les utilise. Elles deviennent également un outil permettant l’expression de la multiplicité et de la diversité des cadres socioréférentiels et des cadres d’appartenance auxquels s’identifie l’individu.

1Dans la région de l’Afrique Centrale et de l’Afrique de l’Est et des Grands Lacs, le plurilinguisme est un fait. Il y est ainsi intéressant de comprendre les stratégies de gestion de cette coexistence, qui pourrait être source possible de conflits linguistiques de par la concurrence entre, d’une part, les langues officielles européennes, héritées par colonisation, utilisées souvent comme véhiculaires communs pour promouvoir une certaine unité — linguistique — dans la région et annihiler d’éventuels différends ethniques, et les langues officielles locales, choisies politiquement, et, d’autre part, les langues nationales, caractérisées par leur nombre et leur diversité.

2Cette vision macrosociolinguistique impose, certes, une hiérarchisation inégale des statuts des langues, que certains qualifieraient de diglossie, quadriglossie ou polyglossie — notions plutôt réductrices, d’ailleurs. Néanmoins, à travers les pratiques langagières — donc sociales — présentées dans l’ouvrage, le plurilinguisme n’est pas vraiment vécu de manière conflictuelle par les usagers. En effet, il est source de créativité et de nouvelles pratiques langagières, de par l’appropriation individuelle et sociale de la coexistence des langues. Les habitudes interactionnelles plurilingues imposent, dans ce sens, une (re)dynamisation au niveau du système de la langue/des langues et favorisent certains phénomènes linguistiques particuliers, grâce à la manipulation des mots ainsi que le choix et les négociations à travers les langues en présence : création lexicale, détournement sémantique, nouvelle norme grammaticale…

3Cette dynamique langagière amène à poser des questions légitimes sur la notion de maîtrise et de compétence en langue et, par extension, sur la notion de norme linguistique. S’approprier une langue ramènerait-il à adopter la norme centriste imposée souvent, par certaines institutions, comme unique ? Question logique dès qu’on pose le postulat de la variation d’une langue. Cette problématique du plurilinguisme amène également à réfléchir sur l’évolution linguistique. Lorsqu’une langue en reçoit une autre — imposée ou choisie —, ou qu’elle va à l’encontre des gens d’autres nations, d’autres contrées, d’autres cultures, cela lui assure une dynamique particulière, qui vient finalement renforcer ou non sa vitalité.

4Édition en ligne : http://gerflint.fr/Base/Afrique_GrandsLacs4/AfGrandsLacs4.html

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Pour citer

Dominique Tiana Razafindratsimba, Usages et fonctions des langues dans la région de l’Afrique Centrale, de l’Afrique de l’Est et des Grands Lacs
Le français à l'université , 20-04 | 2015
Mise en ligne le: 15 décembre 2015, consulté le: 10 décembre 2018

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Auteur

Dominique Tiana Razafindratsimba

Université d’Antananarivo (Madagascar)

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