Le français à luniversité

Arts et cultures d’Afrique. Vers une anthropologie solidaire

Alain Cyr Pangop Kameni

Référence de l'oeuvre:

Blin, Myriam-Odile (dir.), (2014), Arts et cultures d’Afrique. Vers une anthropologie solidaire, Presses universitaires de Rouen et du Havre, Mont-Saint-Aignan, 232 pages.

Texte intégral

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1L’ouvrage issu de la collection « Arts dans la mondialisation », dirigée par Myriam-Odile Blin, s’attelle à démêler l’écheveau de « cet indéfinissable objet de recherche » (p. 7) que sont les arts et les cultures d’Afrique. Par l’organisation des trois chapitres autour des contextes nord-sud, des institutions, des festivals et des marchés, ainsi que des différentes variations sur le métissage, une question nouvelle surgit de cette publication : est-ce la montée de la colère ou de nouvelles solidarités ? Pour y répondre, ce collectif milite d’emblée « Pour une anthropologie solidaire » (Gérald Orange, p. 19-29), c’est-à-dire la sensibilisation contre l’expansion du consumérisme contemporain, perçue comme menace pour la survie de la planète, dont les alternatives écologistes et citoyennes en constituent l’antidote charrié par les croyances et les imaginaires. En se fondant sur la théorie de l’agenda setting, l’étude du rapport langue et diversité culturelle sur le cyberespace (Alain Kiyindou, p. 31-40) dévoile l’influence considérable des organisations internationales et des politiques sur la recherche, ainsi que le besoin d’évoluer « vers une approche éthique ». L’étude de la commercialisation des produits culturels issus de la contrefaçon au Maroc (Abdelfettah Benchenna, p. 105-117) vient conforter cette perspective d’analyse.

2Une double considération sociohistorique et épistémologique des arts d’Afrique révèle une évolution écartelée entre civilisation de l’universel et l’afropolitanisme repéré chez Achille Mbembe (Myriam-Odile Blin, p. 41-84). Plusieurs contributions soutiennent une telle lecture. En effet, les grandes transformations des expositions internationales d’art auront accordé plus de visibilité aux artistes d’Afrique (Jacques Leenhardt, p. 87-92), tout autant que les festivals fondateurs des scènes artistiques africaines postcoloniales de 1966, 1969 et 1977 dont Éloi Ficquet et Cédric Vincent (p. 93-103) indexent ici les résonances et les oublis. D’ailleurs, le marché des arts traditionnels d’Afrique noire a largement contribué à la construction de la valeur des œuvres et à la reconnaissance des chefs-d’œuvre, comme on peut le lire dans l’analyse menée par Estelle Fossey (p. 120-149). Du point de vue de la créativité artistique, c’est le jeu interartial des « masques rebelles » chez les plasticiens camerounais Hervé Yamguen et Hervé Youmbi qui attire l’attention de Dominique Malaquais (p. 153-172), tandis que Betty Mercier-Lefèvre convoque l’exemple de la danse et du cirque contemporains (p. 173-182) pour rendre compte des arts métis issus d’une esthétique à l’épreuve de l’altérité. Les « réflexions sur une universalité des cultures » qui permettent à Babacar Mbaye Diop de problématiser l’origine et l’invention des arts de l’Afrique noire à la fin du livre (p. 184-194) débouchent sur un nouvel avatar de la mondialisation : le branchement des cultures.

3Fortement illustré, avec une centaine de figures constituées d’images minutieusement sélectionnées et agréables à voir, ce beau traité d’arts visuels, d’anthropologie, d’industries, d’organisations et de diversité culturelles, même s’il prend des allures d’album vers la fin, intéressera beaucoup les spécialistes des beaux-arts, de l’esthétique et des sciences culturelles.

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Pour citer

Alain Cyr Pangop Kameni, Arts et cultures d’Afrique. Vers une anthropologie solidaire
Le français à l'université , 19-03 | 2014
Mise en ligne le: 18 septembre 2014, consulté le: 16 juin 2019

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