Le français à luniversité

Méchante langue. La légitimité linguistique du français parlé au Québec

Cristina Brancaglion

Référence de l'oeuvre:

Bouchard, Chantal, (2011), Méchante langue. La légitimité linguistique du français parlé au Québec, Les Presses de l'Université de Montréal, Montréal, 171 pages.

Texte intégral

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1Après avoir retracé l’histoire de la langue française au Québec et décrit l’évolution de sa perception sociale dans un ouvrage qui est devenu une référence incontournable pour tous ceux qui souhaitent comprendre profondément la question linguistique québécoise (La langue et le nombril, 2e éd., Fides, 2002), Chantal Bouchard s’interroge dans ce volume sur les raisons de la brusque perte de légitimité du français québécois après la Conquête, et en particulier dans les années 1760-1840. Jugé conforme au « bon usage » par les voyageurs étrangers, le français parlé au Québec commence à faire l’objet de propos négatifs peu avant le milieu du XIXe siècle : pour expliquer ce changement de perspective, Bouchard met en parallèle l’évolution de la norme linguistique en France et au Québec, ce qui lui permet de montrer le rôle essentiel joué par les transformations sociales dues à la Révolution française.

2La première partie du volume décrit comment l’ascension de la bourgeoisie parisienne et sa prise du pouvoir grâce à la Révolution ont favorisé des changements linguistiques qui se sont rapidement imposés comme de nouvelles formes de prestige, à une époque où les Canadiens français avaient très peu de relations avec la France et subissaient un fort déclassement social ainsi qu’une progression de l’illettrisme. Dans les sections consacrées plus spécifiquement au contexte québécois, Bouchard illustre les caractéristiques lexicales et phonétiques de la variété québécoise au début du XIXe siècle, sur la base des sources anciennes disponibles (témoignages d’étrangers, documents d’archives, premiers écrits canadiens-français) et de recherches diachroniques plus récentes. Afin de mieux cerner les traits qui, aux yeux de l’élite de l’époque, faisaient l’objet de controverses quant à leur légitimité, l’auteure examine de près la première querelle linguistique qui s’est développée au Québec en 1841-1842, à la suite de la parution du Manuel des difficultés de l’abbé Maguire, en mettant à profit les opinions de Jérôme Demers, Ronald Macdonald, Étienne Parent, Michel Bibaud et Jean-Philippe Boucher-Belleville. Il en résulte que tous s’avèrent d’accord sur la nécessité de se fonder sur la norme parisienne contemporaine, la difficulté majeure étant plutôt celle de fixer les phénomènes qui la caractérisent, à la suite sans doute de son évolution récente. Cette polémique peut donc être envisagée comme le début du processus de dépréciation linguistique du français parlé au Québec, attitude qui survit encore de nos jours, malgré les progrès évidents vers la définition d’une norme endogène.

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Pour citer

Cristina Brancaglion, Méchante langue. La légitimité linguistique du français parlé au Québec
Le français à l'université , 17-03 | 2012
Mise en ligne le: 02 octobre 2012, consulté le: 18 janvier 2019

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Auteur

Cristina Brancaglion

Università degli Studi di Milano (Italie)

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