Le français à luniversité

2e Colloque international CECA — Enseignement, apprentissage du FLE / FLS à travers le Monde : un paradigme en construction

Abdelouahad Mabrour

Texte intégral

1La Faculté des lettres et des sciences humaines de l’Université Chouaïb Doukkali d’El Jadida (Maroc) a abrité, les 15 et 16 décembre 2011, le 2e Colloque international CECA, organisé par l’Agence universitaire de la Francophonie (AUF), la Fédération internationale des professeurs de français (FIPF), le Centre de recherches et d’applications pédagogiques en langues (CRAPEL—Nancy 2) et le Laboratoire d’études et de recherches sur l’interculturel (LERIC. URAC 57).

2Lors de la séance d’ouverture, ont pris successivement la parole MM. Boumedian Tanouti, président de l’Université Chouaïb Doukkali, Marc Cheymol, directeur Langue et communication scientifique en français (AUF), Jean-Pierre Cuq, président de la FIPF, Emmanuelle Carette, au nom du Comité scientifique, et Abdelouahad Mabrour, au nom du Comité d’organisation. Les intervenants ont rappelé le cadre général dans lequel s’inscrit le projet « Culture d’enseignement/Culture d’apprentissage », sa distribution mondiale et les différentes actions de recherche (échanges, colloque, publications…) et de formation à la recherche qui ont été mises en place depuis 2007.

3L’accent a été mis également sur l’importance de la thématique retenue, particulièrement en ce qui concerne la gestion pédagogique, les pratiques de classe et, d’une manière générale, les recherches ayant trait à l’enseignement/apprentissage des langues dans ses dimensions linguistique, didactique, interculturelle, etc.

4Les intervenants ont tenu à remercier les parties organisatrices de cette rencontre et les équipes CECA représentées à El Jadida. Ils ont regretté l’absence des autres équipes impliquées dans le projet et trois membres du Conseil scientifique CECA qui n’ont pu se rendre au Maroc : Monica Vlad, Patrick Chardenet et Pierre Dumont.

5Cette rencontre, organisée sous le thème Enseignement, apprentissage du FLE / FLS à travers le Monde : un paradigme en construction, a connu la participation des représentants de huit équipes impliquées dans le projet CECA : de Bulgarie, du Burkina Faso, du Canada, de France, du Gabon, de l’Ouganda, de Roumanie et de Tunisie, et de chercheurs issus d’autres universités : du Canada (University of the Fraser Valley), de France (Nancy 2/CNRS, Lille 3, Paris Ouest Nanterre) et du Maroc (El Jadida, Fès, Meknès).

6L’idée d’organiser cette rencontre remonte au mois de juillet 2008, lors du XIIe Congrès mondial de la FIPF, tenu à Québec, où un certain nombre d’équipes impliquées dans le projet CECA se sont rencontrées, dans le cadre d’un minicolloque, pour présenter l’état d’avancement de leurs recherches, fournir la première synthèse des résultats relatifs aux modalités d’appropriation du FLE/FLS et à l’ethnologie de la classe et discuter des prochaines étapes du projet.

7Soucieux de tirer profit des travaux des équipes impliquées dans ce projet, de consolider les liens qu’elles ont pu tisser depuis le lancement du projet et de s’ouvrir à d’autres expériences dans le monde en matière de culture d’enseignement/apprentissage des langues, le Comité scientifique du projet CECA a approuvé cette décision lors de sa réunion à Nancy les 5, 6 et 7 février 2009.

8Le colloque d’El Jadida a été :

  • d’une part, l’occasion pour les différentes équipes qui ont pris part à cette manifestation de présenter les résultats de leurs travaux, de mener une réflexion au sein des équipes, de faire le bilan de cette entreprise ambitieuse qui a démarré en 2007, de proposer des solutions aux difficultés rencontrées par les uns et les autres et de réfléchir au développement d’un nouveau projet tirant profit des acquis et explorant de nouvelles pistes de recherche ;

  • et, d’autre part, de s’ouvrir à des chercheurs (extérieurs au projet) souhaitant poursuivre une action de recherche dans d’autres contextes.

9Les différentes communications et les débats qui ont suivi ont souligné la pertinence et l’originalité de ce projet fédérateur (collecter des données selon une méthodologie commune) qui a permis à dix-huit équipes-pays et à quelque cent quarante chercheurs (issus d’aires linguistiques et culturelles différentes) de décrire, d’expliquer et d’interroger les réalités sociolinguistiques et socioéducatives qu’elles ont pu observer (questionnaires, analyse de vidéo, observation directe…) et de réagir aux analyses et aux interprétations des autres équipes (regards croisés, échanges, formations…) en vue de fournir des données comparables, de repérer des normes et des valeurs sous-jacentes et de susciter, le cas échéant, de nouvelles questions de recherche.

10Les intervenants se sont longuement arrêtés sur les spécificités qui caractérisent les expériences observées en fonction de la nature des contextes sociopolitique, économique et culturel des pays où les enquêtes ont eu lieu et de l’intérêt de faire ressortir, au-delà de cette variété des contextes et des informations collectées, des traits communs, des ressemblances et des différences :

  • à la fois au niveau interne, en ce qui concerne les stratégies d’enseignement/apprentissage : profil, parcours et rôle de l’enseignant (détenteur de savoirs ? médiateur ? facilitateur ? diagnosticien ?), de l’apprenant, place de la culture de la norme et attitudes face à celle-ci, place et fonctions du discours du manuel, place de l’écrit et de l’oral, « construction des savoirs », « système de régulation et de circulation de la parole et des langues », modalités d’appropriation de la langue (seconde, étrangère), écart entre pratiques didactiques déclarées et pratiques réelles…

  • et au niveau externe : dimension comparative à travers le croisement des regards, réactions…

11Les différentes communications ont laissé apparaître une diversité des approches ([socio]linguistique, pragmatique, ethnographique, didactique) et une variété dans la manière d’aborder et de conduire les recherches présentées, ce qui a constitué un des points forts de cette rencontre. Les intervenants (équipes CECA et chercheurs extérieurs au projet) ont tenté de mettre de l’avant les résultats auxquels ils ont abouti et les propositions ou recommandations qu’ils ont formulées.

12Ils ont également mis de l’avant la dimension relative au rapport entre culture de recherche et analyse de la pratique enseignante (rendre compte et analyser la circulation de la parole en classe, conscientiser les cultures éducatives comme facteur favorisant le processus enseignement/apprentissage des langues-cultures) et la nécessité de contextualiser les pratiques didactiques en s’appuyant sur « les modèles pédagogiques pour proposer une réflexion dans laquelle les éléments culturels soient réellement un paradigme fondamental ».

13L’intérêt scientifique du projet CECA et ses retombées sur le plan de la recherche et de la formation ont été largement évoqués durant le colloque :

  • expérience enrichissante pour tous les partenaires : équipes de recherche, institutions partenaires (AUF, FIPF et CRAPEL) et Comité scientifique ;

  • importance du fonds de données collectées par les différentes équipes et sa mise à la disposition de la communauté scientifique par l’élaboration d’une plateforme électronique collaborative (http://ceca.auf.org/), ce qui a facilité les échanges entre équipes et entre celles-ci et le Comité scientifique. (Cette plateforme est ouverte également aux chercheurs extérieurs au projet qui souhaitent consulter les travaux des équipes ou prendre connaissance des données recueillies1.) ;

  • diffusion des résultats de cette recherche aux échelles locale et internationale (valorisation de ce qui a été entrepris) : publication des premiers résultats, participation à des congrès, à des colloques, à des journées d’étude…

14Les participants n’ont également pas manqué de soulever et de discuter certaines difficultés rencontrées dans le cadre de cette recherche :

  • moyens d’action plus au moins limités

  • non-homogénéité dans la composition de certaines équipes

  • profil des équipes et leur attitude face à la tâche de recherche (des équipes de cultures et de traditions universitaires variées, ce qui ne favorise pas l’émergence de travaux contextualisés originaux fondés sur une culture de recherche locale construite et institutionnalisée)

15Pour ce qui est des perspectives à donner au projet CECA, il a été notamment souligné l’intérêt :

  • de clarifier les phases successives, particulièrement sur le plan méthodologique : resserrer les démarches et « spécifier les objets d’analyse »

  • de définir une méthodologie de la recherche d’une manière précise, plus particulièrement au niveau qualitatif (aspects terminologiques, définition des orientations [recherche fondamentale, recherche-action], adoption des mêmes normes de transcription…)

  • d’élargir la recherche à d’autres chercheurs et de s’enrichir de leurs expériences, notamment ceux présents au colloque et représentant d’autres équipes de recherche

  • de soulever de nouvelles questions sur des points qui n’ont pas suffisamment été approfondis

  • de penser à travailler dans le cadre interrégional (équipes d’une même région : Maghreb, Afrique centrale et de l’Ouest, bassin méditerranéen…)

  • de trouver d’autres sources de financement (cofinancement universitaire, projets bilatéraux ou multilatéraux (actions intégrées, Tempus…).

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Notes

1 Les chercheurs intéressés doivent au préalable remplir un formulaire de demande d’accès à la plateforme CECA : https://spreadsheets.google.com/viewform?hl=fr&formkey=dFhsWkRybXBYODVVV09fU2lJbTZ6a0E6MQ#gid=0

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Pour citer

Abdelouahad Mabrour, 2e Colloque international CECA — Enseignement, apprentissage du FLE / FLS à travers le Monde : un paradigme en construction
Le français à l'université , 17-01 | 2012
Mise en ligne le: 06 mars 2012, consulté le: 18 janvier 2019

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Auteur

Abdelouahad Mabrour

Université Chouaïb Doukkali d’El Jadida (Maroc)

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