Le français à luniversité

Du « contemporain » à l’université. Usages, configurations, enjeux

Albert Jiatsa Jokeng

Référence de l'oeuvre:

André, Marie-Odile et Mathilde Barraband (dir.), (2015), Du « contemporain » à l’université. Usages, configurations, enjeux, Presses Sorbonne nouvelle, Paris, 192 pages.

Texte intégral

L’institution littéraire, entendue comme l’ensemble des organismes qui régissent la production et la diffusion des œuvres littéraires, trouve un second souffle aujourd’hui dans le renouvellement constant des thèmes et méthodes de recherche. Edgar Morin, dans sa communication au congrès international Quelle université pour demain ? Vers une évolution transdisciplinaire de l’université (Locarno, Suisse, 30 avril - 2 mai 1997)1, posait déjà le problème de cette refonte des programmes universitaires dans le monde. C’est dans ce sillage que je range cette belle édition de Marie-Odile André et Mathilde Barraband. Nos deux chercheures se penchent sur la réception de la notion du « contemporain » à l’université, dans une perspective comparatiste qui met en lumière deux pôles importants des études littéraires (France et Québec). Les contributions de cet ouvrage se regroupent en quatre principales parties : les usages du contemporain, ses processus de classification, les médiations éditoriales et critiques et, enfin, les perspectives critiques et propositions littéraires.

1La partie consacrée aux Usages du contemporain dégage les différentes acceptions de la notion de contemporain à partir d’un ensemble d’échanges, d’entretiens avec d’éminentes personnalités du monde universitaire français et québécois. Afin de lever l’équivoque, Marie-Odile André dresse d’entrée de jeu une esquisse de configuration de la notion, tout en la définissant et tout en déclinant ses origines. Elle termine sa contribution en montrant que la réception de ce concept à l’université est aussi une « question de pratiques » (p. 24). La suite est une série de deux entretiens accordés d’abord aux professeurs d’universités françaises et québécoises (Bruno Blanckeman, Marc Dambre et Alain Viala). L’occasion nous est ainsi offerte de constater que les conditions de l’intégration de la notion de « contemporain » dans les études universitaires ont été plus progressives au Québec et moins en France.

2Processus de classification : dans cette seconde partie portant sur les instances et les méthodes de conservation, de sacralisation et de critique (catalogues des bibliothèques universitaires, les thèses déposées et les index d’histoire de la littérature), nous nous rendons compte sous la plume de Cécile Rabot que le fait pour une œuvre contemporaine de figurer dans les rayons est un témoignage de la valeur littéraire du « contemporain ». Elle dresse ainsi des tableaux illustratifs des auteurs sacrés dans quelques grandes maisons d’édition. À sa suite, Aline Marchand fait une plongée dans les soutes du moteur Theses.fr pour recenser les travaux effectués sur des poètes contemporains, et elle termine son propos par l’analyse du quota féminin dans cet échiquier. Elle est rejointe par Audrey Lasserre, qui constate que la place qu’occupent ces écrivaines n’est guère reluisante.

3Dans la troisième partie, Médiations éditoriales et critiques, les contributions portent sur le « dialogue » des universités. Il s’agit bien plus du rôle de nouvelles maisons d’édition et des critiques (qui sont aussi des enseignants d’université) dans la sélection et la légitimation des œuvres littéraires. Avec l’avènement des nouveaux paysages médiatiques que sont l’Internet, les réseaux sociaux, on se rend compte que la meilleure réception littéraire à l’heure actuelle est essentiellement universitaire (Maÿlis Ciarletti). Par contre, l’entreprise quasi artisanale de l’édition est prônée par Julien Lefort Favreau, qui estime que cela peut permettre de résister au consumérisme médiatique qui vieillit l’art « contemporain ».

4La dernière partie, Perspectives critiques et propositions littéraires, est essentiellement prophétique. Elle essaye de dresser les différentes perspectives comme la nécessité de pluraliser la notion de « contemporain », mais aussi de rendre « transdisciplinaires » les enseignements littéraires comme le préconisait Edgard Morin.

5Le dossier ainsi présenté est d’autant plus important qu’il invite à repenser la notion de la contemporanéité dans un monde de vitesse où les ouvrages « vieillissent » trop vite une fois publiés.

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Notes

1 Texte publié dans Motivation, numéro 24, 1997.

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Pour citer

Albert Jiatsa Jokeng, Du « contemporain » à l’université. Usages, configurations, enjeux
Le français à l'université , 21-02 | 2016
Mise en ligne le: 29 avril 2016, consulté le: 20 août 2017

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Auteur

Albert Jiatsa Jokeng

École Normale Supérieure de l’Université de Maroua (Cameroun)

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