Le français à luniversité

Études françaises en Afrique australe, numéro 44

Albert Jiatsa Jokeng

Référence de l'oeuvre:

French Studies in Southern Africa / Études françaises en Afrique australe, (2014), numéro 44, Association des études françaises en Afrique australe (AFSSA), 245 pages.

Texte intégral

1Quelques mois avant la mort de celui qui est considéré à plus d’un titre comme le plus grand Français d’Afrique du Sud, à savoir André Brink, il aurait fallu être dans le secret des dieux pour pouvoir lui consacrer cette nouvelle parution de la revue d’Études françaises en Afrique australe. Qu’importe, d’entrée de jeu, Catherine Du Toit1 aborde sa réflexion dans les sentiers bourbeux de la traduction littéraire. Elle pense, à juste titre, que la traduction d’un ouvrage comme celui de Bitterkomix en français a permis de revisiter les règles de la traduction (en tant qu’exercice littéraire, ceci avec l’insertion des fragments dessinés dans le corps de son article), dans une société sud-africaine, on le sait, plurilingue et essentiellement puritaine.

2Dans une analyse croisée et « stéréographique2 » sur la personne et l’œuvre de J.-M. G.Le Clézio, quatre contributeurs (Orphée Gorée, Naòmi Morgan, Elisabeth Snynam et Alexia Vassilatos) essayent d’analyser les sources possibles qui ont inspiré et continuent d’inspirer cet auteur franco-mauricien célèbre par la finesse de ses analyses, son itinéraire et son style personnel : l’étroit rapport au réel, à l’Afrique, à sa vie et l’analyse psychologique.

3Quant à Giles Glacet, l’occasion est donnée de revisiter la textualisation par les lieux communs des fantasmes scripturaux qui ont fait de Dany Laferrière un écrivain truculent et éminemment célèbre qui n’hésite pas à transgresser les frontières de l’interdit et du tabou en mettant en scène le fameux thème des nègres puissants et chosifiés (meuble exotique, p. 47) adoré par les filles blanches (pages vierges à « noircir »).

4Une virée est abordée par le choix des classiques Prévost et Beauvoir par Éric Levéel et Robert Yennah. Ce qu’on peut retenir est que De Beauvoir a puisé une des sources fécondes de sa lutte pour l’émancipation des femmes dans des multiples voyages faits à Londres tandis que Yennah essaye de « mathématiser » le poids, la mesure et les calculs des valeurs existentielles chez les actants de Manon Lescaut.

5La littérature africaine trouve sa place dans cet échiquier par deux textes portant sur les dignes représentants et thèmes de cette littérature. D’abord, Yao Louis Konan revient sur le traditionnel thème de la littérature qui se trouve progressivement fragmentée par l’oralité. La quête de l’identité scripturaire chez Kourouma et Alhassane Ag Baille a retenu l’attention de Mouamédoul Niang. Pour terminer, on présente le compte-rendu des réflexions et témoignages des critiques sur des ouvrages antérieurs publiés.

6Au-delà de cette nouvelle parution de French Studies in Southern Africa qui tente de balayer les réflexions diverses, on ne peut cependant pas manquer d’évoquer l’éclectisme de certaines contributions qui ont travaillé sur les corpus n’ayant aucun rapport (du moins direct) avec l’Afrique australe. Qu’importe, la qualité de ces productions de l’esprit en fait un lacis plus qu’important qui fait rayonner les études françaises dans cette partie du continent dans le reste du monde.

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Notes

1 Dont le nom rappelle le célèbre personnage Ben du Toit d’Une saison blanche et sèche d’André Brink.

2 Barthes, « La théorie du texte », in Encyclopædia Universalis, p. 999-1000, 1973.

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Pour citer

Albert Jiatsa Jokeng, Études françaises en Afrique australe, numéro 44
Le français à l'université , 20-04 | 2015
Mise en ligne le: 03 décembre 2015, consulté le: 16 juin 2019

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Auteur

Albert Jiatsa Jokeng

Université de Maroua, École Normale Supérieure (Cameroun)

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