Le français à luniversité

Le roman francophone contemporain : canon, diversité, littérature-monde

Albert Jiatsa Jokeng

Référence de l'oeuvre:

Walecka-Garbalinska, Maria et Svante Lindberg (coord.), (2013), « Le roman francophone contemporain : canon, diversité, littérature-monde », Synergies : Pays riverains de la Baltique, numéro 10, Revue du Gerflint, Sylvains les Moulins (France), 121 pages.

Texte intégral

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1La question abordée dans ce numéro 10 de la revue Synergies : Pays riverains de la Baltique n’est pas nouvelle. En effet, le roman francophone n’a cessé depuis des décennies de cristalliser les critiques à cause de ses canons toujours renouvelés, de sa diversité culturelle, linguistique et territoriale qui s’étendent de plus en plus au-delà de ses « frontières naturelles » et surtout la polémique autour du centre et de la périphérie ayant donné lieu au concept de littérature-monde cher à Édouard Glissant.

2Alice Kathleen Pick Duhan se propose donc d’étudier deux auteures bilingues (anglais-français). Son analyse aboutit au constat selon lequel la langue est un espace contradictoire qui offre cependant des possibilités de régénérations qui passent par l’hétérolinguisme et qui permet au bilingue de modifier sa condition du négatif au positif.

3Une virée exotique est amorcée par Kaiju Harinen, qui analyse le caractère ethnocentrique et stéréotypé qui commande la « graphomanie » de deux auteures noires : Calixthe Beyala et Ken Bugul. Leurs intentions, il faut le dire, sont non seulement d’« africaniser la langue », mais aussi de l’utiliser pour exprimer la « diversité africaine ».

4Pas loin d’elle, Jeannine Paque s’interroge sur l’existence d’une littérature érotique au féminin. Même si elle ne fait pas allusion à Calixthe Beyala, qui est considérée comme une écrivaine érotique, elle revisite les chemins de la littérature « sexuée » de Françoise Mallet-Joris, pour aboutir à des écrivaines belges contemporaines. Le choix de la gent féminine n’est pas laissé au hasard, car qui peut mieux que la femme analyser l’érotisme féminin ? Elle arrive à la conclusion selon laquelle il existe de nos jours un nouveau genre littéraire centré sur la sexualité.

5C’est une sorte de devoir de mémoire que Karl Agerup explore dans « la Shoah comme matière de fiction : Robert Bober ». Bien sûr, le sujet revient en force dans une Europe où les individualismes tendent de plus en plus à supplanter les valeurs morales qui ont longtemps fait le substrat du vieux continent.

6Ce ne sont pas tant les concepts de diversité, d’hybridité et de marginalité qui retiennent notre attention ici (bien que ce soit l’ossature de sa contribution) dans l’article d’Andrea Hynynen, mais c’est aussi le courage d’aborder ces concepts dans les romans policiers. Dans ce déconstructivisme générique, on peut donc sentir un hybridisme futur.

7La dimension mnémonique est explorée par Kenneth Olsson qui, en plongeant dans les banlieues, analyse le discours beur dans trois romans. Notre analyste retient que les textes portent toujours l’empreinte indélébile des auteurs malgré les nouvelles thématiques qui tendent à l’obnubiler.

8Pour achever, un tour en Corse, avec Mia Panisse, chez une narratrice assise entre deux chaises, entre la culture corse et celle de la métropole, ou encore plus au nord, à Ostende, avec Maria Snarelid. Cette dernière analyse l’identité du narrateur qui oscille entre la quête de soi et la figure maternelle.

9Il appert à la fin de la lecture de ce merveilleux recueil que la notion de roman francophone opère une percée remarquable dans les pays baltes. On peut le comprendre : le bouillonnement culturel, l’ouverture des frontières, le postmodernisme d’aujourd’hui n’épargnent plus personne, et il est de plus en plus prouvé que la langue française constitue de nos jours un atout remarquable pour l’avenir de nombreux pays et institutions.

10Édition en ligne : http://gerflint.fr/Base/Baltique10/baltique10.html

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Pour citer

Albert Jiatsa Jokeng, Le roman francophone contemporain : canon, diversité, littérature-monde
Le français à l'université , 20-01 | 2015
Mise en ligne le: 18 mars 2015, consulté le: 18 janvier 2019

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Auteur

Albert Jiatsa Jokeng

École Normale Supérieure de l’Université de Maroua (Cameroun)

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