Le français à luniversité

Fascination des images, images de la fascination

Albert Jiatsa Jokeng

Référence de l'oeuvre:

Declercq, Gilles et Stella Spriet (dir.), (2014), Fascination des images, images de la fascination, Presses Sorbonne nouvelle, Paris, 368 pages.

Texte intégral

1Horace déclarait : « L’esprit est moins vivement frappé de ce que l’auteur confie à l’oreille, que de ce qu’il met sous les yeux, ces témoins irrécusables ». Le poète avait déjà ainsi formalisé la fascination, c’est-à-dire « l’effet d’une image sur un regard » (p. 13). Depuis, que de chemin parcouru ! Quelle course folle aux images de plus en plus signifiantes, et de plus en plus préoccupantes. Aujourd’hui, l’image est devenue l’un des symboles les plus utilisés de l’humanité. Il faut juste essayer de recenser les arts visuels actuels pour s’en faire une idée.

2C’est ainsi que le présent ouvrage de Gilles Declercq et Stella Spriet dresse un bilan de cette folle épopée. En trois mouvements, les auteurs exposent dans une analyse diachronique cette aventure : le premier, intitulé Ut pictura, fascinatio, se propose d’étudier l’art pictural, qui a été pendant longtemps en vogue avant l’arrivée des médias audiovisuels au XXe siècle. Le bal est ouvert par Marie-Dominique Popelard, qui retranscrit la réécriture picturale du mythe de Narcisse à travers plusieurs auteurs. Les chapitres suivant se focalisent sur la peinture des grandes figures historiques qui ont créé et continuent d’entretenir une véritable fascination dans la psyché des lecteurs. Le second chapitre, L’image fascinante à l’épreuve du texte, concentre son objet sur le texte, considéré par Barthes comme une « productivité », c’est-à-dire le fruit d’un travail de l’écrivain qui, en amont, s’offre des choix dans l’écriture de ses textes. De la bible, en passa par Scaron et Baudelaire, les contributeurs aboutissent à l’Oulipo, qui a fait du traitement de l’image une de ses composantes phares. On peut dire que l’une des voies de la découverte de l’« effet de vie » münchéen passe par l’étude du « fonctionnement de la fascination dans l’imaginaire du texte ». Le texte littéraire devient ainsi un support idéal de l’image. Le troisième mouvement, intitulé Corps et regard : la fascination dans les arts du spectacle, plonge le lecteur dans l’univers de l’intermédialité picturale. Si c’est le corps — symbole d’un art peu étudié, la danse et chorégraphie — qui est mis en exergue ici, les grandes figures des plus grands médias sont aussi passées au peigne fin. Quoi de plus normal si aujourd’hui les études (inter)médiatiques fascinent les chercheurs tant par leur nouveauté que par leur originalité et surtout par leur capacité à traiter un vaste champ complexe qui va désormais au-delà du texte pour embrasser les médias.

3On peut tout simplement dire que cet ouvrage de Gilles Declercq et Stella Spriet lève un pan de voile sur un sujet particulier qui tend à devenir une norme dans les recherches internationales. Ainsi, le pouvoir des images est de traverser les genres et les supports différents, et surtout de créer une fascination particulière dans la psyché des consommateurs. Cette fascination, loin d’être une simple passion, se distingue par sa perversion, par sa capacité à focaliser l’esprit, à le tromper par des innovations de plus en plus audacieuses, dont le nouveau-né dans la photographie actuelle est Photoshop ou le photomontage. Ce bel ouvrage a donc pour finalité, selon les auteurs, « d’étudier les formes et modes de l’image fascinante, d’en identifier la puissance esthétique et rhétorique et d’en évaluer la menace potentielle » (p. 12).

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Pour citer

Albert Jiatsa Jokeng, Fascination des images, images de la fascination
Le français à l'université , 20-03 | 2015
Mise en ligne le: 26 août 2015, consulté le: 15 septembre 2019

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Auteur

Albert Jiatsa Jokeng

Université de Maroua, École Normale Supérieure (Cameroun)

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