Le français à luniversité

Français et plurilinguisme dans la science

Leila Messaoudi

Référence de l'oeuvre:

Gajo, Laurent et Malgorzata Pamula-Behrens (dir.), (2015), « Français et plurilinguisme dans la science », Synergies Europe, numéro 8, Revue du Gerflint, Sylvains les Moulins (France), 121 pages.

Texte intégral

1Cette livraison de GERLINT Synergies Europe (n° 8, 2013) intitulée « Français et plurilinguisme dans la science » est une réflexion pluridimensionnelle, d’une richesse telle que l’entrée retenue pour y accéder ne pourrait être que réductrice.

2Aussi, le risque auquel on se trouve confronté serait-il celui de ne point pouvoir rendre compte, dans le cadre restreint de cette notice, de toute la profondeur et la finesse qui caractérisent les différentes contributions présentées dans cet ouvrage. Néanmoins, une lecture minutieuse pourrait faire ressortir au moins trois idées clés, traversant l’ensemble des textes.  

3Une première idée met en exergue la pertinence du langagier dans la construction, la transmission et la diffusion des sciences (Gajo). Cette articulation entre le langagier et le scientifique suscite, d’emblée, une double interrogation : quelle(s) langue(s) pour la diffusion des sciences ? Et existe-t-il une langue « scientifique » opposée à la langue commune ?

4En considérant l’histoire des sciences, le constat est vite fait que plusieurs langues ont contribué à l’avancement et au progrès de la science, selon telle ou telle période et selon tel ou tel champ disciplinaire. Il conviendrait, à cet effet, de tenir compte du type de domaine scientifique examiné et d’y inventorier les différents travaux réalisés quelle que soit la langue utilisée (Berthoud). Ce serait un apport véritable, nourri par la diversité des langues de travail et enrichi par les cultures portées par ces dernières. Ce, d’autant que la distribution des langues et l’évaluation à travers des revues indexées (avec obligation d’écrire en anglais) relèvent surtout d’une attitude idéologique (Hamel).

5Par ailleurs, la relation entre la langue commune et l’expression scientifique peut conduire à se demander si cette dernière ne se résume pas à une terminologie sous-tendue par une épistémologie (Lévi-Leblond). Toutefois, même si l’on s’en tient au seul domaine terminologique, l’on se rend compte, à travers le processus de la traduction en contexte plurilingue combien certains aspects sont irréductibles lors du passage d’une langue à une autre.

6Une deuxième idée consiste à s’interroger sur l’anglais comme « lingua franca » en science : il s’agit, en fait, d’un « mythe » (Papaux) et d’un appauvrissement conceptuel qui ne peuvent être dépassés qu’au prix d’un « ancrage dans la langue maternelle » au sein d’un « bilinguisme actif » (Schenk). Cela est visible dans le secteur universitaire, car si l’anglais semble un « must » (Coste) avec le phénomène de la globalisation (notamment économique), il n’en demeure pas moins que la présence des autres langues joue un rôle important dans la part cachée de « l’iceberg » chez les locuteurs bi/plurilingues qui, grâce au travail de reformulation qu’ils sont amenés à faire, à partir de leur propre langue, semblent favorisés par rapport aux anglophones monolingues auxquels ce passage d’une langue à une autre fait cruellement défaut. Cet exercice « cognitif » qui est l’apanage des bi/plurilingues pourrait faire éviter le monolithisme conceptuel. À cet effet, la notion d’une « langue universelle de diffusion des sciences » représente le danger d’une « pensée unique qui tendrait ainsi à étouffer les idées innovantes qui ne passeraient pas par une publication écrite en anglais ». (Desclés)

7Une troisième idée clé qui se profile en filigrane accorde une attention particulière au rôle de la langue française dans les sciences — notamment en pays francophones, tout en mettant en perspective le principe de la diversité linguistique et en luttant contre l’uniformisation introduite par le monopole exercé par la langue anglaise comme seul médium de production et de transmission des sciences. La science (singulier quelque peu illusoire) peut être « dite », « écrite » et « transmise » en français tout en tenant compte des autres langues présentes en contexte francophone. Seule cette diversité garantira le renouvellement des concepts et l’inventivité des scientifiques.

8Pour finir, la réflexion dans l’ensemble des textes est conduite à partir de champs disciplinaires différenciés et d’expériences diverses. Aussi, le point fort de ces études réside-t-il dans le fait qu’elles sont issues non seulement d’ancrages théoriques différents à dominante épistémologique et didactique, mais aussi d’observations et de références concrètes, relatives à la langue française face à « la science » et à un combat pour la diversité linguistique dans les disciplines scientifiques, tout en démystifiant l’illusion de l’universalité recherchée à travers une « lingua franca » qui conduit inévitablement à un univers « anémié » créé par une vision unidimensionnelle et linéaire.

9Édition en ligne : http://gerflint.fr/Base/Europe8/Europe8.html

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Pour citer

Leila Messaoudi, Français et plurilinguisme dans la science
Le français à l'université , 21-01 | 2016
Mise en ligne le: 10 février 2016, consulté le: 26 juin 2019

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Auteur

Leila Messaoudi

Université Ibn Tofail Kénitra (Maroc)

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