Le français à luniversité

Enjeux et atouts du français en Afrique noire

Jean-Michel Nzikou

Référence de l'oeuvre:

Bal, Willy, (2014), Enjeux et atouts du français en Afrique noire. Recueil d’articles parus entre 1966 et 2006 édité par Jean Germain, préface de Valentin-Y. Mudimbe, L’Harmattan, Paris, 272 pages.

Texte intégral

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1En éditant Enjeux et atouts du français en Afrique noire, un recueil d’articles de Will Bal parus entre 1966 et 2006, Jean Germain rend un service inestimable à tous ceux qui s’intéressent aux études africaines d’une manière générale et à l’étude du français en Afrique en particulier.

2Cet ouvrage, qui doit beaucoup à Françoise Bal, son épouse, fera date, tant il éclaire sous un jour nouveau le vaste champ de l’apport de Willy Bal à la philologie romane et aux études africaines, et où l’on découvre « un honnête homme » dont les actions et les réflexions transcendant géographies et aires sociolinguistiques étaient mues par la recherche du bien d’autrui.

3Le triple engagement scientifique, éducatif et interculturel de Willy Bal, rigoureux et dévoué intellectuellement, n’est pas sans rappeler Léo Frobenius, Maurice Delafosse et Filippo Pigafetta, dont il fit une édition critique de l’ouvrage Le royaume de Congo en 1965. Il s’agit d’un texte fondamental, le premier du genre sur le Congo et l’Angola, qui a été abondamment pillé par la plupart des chroniqueurs et voyageurs des XVIIe et XVIIIe siècles.

4C’est donc à juste titre que V.-Y. Mudimbe, dans la préface qu’il consacre à l’ouvrage, souligne la richesse de l’œuvre de Willy Bal en la mettant en perspective avec celle de son contemporain Michel Foucault. Deux représentants de deux grands courants marquants des années 1960 dans deux genres de recherches transculturelles et transhistoriques qui animaient le champ de la langue française et son extension. À Michel Foucault l’histoire des idées, et à Willy Bal le champ d’étude de la philologie et de la dialectologie romanes, ainsi que le domaine de l’interculturel de la langue française.

5À la lumière de ce qu’écrit Willy Bal dans ce recueil, notamment sa Présentation de l’Inventaire des particularités lexicales du français en Afrique noire, nous pouvons soutenir que grâce à lui et à S. Lafage, C. Bavoux, M. Daff, G. N’diaye-Corréard, M.-A. Queffélec, etc., il existe désormais une École des études du français en Afrique à l’image de l’École des annales prônée par Lucien Febvre et Marc Bloch. Une École linguistique qui rompt avec la tradition visant à justifier l’œuvre coloniale à travers la négation de la langue de l’Autre, offrant ainsi le fondement idéologique de la « supériorité » de l’Occident chrétien sur les peuples dits « indigènes, primitifs », auxquels on allait apporter la civilisation.

6Ce qui fait éminemment sens dans Enjeux et atouts du français en Afrique noire, c’est sa volonté de rassembler une mémoire éparse, celle d’une langue française qui a « planté sa case » en terre africaine pour faire place au dialogue des cultures et au métissage. L’ouvrage permet de comprendre comment le français a figé pour de bon le paysage linguistique des pays africains au lendemain des indépendances. En définitive, c’est bien du destin d’une langue, le français, devenue une « copropriété » employée par les Africains au gré de leurs besoins pour traduire leur vision du monde qu’il est question dans cet ouvrage.

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Pour citer

Jean-Michel Nzikou, Enjeux et atouts du français en Afrique noire
Le français à l'université , 19-03 | 2014
Mise en ligne le: 18 septembre 2014, consulté le: 19 mars 2019

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Auteur

Jean-Michel Nzikou

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