Le français à luniversité

Recherche en didactique des langues et des cultures : les séminaires régionaux s’ouvrent vers des séminaires interrégionaux

Philippe Blanchet

Texte intégral

1À l’automne 2011, l’AUF a décidé d’accompagner la parution du Guide pour la recherche en didactique des langues et des cultures (GRDLC, codirigé par Patrick Chardenet et moi-même1) par la création d’un site évolutif2 et par un programme global de séminaires sur la recherche en didactique des langues et des cultures (DLC).

2Un déploiement actif
Comme nous l’annoncions dans le Français à l’université, no 3, 2011 : « L’objectif est tout autant de participer à la formation de jeunes chercheur-e-s que de soutenir le développement des recherches en DLC incluant du français menées par des chercheur-e-s confirmé-e-s, dans une approche contextualisante »3. Ces séminaires, dont la coordination scientifique m’a été confiée, se sont déployés progressivement dans les différentes régions du monde en fonction de la dynamique locale. Ils ont eu lieu à un rythme plutôt soutenu : Brésil (octobre 2011), Viêt Nam pour l’Asie du Sud-Est (novembre 2011), Argentine (décembre 2011), Mexique (mars 2012), Pérou pour les pays andins (mai 2012), Égypte pour le Moyen-Orient (novembre 2012), île Maurice pour l’Océan Indien (février 2013). D’autres sont d’ores et déjà programmés : Maghreb (septembre 2013), notamment. Des régions restent à couvrir : le Pacifique, l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale, la Caraïbe, l’Europe centrale et orientale, ainsi que l’Amérique du Nord anglophone et l’Europe occidentale non francophone.

3Mieux comprendre les dynamiques de la recherche francophone en didactique des langues et des cultures
Précédées par les résultats d’une enquête confiée à des spécialistes locaux sur l’état des lieux de la recherche en DLC dans la zone concernée, une présentation du GRDLC et une conférence assurée par des auteur-e-s du GRDLC (si possible travaillant dans la zone concernée) mettent la table pour des ateliers organisés en fonction des résultats de l’enquête de préparation et des besoins et priorités exprimés lors du séminaire. L’ensemble des documents produits pour et par chaque séminaire est déposé sur le site du GRDLC4.

4Ces différents séminaires permettent de mieux comprendre les dynamiques de recherche en DLC (ou leur absence) dans ces régions et d’identifier clairement les orientations, les priorités et les attentes pour la recherche en DLC, souvent peu lisible ou marginalisée dans le maquis des découpages disciplinaires variés, malgré l’intérêt primordial affirmé partout pour les langues, leur enseignement, leur apprentissage (forte demande sociale). Si la priorité est donnée à la recherche francophone ou portant notamment sur le français, les autres langues internationales, officielles ou minoritaires, ne sont jamais négligées lors des séminaires où le plurilinguisme et la pluralité du français ont toute leur place.

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5L’exemple du séminaire Océan Indien de février 2013
À titre d’exemple, le dernier séminaire, tenu à Maurice pour l’ensemble de l’Océan Indien, a fait ressortir une grande diversité des situations et peu d’échanges préalables entre les chercheur-e-s des pays de la zone. Il y a néanmoins une grande dynamique de recherche dans divers pôles, notamment les plus anciennement engagés dans la recherche et qui peuvent servir de « locomotives » (Madagascar, Maurice, La Réunion), mais également de façon émergente dans deux nouveaux pôles : le Mozambique et les Seychelles (avec un besoin de soutien prioritaire pour la toute jeune université de ce pays où la didactique des langues peut se développer). L’Afrique du Sud pourrait apporter une contribution notable et les Comores pourraient bénéficier rapidement de l’ensemble de l’effet d’entraînement.

6Là comme ailleurs, il apparaît nécessaire de clarifier l’enchevêtrement et l’hyperspécialisation des recherches disciplinaires et des découpages variables, la didactique/didactologie des langues et des cultures — en général identifiée, ce qui n’est pas le cas partout — étant partagée entre sciences de l’éducation, sciences du langage et diverses langues surtout dominantes (français, malgache, anglais).

7La grande qualité des 4 propositions de recherche, élaborées par des groupes de collègues qui ne se connaissaient pas auparavant pour la plupart, témoigne de cultures de recherche déjà fortes et au moins partiellement partagées par l’ensemble des participant-e-s, malgré la composition internationale originale des groupes mise en place à dessein. De l’avis des participant-e-s, ce séminaire a permis d’amorcer (voire de renforcer) une culture scientifique francophone partagée, de poser des questions fondamentales et transversales (du type « quel chercheur ai-je envie d’être ? ») et de réinterroger ensemble des concepts et notions centraux pour la recherche en DLC.

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8Du régional à l’interrégional : un colloque interaméricain en octobre 2013
L’Amérique du Sud (et plus largement l’Amérique latine, incluant le Mexique) a connu dès le début du cycle de séminaires une forte activité par pays ou groupes de pays. L’animation par un groupe d’universitaires stable et circulant entre les pays (Estela Klett, Eliane Lousada, Marielle Rispail, Haydée Silva et moi-même) a permis de faire émerger une dynamique globale à l’échelle de la région qui va se concrétiser par un séminaire régional à São Paolo, au Brésil, en octobre 2013. Des chercheur-e-s francophones nord-américain-e-s y participeront également.

9Dans la logique des objectifs envisagés par le cycle de séminaires, les participant-e-s aux différents séminaires ont exprimé à la fois des besoins de formation à la recherche en DLC, des besoins de mise en synergie internationale et des besoins de développement de leurs projets de recherche. Ils ont formé le projet, d’une part, de voir publiées des versions en espagnol et en portugais du GRDLC, d’autre part, de mutualiser ces séminaires et les dynamiques qu’ils ont engendrées au niveau de l’ensemble de l’Amérique latine par un colloque qui réunirait les principaux acteurs de la recherche en DLC, à fort potentiel de démultiplication plurilingue et notamment francophone en Amérique latine. Ce colloque sera organisé sur 3 jours autour de 5 pôles :

  • état des lieux global et perspectives de la RDLC en Amérique latine (portant sur les diverses langues principalement utilisées et/ou enseignées en Amérique latine et en y identifiant précisément la place du français) ;

  • ateliers de formation à la recherche et recherche-action en DLC par des échanges d’expériences ;

  • ateliers sur la traduction des concepts et sur la terminologie en DLC entre langues romanes (objectif général : favoriser les synergies en intercompréhension ; objectif spécifique : affiner les versions espagnole et portugaise du GRDLC dans ses éditions papier et dans son complément en ligne, notamment son glossaire des notions) ;

  • atelier de communication de résultats de recherches récentes menées dans les différents pays concernés ;

  • atelier de mise en œuvre d’un réseau régional autour d’un ou deux projets de recherche fédérateurs.

10Et de l’interrégional au mondial
L’objectif final du cycle de séminaires locaux et régionaux serait, en passant par des séminaires interrégionaux pertinents (par exemple Maghreb et Proche-Orient, Afrique de l’Ouest et des Grands Lacs, Océans Indien et Pacifique…), d’aboutir à un grand colloque réunissant toutes les régions AUF en 2014, où seraient synthétisés les résultats de tous les séminaires locaux, régionaux, interrégionaux. Le but serait à la fois des échanges sur la recherche en DLC provenant de diverses zones francophones ou non, plurilingues, afin de favoriser les avancées des connaissances, les questionnements et débats constitutifs de la scientificité de ces connaissances, les comparaisons mettant en relief les transferts possibles, mais aussi les spécificités parfois (souvent ?) irréductibles des différentes situations, des enjeux de formation, de politique éducative et de politique linguistique.

11Un organisme international comme l’AUF, dont la vocation est de favoriser la vie universitaire internationale francophone et plurilingue, y trouverait probablement une information précieuse pour l’aider à orienter ses actions en phase avec les priorités et besoins de ses membres (institutions universitaires et d’enseignement supérieur) sur le terrain.

12En attendant, chacun des séminaires permet aux collègues des pays et zones concernés de bâtir des projets de recherche justifiant l’attribution de moyens par leurs divers interlocuteurs et permet aux bureaux régionaux de l’AUF d’être à leur écoute.

13Mais, avant tout, ce cycle de séminaires est une aventure humaine qui met en relation des centaines de chercheur-e-s, jeunes et confirmé-e-s, venu-e-s de nombreux établissements et de nombreux pays du monde, qui ne se seraient sans doute jamais rencontré-e-s sans cela, et qui apprennent les un-e-s des autres, y compris à vivre et à travailler ensemble, dans la pluralité et le partage de leurs langues et de leurs cultures. Ils et elles mettent ainsi à l’épreuve leurs théories de didacticien-ne-s des langues et des cultures.

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Pour citer

Philippe Blanchet, Recherche en didactique des langues et des cultures : les séminaires régionaux s’ouvrent vers des séminaires interrégionaux
Le français à l'université , 18-01 | 2013
Mise en ligne le: 19 mars 2013, consulté le: 26 mai 2017

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Auteur

Philippe Blanchet

Université Rennes 2 (France)

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