Le français à luniversité

Imaginaire sériel. Les mécanismes sériels à l’œuvre dans l’acte créatif

Salah Haddab

Référence de l'oeuvre:

Fruoco, Jonathan, Andréa Rando Martin, Arnaud Laimé (dir.), (2017), Imaginaire sériel. Les mécanismes sériels à l’œuvre dans l’acte créatif, Grenoble, UGA Éditions, Grenoble, 171 pages.

Texte intégral

1Cet ouvrage porte sur la question sérielle des œuvres en rapport avec la réception et la réflexion du travail en série. Quatre experts dirigent cette enquête sur la sérialité imaginaire et se proposent de découvrir les mécanismes sériels qui se déploient lors de la création. Le corpus étudié varie du littéraire à l’image, puisque la télévision a beaucoup contribué dans la création sérielle d’œuvres littéraires. C’est un séminaire, « Mythes et séries télévisées », qui est à l’origine de ce livre qui se compose de 4 parties soutenues par 11 chapitres.

2La première partie traite des « mécanismes de la réception » en deux chapitres dont l’un de Malcolm Andrews, faisant toute la lumière sur le processus de la sérialisation dans les œuvres de Charles Dickens, qui sont à la limite considérées comme de la littérature commerciale, puis son rapport étroit avec la société et la réception ou la consommation de l’œuvre en série; le second chapitre, de Noémie Fargier, porte l’intérêt sur la danse et le cinéma, qui suscitent l’attention du spectateur dans la mesure où il cherche à saisir les principes de composition ou de réalisation de l’œuvre artistique, de par son caractère spécifique de dédoublement et de réitération permanent.

3La deuxième partie comporte trois chapitres sous le thème de « Matérialité et médium ». Le premier chapitre, que signe Michèle Haenni, est consacré à l’exemple de l’œuvre sérielle de Michel Butor, dont la caractéristique est de concevoir des livres toujours ouverts et nouveaux. Ensuite, Côme Martin nous dévoile le phénomène de l’interruption de la série dans la bande dessinée; la temporalité imprègne profondément ce chapitre où la diégèse poursuit un chemin sinueux et interrompu, influençant ainsi le lecteur. Le dernier chapitre se consacre à la pratique picturale que Charline Bourcier-Doyer nous fait partager à travers son expérience de plasticienne. Elle explicite les mécanismes d’emprunt, d’appropriation et de transposition lors du processus de création artistique.

4La troisième partie nous permet, avec trois chapitres, de bien saisir les principes de répétition que la sérialité contribue à édifier dans la référence. Le premier chapitre, d’Arnaud Laimé, s’intéresse aux cycles romanesques de Jacques Abeille/Léo Barthe, à la fois auteur et personnage, et où l’imaginaire sériel se déploie et expérimente le double pornographe d’un écrivain qui a fait ressortir la richesse de la création littéraire. Quant à Hervé de La Haye, il s’intéresse à un dessin animé, « Les Mondes engloutis », lourd de sens et de réflexion, qui sont à l’origine d’une narration cyclique de l’Histoire tributaire du concept de l’éternel retour, des échos et des reflets du récit perpétuellement réitéré. Pour Nikol Dziub, le roman-feuilleton ne s’achève jamais et il est toujours renouvelé à la fin et sans cesse; le récit de voyage en est l’exemple type, car il produit à l’infini l’imaginaire sériel et ses mécanismes créatifs.

5Enfin, la quatrième partie met en exergue dans trois chapitres « la question du temps dans les séries télévisées ». Le premier chapitre, d’Olivier Chopin, traite de la série Rubicon, qui illustre magistralement le renseignement américain et ses secrets jusqu’à la limite du réel et du terrain. Puis, Laurence Picano-Doucet analyse la temporalité et l’historicité dans la série Once upon a time, où le temps réel et le temps imaginaire se confrontent et se confondent à travers la diffusion des épisodes de la série, et où le temps fictif finit par rejoindre l’histoire réelle. Le dernier chapitre, de James Dalrymple, revient sur la série The Prisoner, où l’emprisonnement est un thème de référence et une expérience hors genre. Le personnage revit et se remémore son histoire dans Living in harmony et pose de nouvelles conceptions de la série télévisée.

6Au final, cet ouvrage est un excellent moyen rapide et concentré pour visualiser la conception de l’imaginaire sériel et de ses mécanismes de création. Tous ceux qui ont contribué à ce livre ont bien illustré cette thématique à travers la littérature sérielle, la bande dessinée, l’art pictural, les cycles romanesques ou encore l’univers contemporain phénoménal des séries télévisées. Ce travail collectif a réussi à expliciter le rôle et le processus réitératif pour bien comprendre l’imaginaire et ses mécanismes en série.

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Pour citer

Salah Haddab, Imaginaire sériel. Les mécanismes sériels à l’œuvre dans l’acte créatif
Le français à l'université , 22-04 | 2017
Mise en ligne le: 07 décembre 2017, consulté le: 19 avril 2018

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Auteur

Salah Haddab

Centre universitaire d’Aflou (Algérie)

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