Le français à luniversité

Les confettis de Babel. Diversité linguistique et politique des langues

Aminata Diop

Référence de l'oeuvre:

Calvet, Louis-Jean et Alain Calvet, (2013), Les confettis de Babel. Diversité linguistique et politique des langues, Écritures, Paris, 220 pages.

Texte intégral

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1Cet ouvrage permet une compréhension et une utilisation optimale du Baromètre des langues du monde conçu par les frères Calvet et consultable sur Internet (wikilf.culture.fr/barometre2012/). Au-delà de la reprise des éléments constitutifs de ce modèle mathématico-statistique interactif permettant une aide à la prise de décision en matière de politique linguistique, les auteurs développent une réflexion autour de la diversité linguistique (Les confettis de Babel) et de la manière de la gérer en tenant compte du respect des droits de l’homme, des intérêts des États et des besoins de communication mondiale. Les analyses reposent sur de nombreux exemples, chiffres, tableaux et graphiques rendant la lecture agréable, mais aussi sur différentes sources de données statistiques, toutes consultables sur Internet, passées au crible.

2Les 7 000 langues du monde, dont le statut dépend de considérations souvent plus politiques que scientifiques, sont diverses du point de vue du nombre de leurs locuteurs, mais également de leurs fonctions et usages. N’offrant pas les mêmes possibilités sociales, culturelles et professionnelles, les langues n’ont pas le même poids. Chaque pays étant un cas particulier du fait de son histoire et de sa géographie, il paraît difficile de dresser un panorama mondial du plurilinguisme. Les auteurs proposent une grille qualitative de six facteurs pour caractériser les pays et réfléchir aux politiques linguistiques à y mener : le nombre de langues parlées, la répartition statistique des locuteurs, l’éventuelle parenté génétique entre les langues présentes, les différents systèmes d’écriture, le caractère transfrontalier des langues et leur fonction identitaire.

3À l’aide de critères quantitatifs, le Baromètre des langues du monde, quant à lui, permet de classer les langues en leur attribuant un poids à partir de 11 facteurs tant intrinsèques à la langue que contextuels : le nombre de locuteurs, l’entropie (mesurant le degré de dispersion), la véhicularité, le statut, les nombres de traductions à partir de la langue et vers celle-ci, les prix littéraires internationaux, l’activité dans Wikipédia, l’indice de développement humain, l’indice de fécondité et la pénétration du réseau Internet. Ces facteurs sont traités mathématiquement, de façon à leur donner une importance égale. Enfin, le baromètre permet d’attribuer à chacun des facteurs un coefficient atténuateur (entre 0 et 1).

4Le classement général des langues du monde place ainsi en tête l’anglais, puis l’espagnol, le français, l’allemand, le russe, le japonais, etc. (le coefficient 1 étant attribué à chacun des 11 facteurs). Mais l’utilisateur peut moduler l’importance des facteurs selon son projet. À titre d’exemple, dans le cas d’une radio qui devrait choisir en quelle langue émettre pour toucher le plus d’auditeurs possible, les facteurs pertinents seraient alors le nombre de locuteurs, la véhicularité, le statut et l’entropie. Après le trio de tête du classement général apparaissent alors le mandarin, le russe et le hindi. Ce type d’approche permet aussi de réfléchir aux politiques linguistiques régionales, en ne retenant que les langues d’un espace géographique donné et les facteurs pertinents.

5La diversité linguistique n’est pas réductible au nombre de langues dans un territoire donné, mais peut être approchée par l’indice de Greenberg, qui mesure la probabilité de rencontrer un individu ayant une autre langue que la nôtre. La variabilité de cette diversité est aujourd’hui le produit des langues allochtones pour l’Europe, des langues autochtones pour l’Afrique et l’Asie. Les organisations internationales ont pourtant des approches différentes de ce concept : l’UNESCO est partisan de la conservation de toutes les langues, patrimoine culturel de l’humanité ; l’OIF raisonne la diversité afin de mieux promouvoir le français ; le Conseil de l’Europe fait référence aux droits de l’homme, mais ne s’intéresse qu’aux langues locales et non à celles des migrants qui contribuent pourtant le plus à la diversité européenne.

6Compte tenu de l’existence d’un marché mondial des langues que chacun s’accorde à vouloir réguler, les auteurs montrent que la défense de toutes les langues entraînerait finalement une perte de diversité au profit notamment de l’anglais. Et qu’il serait plus réaliste de privilégier certaines langues dont le choix dépendrait de leur rôle dans le développement et l’amélioration de la vie des individus. Ces politiques de gestion de la diversité linguistique devant s’appuyer sur des actions coordonnées à plusieurs échelles (mondiale, régionale et nationale) en fonction du poids des différentes langues.

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Pour citer

Aminata Diop, Les confettis de Babel. Diversité linguistique et politique des langues
Le français à l'université , 19-02 | 2014
Mise en ligne le: 16 mai 2014, consulté le: 19 juin 2019

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Auteur

Aminata Diop

DILTEC, Sorbonne Nouvelle — Paris 3 (France)

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