Le français à luniversité

Langue française et plurilinguisme dans la formation universitaire et l’insertion professionnelle des diplômés marocains en sciences et technologies

Aminata Diop

Référence de l'oeuvre:

Blanchet, Philippe et Leila Messaoudi (dir.), (2013), Langue française et plurilinguisme dans la formation universitaire et l’insertion professionnelle des diplômés marocains en sciences et technologies, coll. « Proximités », E.M.E. & InterCommunications, Fernelmont, 272 pages.

Texte intégral

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1Cet ouvrage valorise des recherches menées dans le cadre d’un programme de coopération interuniversitaire franco-marocaine. Il regroupe des articles de sociolinguistes, de didacticiens des langues et de spécialistes des sciences de l’éducation des universités de Kénitra, de Rabat, de Rennes 2 et d’Amiens. Y est globalement interrogée la place de la langue française dans le plurilinguisme du Maroc, et plus spécifiquement dans la formation universitaire et l’insertion/exclusion professionnelle des diplômés de niveau Bac +2 à Bac +4 des filières scientifiques et techniques, cette problématique étant applicable à l’échelle du Maghreb.

2Le livre débute par un éclairage contextuel et conceptuel (situation sociolinguistique, état de l’emploi, notion de technolecte). Ensuite sont présentées des études de terrain réalisées en milieux professionnel et universitaire : résultats d’enquêtes auprès d’employeurs et d’employés de différents secteurs (banque, assurance, industrie…), mais aussi auprès d’étudiants et de professeurs des filières économie-gestion, biologie-géologie, médecine. En conclusion, des perspectives didactiques sont esquissées.

3Si deux langues sont officielles au Royaume chérifien (l’arabe standard et l’amazighe), deux autres langues occupent également une place importante dans le quotidien des Marocains à l’oral et à l’écrit : l’arabe marocain (médium véhiculaire en particulier dans les villes) et le français (langue de travail notamment dans les entreprises). Après l’arabisation des années postindépendances, les années 2000 voient, avec la mondialisation, la réaffirmation de la place du français dans les plurilinguismes locaux. Dans le secteur éducatif, si l’arabe standard demeure la langue de scolarisation au primaire et au secondaire, le français devient médium d’enseignement exclusif dans les grandes écoles d’ingénieurs, dans la filière économie et toutes les filières universitaires scientifiques et techniques. Cette situation n’est bien sûr pas sans conséquence : les étudiants ont du mal à suivre les cours et ceux qui n’abandonnent pas leurs études n’auront pas obligatoirement un niveau en français suffisant pour pouvoir s’insérer dans le monde professionnel — c’est d’autant plus prégnant dans le monde de l’entreprise privée marocaine pourvoyeuse d’emplois et tournée vers les partenariats commerciaux avec l’étranger.

4Les études de terrain confirment que le français est la langue majeure du recrutement, du management et de la progression de carrière dans les secteurs considérés. En effet, le français est la langue de travail, la langue de communication interne et externe des entreprises privées marocaines. Quoiqu’il existe des besoins variables en matière de compétences orales selon les catégories d’employés, la connaissance du technolecte professionnel en français demeure une obligation pour tous. Mais au sein des entreprises, il n’existe pas de formations internes en français qui permettent d’améliorer la connaissance de ces savoirs spécifiques. L’université marocaine doit donc remplir cette tâche.

5C’est pourquoi, sur la base de l’exemple de la filière universitaire en biologie-géologie, diverses mesures généralisables aux autres filières sont proposées pour permettre aux étudiants de mieux assimiler les savoirs enseignés en français. Il est ainsi prôné la mise en place d’une session intensive de cours de français en début d’année universitaire — et l’obligation pour les étudiants d’y assister. Ces cours de langue devraient mieux tenir compte des technolectes. L’élaboration de lexiques français-arabe-anglais associant des spécialistes des disciplines scientifiques et des enseignants de langue constituerait un outil pédagogique fort appréciable. Des activités d’écoute devraient également être mises sur pied pour améliorer la compréhension du discours académique oral auquel les étudiants seront confrontés.

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Pour citer

Aminata Diop, Langue française et plurilinguisme dans la formation universitaire et l’insertion professionnelle des diplômés marocains en sciences et technologies
Le français à l'université , 18-02 | 2013
Mise en ligne le: 25 juin 2013, consulté le: 25 mars 2019

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Auteur

Aminata Diop

DILTEC, Sorbonne Nouvelle — Paris 3 (France)

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