Le français à luniversité

Une parole inquiète. Barthes et Foucault au Collège de France

Claudia Gaiotti

Référence de l'oeuvre:

Bellon, Guillaume, (2012), Une parole inquiète. Barthes et Foucault au Collège de France, coll. « La fabrique de l’œuvre », ELLUG, Grenoble, 275 pages.

Texte intégral

1Dans cet ouvrage, on aborde deux référents théoriques majeurs de la pensée française : Roland Barthes et Michel Foucault. On s’intéresse spécialement à la parole enseignante de ces auteurs dans le cadre de leurs cours au Collège de France. Ainsi, à partir d’une approche génétique, Guillaume Bellon se penche sur l’inquiétude d’un discours professoral qui, en dialogue avec l’œuvre écrite, représente une entreprise intellectuelle bien distincte. Il s’agit d’un essai original, réflexif et hautement documenté qui croise différents corpus : enregistrements sonores, notes manuscrites, édition des cours et ouvrages publiés. On porte un regard critique sur un espace discursif qui met en scène une pensée en train de se faire. Une pensée mobile, changeante et même éphémère qui est bien différente de celle qui est inscrite dans les ouvrages publiés par ces auteurs.

2L’essai est organisé en trois volets. Dans la première partie, intitulée « Vers le livre », on aborde les problèmes soulevés par l’édition des cours (notes et transcription des archives sonores) dans leur relation avec des nœuds problématiques de l’œuvre écrite. En s’interrogeant sur l’« ordre de l’écrit » — un ordre singulier qui répond à un certain imaginaire textuel —, on le confronte à la parole enseignante qui est traversée par d’autres conditions d’énonciation, liées à sa circulation et à sa diffusion. Guillaume Bellon étudie ainsi la fabrique du livre qui émerge du discours oral proféré dans ces cours. La deuxième partie, « Au miroir de l’œuvre », se centre sur le « devenir du cours » et ses croisements avec les livres publiés. L’intérêt est ainsi de « fixer la distance du cours à l’œuvre et plus précisément à la pensée écrite » (p. 83). La troisième partie, « Un atelier de pensée », problématise le rapport à l’écriture d’autant plus que le discours enseignant est essentiellement un discours oral. On analyse donc les spécificités et les contraintes de cette « parole inquiète » prononcée au Collège de France. Enfin, on interpelle le lecteur à « s’approprier le discours risqué naguère par nos auteurs en professeurs » pour « en maintenir vive l’inquiétude » (p. 245).

3Il s’agit certes d’un livre à conseiller : un essai rigoureux qui fait dialoguer les cours de Barthes et de Foucault avec de multiples documents qui résonnent dans la parole forgée par ces intellectuels. En ce sens, cet ouvrage témoigne, sans doute, d’un laboratoire de pensée. À nous, lecteurs, de relever le défi d’interroger de tels espaces discursifs hétérogènes, malléables et diversifiés.

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Pour citer

Claudia Gaiotti, Une parole inquiète. Barthes et Foucault au Collège de France
Le français à l'université , 19-01 | 2014
Mise en ligne le: 20 septembre 2016, consulté le: 17 juin 2019

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Auteur

Claudia Gaiotti

Université de Buenos Aires (Argentine)

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