Le français à luniversité

La langue dans la cité. Vivre et penser l’équité culturelle

Jean-Baptiste Atsé N’Cho

Référence de l'oeuvre:

Klinkenberg, Jean-Marie, (2015), La langue dans la cité. Vivre et penser l’équité culturelle, collection « Rélexions faites », Les Impressions nouvelles, Bruxelles, 330 pages.

Texte intégral

1Jamais un livre n’a-t-il été l’objet d’autant de questionnements ni n’a-t-il trouvé de réponses idoines à ses interrogations sur le fonctionnement de la langue (française) dans le monde. Cet essai de Jean-Marie Klinkenberg se veut un nouveau testament linguistique. Sur les huit grands chapitres qui composent l’ouvrage, la moitié amène l’auteur à un renouvellement de la réflexion sur le français. On a entre autres : La langue, affaire politique. Mais quelle politique ? (Chapitre II, p. 67), La Francophonie : une mission ou un destin ? (Chapitre III, p. 99), Une langue en déliquescence ? (Chapitre V, p. 155), Maîtriser la langue, ou se l’approprier ? (Chapitre VI, p. 183). En plus de toutes ces questions, il faut également mentionner celles posées en sous-titres des chapitres telles Que peut, que doit faire la francophonie ? (p. 101 du chapitre III), Mais qu’est-ce qui peut être en crise dans le français ? (p. 162 du chapitre V), Le français survivra-t-il au XXIe siècle ? (p. 213 du chapitre VI) ou encore Promouvoir l’unité ou la diversité ? (p. 264 du chapitre VIII). Même l’introduction et la conclusion n’y échappent pas : Langue et politique : l’eau et le feu ? (pour l’introduction en p. 19) et Pour conclure mais aussi pour commencer : quels objectifs pour une politique de la langue ? (pour ce qui est de la conclusion en p. 289).

2Que veut réellement montrer ce professeur émérite de Sciences du langage de l’Université de Liège et ancien président du Conseil supérieur de la langue française, à travers toutes ces questions qui « sillonnent » son livre ? Tout simplement, « placer nos langues — et spécialement le français — au cœur d’une réflexion sur les communications et les relations humaines dans le monde d’aujourd’hui » (cf. 4e de couverture du livre).

3Parmi les problématiques rencontrées, on notera les questions suivantes : Mais qu’est-ce que la langue ? Une norme, ou des normes ? Qu’est-ce que reconnaître une langue ? La langue, une affaire politique, mais quelle politique ? L’auteur, que cela plaise ou non, met l’accent sur la variabilité, la plasticité, la pluralité et la fragilité du français (p. 29) dont une norme standard n’existerait plus. Il prône à cet effet une créolisation du français qui, selon lui, devrait prendre exemple sur l’anglais, une langue qui se parle en toute liberté, avec plusieurs variantes, sans pour autant l’affecter. Il renchérit sur ses propos en ces termes : « Nous allons dans les années qui viennent continuer à voyager, à écouter la radio, à regarder des films, à recevoir des programmes de télévision par câble, à prendre l’avion et la voiture, à surfer sur internet : tous facteurs qui rapprochent les usagers d’une langue autour des mêmes normes implicites, et rabotent les différences. [...] Au demeurant, l’exemple de la langue qui domine aujourd’hui le monde le montre bien : c’est précisément une de celles qui autorisent la plus grande liberté à ses usagers, et qui connaissent la plus forte variabilité interne. Variabilité qui, loin de la sanctionner, la rend d’ailleurs peut-être plus attrayante à ses usagers potentiels » (p. 272-273). Un peu plus loin, parlant de la langue qui domine aujourd’hui le monde, l’éminent linguiste dit ceci : « Ce n’est pas l’anglais qui est dominant, ce sont les États-Unis; et la domination de l’anglais n’est pas un problème linguistique, mais un problème de géopolitique générale. N’étant point choses vivantes, les langues ne peuvent s’affronter : ce sont les groupes sociaux et les blocs économiques qui s’affrontent » (p. 38), car, pour l’auteur, autant la langue est-elle un « enjeu social, éducationnel, [autant] elle est (…) un enjeu économique » (p. 57). Comme nous le constatons, ce livre n’est pas un livre de recettes, mais un livre bien plus remarquable, qui nous fait vivre l’évolution de la langue française et, en même temps, qui s’efforce de réconcilier le citoyen avec sa langue. Un vaste chantier auquel a pris part l’ex-recteur de l’Agence universitaire de la Francophonie (AUF) de 2007 à 2015, Monsieur Bernard Cerquiglini, qui en a donné la préface. Si, pour les critiques, le livre de Klinkenberg est « à mettre entre toutes les mains pour la fermeté de son information, de ses démonstrations et de ses prises de position, de même que pour ses vertus pédagogiques et pour son approche globale de la langue, de son imaginaire et de ses représentations1 », retenons tout simplement que c’est une belle occasion que nous offre ce spécialiste de rhétorique et de sémiotique d’en apprendre davantage sur la politique linguistique, la notion de langue sous ses multiples facettes et surtout ses réflexions sur la survie du français sur et à travers le marché des langues.

4Publié avec l’aide du Service Culture de la Fédération Wallonie-Bruxelles, ce livre offre également aux lecteurs qui en feront un bon usage des pistes nouvelles à travers sa riche et abondante bibliographie suivie de son index de neuf pages.

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Notes

1 Benoît Melançon, L’Oreille tendue, en ligne http://oreilletendue.com/2015/08/03/la-langue-dans-la-cite-dictionnaire/ (consulté le 6 septembre 2016).

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Pour citer

Jean-Baptiste Atsé N’Cho, La langue dans la cité. Vivre et penser l’équité culturelle
Le français à l'université , 21-03 | 2016
Mise en ligne le: 23 septembre 2016, consulté le: 22 novembre 2019

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Auteur

Jean-Baptiste Atsé N’Cho

Université de Bouaké (Côte d’Ivoire)

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