Le français à luniversité

Rêves, Fantômes, Fantasmes – Ponti/Ponts, numéro 14

Lydie Malizia

Référence de l'oeuvre:

(2014), Ponti/Ponts. Langues littératures civilisations des Pays francophones, numéro 14, « Rêves, Fantômes, Fantasmes », Mimesis, Milan, 354 pages.

Texte intégral

1Le rêve « concède à l’individu la possibilité de mieux appréhender tout un pan du réel qui lui serait normalement caché et qui concerne non seulement les événements du passé mais aussi ceux que l’avenir prépare pour lui. » (Jada Miconi)

2Dans la revue italienne Ponti n° 14, 6 articles francophones revisitent la problématique fantastique par l’entrée « Rêves-Fantômes-Fantasmes ». Le fantastique, en s’appuyant sur la transcendance — poésie, littérature, spiritualité, imagination — et sur la sagesse de la tradition ancestrale, interroge la façon dont l’homme peut dépasser la réalité qui comporte cette part d’ennui, d’attente, de médiocrité, de lâcheté insupportables.

3La littérature et la guerre relient trois romans : Handji de Robert Poulet (1931), L’imposture des mots de Yasmina Khadra (2002) et Anima de Wajdi Mouawad (2012). Robert Poulet rejette la réalité lui préférant un cadre poético-fantasmatique, laissant ses personnages s’« abymer » dans leur rêve à deux. Deux soldats créent une femme, fatale certes, mais si réelle qu’ils en oublient le cadre et l’horreur de la guerre. Loin de la guerre, Ténèbres met l’homme et l’écrivain au centre d’un conflit qui ne leur permet pas de survivre dans la réalité.

4C’est aussi ce qui se passe pour le personnage écrivain de Yasmina Khadra, dont la double identité fait surgir du passé celui qu’il cherchait à refouler, le militaire. Il discute avec des personnages du passé, des auteurs, des personnages de roman, pour trouver un appui et justifier ses choix face au monde qui ne le comprend pas. Un dialogue dont le rôle est à la fois esthétique et didactique.

5Wajdi Mouawad glisse de genre en genre, de lieu en lieu, de masque en masque : du polar qui commence au Québec au roman historique qui se poursuit au Liban, jusqu’au roman intimiste qui aboutit à la monstruosité d’une filiation liée à l’adoption d’un enfant musulman par un maronite lors du massacre de Sabra et Chatila, fantôme porteur des atrocités d’un monde fondé sur la haine.

6La spiritualité et la littérature regroupent les trois autres récits : Marie Guyard de l’Incarnation, Relation (1654), Ryvel, La Œubéïta conte des Selihoth, (1930) et Jean-Roger Essembra, Le dernier gardien de l’arbre (1998).

7Marie Guyard de l’Incarnation, Ursuline française, est partie au XVIIe siècle évangéliser les Amérindiens, missionnée par un rêve. Les récits de rêves prophétiques, écrits après que les prophéties se réalisent, deviennent paradoxalement un dialogue du futur dans le passé.

8Enfin, c’est la tradition qui relie La Œubéïta, écrite par un des membres de l’École de Tunis, — regroupant des intellectuels juifs et s’inscrivant dans un mouvement de renaissance des folklores communautaires — au Dernier gardien de l’arbre de Jean-Roger Essombra (1998), roman africain à visée initiatique qui met en scène deux personnages, Mevoa et Nicolas, dont les rêves se rejoignent au pied de cet arbre magique capable d’apporter la paix éternelle sur la Terre. Le conte de La Œubéïta, retranscrit dans son intégralité, de structure classique, fait apparaître un personnage au bras long et des situations oniriques déconcertantes, à visée didactique.

9En ligne : http://www.efmr.it/?op=magazinedetail&id=112

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Pour citer

Lydie Malizia, Rêves, Fantômes, Fantasmes – Ponti/Ponts, numéro 14
Le français à l'université , 20-04 | 2015
Mise en ligne le: 08 décembre 2015, consulté le: 16 juin 2019

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Auteur

Lydie Malizia

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