Le français à luniversité

Miroir du français. Éléments pour une histoire culturelle de la langue française

Dominique Jouve

Référence de l'oeuvre:

Gingras, Francis, (2015), Miroir du français. Éléments pour une histoire culturelle de la langue française, collection « Espace littéraire », Presses de l’Université de Montréal, 480 pages.

Texte intégral

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1L’ouvrage du professeur Francis Gingras est si intéressant que la lectrice en redemande ! Il ne s’agit pas seulement d’un recueil de textes présentant de l’intérêt pour l’histoire du français, mais aussi d’un compendium des attitudes des écrivains eux-mêmes vis-à-vis de la langue qu’ils utilisent. La préface justifie ce choix qui tente de croiser l’histoire des phénomènes linguistiques et celle des théories et pratiques d’écriture, et, à mes yeux, c’est une idée originale et féconde.

2L’auteur commence avec des éléments qui renvoient plutôt aux balbutiements de ce qui deviendra le français, avec en particulier des textes témoignant d’un bilinguisme ludique (le Sponsus ou Jeu des vierges sages et des vierges folles) ou politique, avec la pleine reconnaissance de la « rustica lingua romana » lors du concile de Tours : j’ai été passionnée par les éléments de latin populaire, puis de proto français. Les textes regroupés sous la bannière de l’ancien français introduisent déjà des réflexions sur la norme du bon français, sur la prééminence du modèle parisien, et montrent une grande sensibilité aux « remuements » et « changes » dans la ou les langues françaises. Quelle meilleure école de décentrement ? De même, l’auteur a choisi de nous donner à lire une querelle littéraire à propos du Roman de la Rose et les réflexions à la fois connues et peu lues en dehors des spécialistes sur le statut du français à l’aube du XIXe siècle. La période du moyen français, celles du français de la Renaissance (de Rabelais à Montaigne), du français classique sont identifiées avec netteté; celle du français moderne commence à Mme de Staël et cède la place à toutes sortes de variétés de français hors hexagone. Le livre se termine sur l’entrevue pleine d’humour et d’humeur de Monique Proulx sur le fait d’être francophone.

3En tête de chaque grande section, l’auteur propose quelques éléments de phonétique, morphologie et syntaxe pour attirer l’attention sur ce qui change. Bien sûr, comme le souligne l’auteur, ces éléments devraient être expliqués et développés par un enseignant si les étudiants prenaient ce « miroir » comme manuel d’histoire de la langue. Il n’empêche qu’il devrait être présent dans toutes les bibliothèques, car il donne accès à toutes sortes de petits « trésors » jusque-là réservés aux élèves de l’école des Chartes. De plus, il favorise une approche nuancée du rôle que les écrivains jouent dans le renouvellement de la langue et dans la conscience linguistique au sens large. Il s’adresserait plus facilement, me semble-t-il, à un public non universitaire si un fascicule de présentations et d’explications plus détaillées était joint au recueil de textes : il n’en reste pas moins que c’est un livre à la fois utile et du plus grand intérêt pour les étudiants de langue et littérature, et leurs enseignants.

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Pour citer

Dominique Jouve, Miroir du français. Éléments pour une histoire culturelle de la langue française
Le français à l'université , 20-02 | 2015
Mise en ligne le: 19 mai 2015, consulté le: 18 janvier 2019

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Auteur

Dominique Jouve

Université de la Nouvelle-Calédonie (France)

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