Le français à luniversité

Filles d’albums. Les représentations du féminin dans l’album

Françoise Demougin

Référence de l'oeuvre:

Chabrol Gagne, Nelly, (2011), Filles d’albums. Les représentations du féminin dans l’album, L’atelier du poisson soluble, Le Puy-en-Velay, 240 pages.

Texte intégral

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1Filles d’albums. Les représentations du féminin dans l’album est un bel ouvrage de 240 pages, à l’iconographie riche et à la bibliographie sélective conséquente. Son auteure, Nelly Chabrol Gagne, est maître de conférences à l’université de Clermont-Ferrand. On aurait cependant tort d’attendre un ouvrage de type universitaire. L’intérêt, en effet, de celui-ci, outre le sujet choisi et la précision des quelque 200 albums analysés, réside dans les différentes postures qu’y adopte l’auteure, passionnée par son sujet. Nelly Chabrol Gagne y est à la fois sujet-lectrice des œuvres qu’elle présente dans un itinéraire personnel exhibé (d’où le recours à un « je » très personnel, par exemple dans l’emploi d’expressions comme « j’aurais préféré pour ma part un album intitulé… », « je doute que… », « ne serait-il pas grand temps de réagir ? », dans l’emploi de nombreux modalisateurs sur le plan énonciatif), enquêtrice minutieuse (« j’ai voulu interroger ces angles morts, ces silences aussi… » p. 173) et militante (voulant fonder « une argumentation littéraire » p. 9, évoquant plusieurs fois la théorie du genre, et montrant dans l’ouvrage comment la représentation du féminin — et non de la femme précisément — est une construction que relaie l’album jeunesse). La fin de l’ouvrage est explicite : « N’est-il pas temps d’oser les filles dans les albums, toutes les filles, et pas seulement celles qui s’enferment ou que l’on enferme dans le cercle vicieux des attentes sociales ? » (p. 225)

2On peut regretter, néanmoins, malgré les précautions prises par l’auteure dans son introduction, quelques partis-pris : une lecture très descriptive des albums, qui « raconte » les contenus, et néglige de ce fait l’image dans la « représentation » étudiée / un plan construit par rapport à l’âge des personnages (« le panel des êtres humains de sexe féminin, que notre société a l’habitude de classer en fonction des âges de la vie » p. 8) qui suit les représentations sociales que l’auteure dénonce par ailleurs, ce qu’elle reconnaît p. 8 / un corpus hic et nunc qu’on aurait aimé plus rigoureux puisque excédant parfois les bornes chronologiques arbitrairement fixées entre 2000 et 2010, puisque ne différenciant pas la langue-culture des auteurs (on aura des albums publiés en France pendant la période étudiée, mais écrits dans d’autres pays), puisque limitant les albums francophones aux seuls Canada, France et Belgique, négligeant donc les albums africains, notamment / une vision parfois clivante des lecteurs (évoquant par exemple les jeunes lecteurs « de mères lesbiennes ») qui rend l’analyse captive de la démarche militante dont nous soulignions par ailleurs l’intérêt / la quasi-absence de prise en compte d’une évolution de l’album jeunesse, certes revendiquée (« ma réflexion n’est donc pas historique » p. 7), mais pour autant gênante / et enfin un refus systématique parfois peu pertinent des termes génériques masculins.

3Pour résumer, un ouvrage à lire parce qu’il incite à la réflexion, pas forcément à l’acquiescement béat, ce qui correspond au souhait de l’auteure.

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Pour citer

Françoise Demougin, Filles d’albums. Les représentations du féminin dans l’album
Le français à l'université , 19-02 | 2014
Mise en ligne le: 16 mai 2014, consulté le: 18 janvier 2019

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Auteur

Françoise Demougin

Professeur émérite, Universités Montpellier 2 / Montpellier 3 (France)

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