Le français à luniversité

Une francophonie universitaire en contexte plurilingue au service du développement. Quels enjeux et quelles stratégies pour l’Afrique australe et l’Océan Indien ?

Liliane Ramarosoa

Texte intégral

1La zone de compétence du Bureau Océan Indien (BOI) de l’Agence universitaire de la Francophonie (AUF) — Afrique du Sud, Comores, Kenya, La Réunion, Madagascar, Maurice, Mozambique, Seychelles, Tanzanie — est caractérisée par une grande diversité des langues en présence et des systèmes éducatifs, et — au-delà de cette diversité — par un intérêt commun pour le développement de la francophonie universitaire. La valorisation des potentialités d’un tel espace universitaire constitue une des priorités du BOI.

2Conformément à la politique de l’AUF, cette réflexion sur les opportunités et les contraintes de la francophonie universitaire dans la région et l’établissement d’un plan d’action en conséquence a été voulue en concertation étroite avec les établissements membres. À cet effet, le BOI a organisé une conférence thématique, « Une francophonie universitaire en contexte plurilingue au service du développement. Quels enjeux et quelles stratégies pour l’Afrique australe et l’Océan Indien ? », regroupant les départements de français de la région à l’Université Pédagogique de Maputo (UP) au Mozambique, du 19 au 21 novembre 2012.

3Cette conférence se donnait comme objectifs de :

  • renforcer un enseignement du français et en français ainsi qu’une recherche sur les langues et les littératures de la région tout en tenant compte des enjeux internationaux ;

  • renforcer ou faire émerger des espaces de collaborations régionales et interrégionales, en structurant des équipes de recherche interuniversitaires autour de projets fédérateurs ;

  • mutualiser des outils innovants s’appuyant sur les TIC-E.

4Le public était composé de responsables des départements de langues ou de responsables de projets académiques sur le français des universités membres de la région1.

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5État des lieux du français en Afrique australe
« L’Afrique australe » ; le terme ne prend pas en compte les frontières géographiques, car sont pris en considération l’Afrique du Sud et d’autres pays où l’on retrouve des universités membres de l’AUF : la Tanzanie, le Kenya et le Mozambique. C’est une région non francophone (lusophones, anglophones) et multilingue : à l’intérieur de chaque pays, différents statuts des langues.

6Ces pays ont connu une histoire mouvementée, qui a eu des conséquences sur le système éducatif, notamment sur l’enseignement du français. Dans cette région, les systèmes éducatifs sont hérités des anciens pouvoirs coloniaux, mais des réformes ont suivi selon une lente évolution, avec des coupures2.

7La région connaît aussi des mouvements de migration, y compris francophones, qui ont des impacts sur le choix et l’enseignement des langues. La diversification des besoins en langues s’accentue et, par voie de conséquence, la diversification de l’offre de formation. Les nouvelles méthodes (communicative, fonctionnelle) remplacent les approches existantes (grammaire-traduction, et en littérature, analyse thématique des classiques).

8La diversification est toutefois entravée par l’insuffisance des ressources humaines, qui caractérise la région entière. Il y a dans la région une demande immense de formation d’enseignants, ce qui entraîne les besoins en partenariats.

9Le français à l’université en Afrique australe est caractérisé par :

  • des objectifs spécifiques axés sur l’intégration socioéconomique ;

  • un enseignement commun de base (adapté au public) ;

  • l’interdisciplinarité ; complémentarité avec d’autres matières ;

  • la prévalence en termes de spécialisation du FLE (FOS, FOU) et de la traduction/interprétariat ;

  • le manque d’engagement de la part des institutions nationales, compensé par le recours aux SCAC.

10Survol de l’enseignement/apprentissage du et en français dans la région de l’Océan Indien
Les Comores, Madagascar, Maurice, les Seychelles et La Réunion se caractérisent par la pluralité du contexte géographique, économique, historique et sociolinguistique. L’enseignement/l’apprentissage des langues et le français à l’université varient de ce fait d’un pays à un autre.

11Aux Comores, les langues d’enseignement sont l’arabe et le français. Le comorien est introduit progressivement depuis 2010. Il y a deux types d’établissements, arabophones et francophones. Le français est la langue d’enseignement la plus importante (à l’université, tous les enseignements sont en français). Or, une baisse généralisée du niveau de français des élèves, des étudiants et de certains enseignants est constatée.

12À Madagascar, au niveau du primaire, l’enseignement est bilingue français/malgache : le malgache dès les premières années de scolarisation et le français en tant que « disciplines non linguistiques » (DNL) pour les mathématiques, les sciences physiques, les sciences de la vie et de la terre, la géographie. Pour les classes secondaires et les universités, sauf dans les départements de langues vivantes, la langue d’enseignement est le français.

13À Maurice, les préprimaires sont en créole. Suivant l’Education System Act (1957), au milieu du parcours scolaire, on adopte un libre choix du médium d’enseignement. Le reste de la scolarité est en anglais, médium obligatoire.Le français est une matière obligatoire aux niveaux primaire et secondaire. L’université est anglophone, tous les cours sont en anglais. Dans le cursus, il y a 4 cours de et en français. Il existe une filière « langue française » avec 450 heures de cours.

14Aux Seychelles, le système éducatif est anglophone. Le créole est introduit en 1982 en tant que langue d’enseignement en 1re et en 2e année du primaire et jusqu’en 6e pour certaines matières. Le français est une langue étrangère obligatoire, mais en position inférieure par rapport à l’anglais et au créole. À l’université, la licence en français3 est une des 12 licences de l’université. Une didactique du français en milieu créolophone est élaborée.

15À La Réunion, le français est la langue d’enseignement à tous les niveaux. Les écoles sont les vecteurs principaux de la francisation du département. La créolophonie s’avère globale. La présence d’un continuum ou d’une zone interlectale complexe est remarquable. L’université se caractérise par la formation diversifiée du et en français dans les départements de FLE/S et de Lettres modernes. La Maison des langues, spécificité de La Réunion, est chargée des DELF/DALF, de la mise à niveau en français en ligne ou en présentiel.

16Bref, l’enseignement/apprentissage du et en français est en général problématique. Quelle recherche entreprendre pour mieux appréhender la situation ? Quel partenariat engager ?

17Échanges et débats suivant deux axes : langues et littérature
Les participants de l’axe « langues » ont souligné que le français est un levier important du plurilinguisme dans la région, et il doit être appréhendé dans un partenariat effectif avec les autres langues. Cela doit se faire dans la définition et la mise en œuvre de stratégies dans les domaines de la recherche, de la formation et de l’apprentissage.

18Après un essai de délimitation des « frontières » de la littérature africaine, les intervenants de l’axe « littérature » ont rappelé les caractéristiques spécifiques de cette production littéraire et suggéré des pistes de lecture et de recherche. C’est dans ce contexte qu’a été présenté le « Panorama des littératures africaines », réalisé par Bernard Magnier avec l’appui de l’Institut Français. Ce panorama couvre la littérature de l’Afrique subsaharienne francophone en sept grands thèmes et à travers la présentation de 250 œuvres4.

19Les participants ont formulé les besoins suivants :

  • Renforcer les compétences en français des étudiants : (i) Mise à niveau des nouveaux entrants à l’université pour les pays non francophones ; pour les pays francophones, l’appui sera accordé aux étudiants en master ou au doctorat ; (ii) Établissement d’un réseau de pratiques linguistiques ; (iii). Mise en lien des étudiants de différents pays sur des tâches, pour encourager les « réseaux » régionaux.

  • Renforcer les compétences des enseignants dans les domaines disciplinaires privilégiés en contexte plurilingue (didactique toujours associée à la sociolinguistique, français à objectifs spécifiques [FOS], français sur objectifs universitaires [FOU] ou français langue universitaire [FLU] ; traduction et interprétariat, intercompréhension ; littérature francophone, traduction littéraire, littérature comparée).

  • Adosser l’enseignement à la recherche : projet de recherche sur la cause de baisse de niveau des nouveaux entrants à l’université ; mise à jour de l’état des lieux de la francophonie dans toutes les régions ; organisation de journées scientifiques pour les jeunes chercheurs.

  • Mutualiser les ressources : développer les ressources en littérature francophone, ce qui est fait dans le cadre du projet d’Observatoire des Langues et Littératures dans l’Océan Indien (OLLOI) ; recenser les départements de français et les activités de recherche en français en vue d’un répertoire des départements de français ; mutualisation de ce qui se fait en TIC – E.

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20Conclusion
Au terme de cette conférence thématique, quelques activités ont déjà été identifiées comme éligibles au soutien octroyé par le BOI pour l’appui aux départements de français, en 2013. Parmi ces activités prévisionnelles, notons un séminaire de formation de formateurs en didactique contextualisée sur la base du Guide sur la didactique des langues et cultures contextualisée, édité par l’AUF, un séminaire-atelier sur la traduction littéraire (avec comme application des textes de Rabearivelo), la création d’une communauté de chercheurs sur « Savoirs en partage », la numérisation du corpus littéraire du CALS sur l’appel à numérisation du fonds documentaire du BOI, un appel à contributions de chercheurs, étudiants ou doctorants des départements pour les enquêtes et les collectes de données du Projet OLLOI.

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Notes

1 Dix-neuf départements sur vingt et un, issus de 8 pays sur 9 du BOI, ont été représentés.

2 Mozambique en 1975, Afrique du Sud, de 1990 à 1994.

3 Créée en septembre 2009.

4 Le livret numérique peut être consulté en ligne à l’adresse http://institutfrancais.com/fr/panorama

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Pour citer

Liliane Ramarosoa, Une francophonie universitaire en contexte plurilingue au service du développement. Quels enjeux et quelles stratégies pour l’Afrique australe et l’Océan Indien ?
Le français à l'université , 18-01 | 2013
Mise en ligne le: 19 mars 2013, consulté le: 25 mars 2019

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Auteur

Liliane Ramarosoa

AUF

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