Le français à luniversité

El naixement de la llengua francesa

Manuel Tost Planet

Référence de l'oeuvre:

Cerquiglini, Bernard (édition catalane et étude introductrice de Jordi Mascarella i Rovira), (2009), El naixement de la llengua francesa [« La naissance du français », 1re éd. 1991, 2e éd. 2007], Universitat de Girona et CCG Edicions, Girona, 2009, 160 pages.

Texte intégral

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1La traduction, on le sait, est une affaire délicate, surtout lorsqu’il s’agit de verser d’une langue source, riche, précise, savante et parfois légèrement teintée d’humour un texte rédigé pour illustrer un large public (sans rien perdre de sa rigueur) dans une langue cible proche. C’était en quelque sorte le pari que Jordi Mascarella avait à tenir. Il s’est, à notre avis, parfaitement tiré d’affaire, pour le plus grand plaisir du lecteur cultivé catalan qui, la plupart du temps (du moins s’il appartient à une génération pas trop récente), est à même de lire l’original dans le texte.

2L’ouvrage de Bernard Cerquiglini dont il est précisément question ici a été publié en 1991 dans la collection culte « Que sais-je ? » sous le titre La naissance du français (il y avait déjà dans le titre un petit piège de littéralité dans lequel le traducteur n’est pas tombé). Un livre que la Revue Wallonie-France, nº 36, avait précieusement qualifié d’« aussi simple et passionnant qu’instructif et savant, dont l’honnête homme du XXIe siècle devrait enrichir sa bibliothèque ».

3Mais toutes les excellences du texte original (repris ici dans sa troisième édition, mise à jour) ont été dites, et il serait déplacé de vouloir en (r)ajouter. Ce qui importe, dès lors, c’est d’une part la traduction en catalan (il n’existe pas, que l’on sache, de traduction en espagnol) et, d’autre part, d’envisager l’édition de l’ouvrage à partir de son « étude introductrice ».

4Pour ce qui concerne le premier point, nous l’avons avancé, il s’agit d’une version tout à fait réussie, dans un catalan soigné et rigoureux, parfois un peu recherché, mais d’une facture vraiment universitaire. Cela fait plaisir à lire. Une mention spéciale doit d’ailleurs être faite à l’appareil de notes qui, bien évidemment, reprend toutes celles de l’auteur, mais ajoute [entre crochets] des informations bibliographiques d’autant plus intéressantes qu’elles contextualisent le texte pour le lecteur catalan : publications et études catalanes et espagnoles, mais aussi anglaises et allemandes, ce qui constitue un facteur d’actualisation notable. Cette quarantaine de notes du traducteur représentent un apport précieux pour le lecteur de la péninsule.

5D’une certaine manière, on s’imagine que le traducteur a voulu faire ce qu’il a décrit métaphoriquement comme le travail de R. Balibar sur le texte rapporté des Serments : « Balibar no s’està d’afegir pinzellades al quadre de Nithard, mentre tradueix i glossa » (Renée Balibar n’hésite pas à ajouter quelques coups de pinceau au tableau de Nithard, tout en le traduisant et le glosant).

6Mais le plus remarquable, c’est à n’en pas douter l’étude initiale de trente-deux pages que Jordi Mascarella consacre à l’ouvrage de Bernard Cerquiglini. D’abord parce qu’il replace le travail du célèbre professeur français dans le cadre des études historico-linguistiques (ou philologiques) en langue catalane. Ce n’est pas pour rien que cette étude a été patronnée par une équipe de recherche de l’Université de Girona (l’étude introductrice, la traduction et l’édition ont en effet bénéficié d’une aide du projet de recherche « Histoire de la langue catalane [XIXe et XXe siècles] ». Réf. HUM2005-05116/Filo) et qu’elle a été incluse dans une publication de cette même université.

7Prudemment, Jordi Mascarella souligne ce qu’il a voulu faire (et il faut lui en savoir gré) : « Je me limite […] à apporter quelques données complémentaires que lui [l’auteur, B. Cerquiglini] n’a pas fournies ou a omis parce qu’elles sont connues » (du lecteur français, s’entend). Mascarella est sans doute trop modeste, et sa contribution (pour le lecteur catalan et espagnol, en tout cas, mais peut-être pas seulement) est loin d’être négligeable. Elle redonne au précieux texte de 1991 de B. Cerquiglini, mis à jour en 2007, un nouvel intérêt.

8En fait, ces « données complémentaires » s’inscrivent opportunément dans la thèse défendue par B. Cerquiglini et que le titre de la publication universitaire à laquelle nous avons fait référence plus haut suggère : Les llengües en temps de l’Escriptura.

9On ne saurait mieux faire, pour conclure, que de citer ce passage (traduit) de la quatrième de couverture de l’ouvrage catalan :
Dégradation progressive de la langue latine ? Traduction verbale d’un acte politique innovateur ? Conséquence durable d’essais littéraires ? À quoi devons-nous la naissance du français ? Si nous nous intéressons à la distribution géographique des langues, au risque de disparition de beaucoup d’entre elles, à l’émergence plus ou moins occultée de nouvelles, il sera spécialement éclairant de réexaminer ce fait culturel exemplaire dans la tradition européenne : comment a été créée et reconnue socialement l’apparition de la langue française.

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Pour citer

Manuel Tost Planet, El naixement de la llengua francesa
Le français à l'université , 17-01 | 2012
Mise en ligne le: 13 mars 2012, consulté le: 20 octobre 2018

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Auteur

Manuel Tost Planet

Universitat Autònoma de Barcelona (Espagne)

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