Le français à luniversité

« Le français en (première) ligne » : un « zeste » de communication en ligne à intégrer à l’enseignement du français et à la formation des enseignants de français

Christine Develotte

Texte intégral

1L’idée du projet « Le français en (première) ligne », axé sur l’emploi d’Internet comme outil de communication pédagogique entre des apprenants aux besoins différents mais complémentaires, est née il y a presque 10 ans maintenant. À l’époque, j’étais lecturer au département de français de l’Université de Sydney, en Australie, et j’étais à la recherche d’un moyen de rendre l’enseignement du français plus vivant. En effet, l’exposition des apprenants australiens à cette langue était très faible. Par ailleurs, je savais qu’en France les étudiants qui se destinaient à l’enseignement du français langue étrangère souffraient de ne pas avoir de « vrais apprenants » avec lesquels construire une relation pédagogique.

2L’association de ces deux publics m’a donc conduite à proposer ce projet dans le double objectif de :

  • permettre aux apprenants de pratiquer la langue de façon authentique (avec des natifs ou des non-natifs experts du français) en complément des cours de français traditionnels;

  • procurer à ceux qui apprennent à enseigner le français l’occasion de se familiariser avec les outils de communication à distance, avec la conception de tâches pour un public FLE, avec le tutorat dans le cadre d’une situation d’enseignement en ligne et avec la réflexion autour des enjeux d’une formation en ligne.

3Au départ, il s’agissait d’un dispositif de communication asynchrone, à partir d’un forum. Puis, le projet a évolué parallèlement aux possibilités techniques. Aujourd’hui, de nombreux outils permettent d’ajuster la communication au contexte sociotechnique. Ainsi, depuis 2006, grâce à différents outils de communication synchrones, les étudiants de l’Université Lumière-Lyon 2 et ceux de l’UC Berkeley ont été mis en relation au même moment (mais à des heures différentes dans chaque pays). On trouvera sur le site http://w3.u-grenoble3.fr/fle-1-ligne/ les tâches proposées en ligne (en asynchronie et en synchronie) depuis 2002, ainsi que des exemples d’interactions auxquelles ces tâches ont donné lieu.

Partir de la situation d’enseignement en présentiel

4De plus en plus de formations et d’enseignements sont qualifiés d’hybrides, en ce sens qu’ils incluent des séances présentielles et des échanges à distance. Ainsi, « Le français en (première) ligne » est axé sur deux cours en présentiel (futurs enseignants d’un côté, apprenants de l’autre). Pour fonctionner de façon harmonieuse, la communication en ligne doit s’inscrire dans le programme de chacune des deux formations. Il peut être intéressant de repérer les besoins qui seraient les vôtres dans l’éventualité d’un partenariat de ce type.

Trouver un partenaire et négocier un accord pédagogique

5La qualité de l’articulation pédagogique à construire avec le partenaire du pays étranger est primordiale pour assurer la bonne insertion des échanges au cours du déroulement du programme dans les deux classes. Les huit ans d’expériences menées entre différents partenaires ont privilégié le modèle suivant : un responsable de cours formant de futurs enseignants de FLE se met d’accord avec un responsable de cours de français à l’étranger. Cette alliance fonctionne bien, surtout quand elle est construite dans le respect des intérêts de chacun des partenaires : tout enseignant dépend d’un système éducatif qui a ses règles, plus ou moins flexibles selon les cas, et c’est en s’appuyant sur les jeux possibles dans les deux contextes d’enseignement et d’apprentissage que les articulations les plus fructueuses pour chacun peuvent être trouvées. Il faut également noter que la qualité de l’échange pédagogique s’affine et s’enrichit d’année en année et que, de fait, le désir mutuel de poursuivre le projet amène souvent à le reconduire sur plusieurs années.

Choisir les outils de communication

6Les outils asynchrones
Les outils les plus employés dans la communication en ligne sont les plates-formes (de type Moodle, Dokeos, etc.), qui permettent de structurer les échanges par sous-groupes et de transmettre des fichiers textuels, audio, images ou vidéo.

7Les outils synchrones
Les plates-formes synchrones de type MSN et Skype sont intéressantes, car elles sont multimodales et permettent à la fois l’exposition à l’image, à l’audio, au texte (par l’intermédiaire du chat) et à la vidéo (par le truchement des envois de fichiers qui peuvent s’opérer au cours de l’interaction). De nouveaux outils sont présentement à l’essai, tel Visu. Cette plate-forme spécifiquement adaptée à l’enseignement des langues est en cours de développement à Lyon (projet ANR ITHACA)1.

Construire un dispositif pédagogique adapté aux possibilités

8Techniques
Dans de nombreux pays, les connexions à Internet sont trop peu fiables (variations du débit, coupures de courant électrique, etc.) pour pouvoir autoriser la mise en place d’une communication pédagogique en synchronie. Cependant, même dans les cas où on doit s’en tenir à la communication en différé, asynchrone donc, les bénéfices de la mise en relation des étudiants ont été mis en évidence par les différentes études publiées2.

9Spatiotemporelles
Les ajustements concernant ce point sont beaucoup plus importants pour la communication synchrone, qui doit tenir compte des décalages dus aux fuseaux horaires différents, que pour la communication asynchrone.

Adapter la communication selon les besoins des partenaires

10Les membres du projet doivent discuter des variables évoquées dans cette rubrique, car celles-ci sont susceptibles d’aboutir à des accords très différents selon les intérêts et les besoins des partenaires.

11Le rythme ou la périodicité des échanges au cours de l’année
Dans les configurations qui ont été testées jusqu’à présent (cf. site mentionné plus haut), les « rendez-vous » entre étudiants ont été négociés selon une fréquence hebdomadaire. En d’autres termes, chaque semaine, les apprenants et les enseignants en ligne ont au minimum une occasion d’échange (parfois beaucoup plus). Cette périodicité a été adoptée parce qu’elle convient aux différents partenaires, mais bien d’autres modèles sont envisageables : les « rendez-vous » peuvent être plus fréquents ou, au contraire, plus espacés, ce qui dégage plus de temps pour procéder à un travail de préparation de part et d’autre. La durée de l’expérience est également à préciser (jusqu’ici, elle a varié entre trois et six mois, mais, là aussi, on peut considérer bien d’autres possibilités).

12Le niveau des étudiants
Ce facteur est à prendre en compte, afin d’éviter que les étudiants (qu’il s’agisse des apprenants ou des futurs enseignants) soient mis en danger par le dispositif. Pour les apprenants, le problème se pose en particulier dans le cas de l’enseignement en synchronie. En effet, celui-ci les incite fortement à parler en français, car un locuteur leur pose directement des questions. Quant aux futurs enseignants, leur niveau de français doit être bon, sans quoi ils se mettraient dans une position où ils pourraient « perdre la face » devant les apprenants (ce problème se manifeste d’ailleurs également en présentiel).

13Le nombre d’étudiants
On mettra des configurations différentes en place selon le nombre d’étudiants de part et d’autre : échanges entre un groupe d’apprenants et un ou plusieurs futurs enseignants, ou bien, dans des conditions plus confortables, communication entre un futur enseignant et un ou deux apprenants.

14Le contenu du cours
Le contenu des séances en ligne peut être directement lié aux unités thématiques du manuel des apprenants. Il peut aussi être libre, c’est-à-dire laissé à l’initiative des futurs enseignants, ou encore, répondre à des besoins particuliers (FOS, littérature, cinéma…).

15Comme le montre la brève présentation qui précède, « Le français en (première) ligne » est avant tout une idée, une coquille qu’il convient de personnaliser selon son contexte d’enseignement et celui du partenaire qu’on choisit. À l’heure actuelle, les propositions de classes d’apprenants sont beaucoup plus nombreuses que celles de classes de futurs enseignants. C’est pourquoi mes encouragements à se lancer dans l’aventure de la communication en ligne s’adressent surtout aux enseignants de partout dans le monde. Après tout, ce sont eux qui sont chargés de former la prochaine génération d’enseignants de langues. Ils doivent prendre la mesure des apports de la mise en relation d’étudiants qui n’ont rien de virtuel et, plus généralement, de l’importance des médias sociaux dans l’enseignement et l’apprentissage des langues3.

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Pour citer

Christine Develotte, « Le français en (première) ligne » : un « zeste » de communication en ligne à intégrer à l’enseignement du français et à la formation des enseignants de français
Le français à l'université , 15-02 | 2010
Mise en ligne le: 02 décembre 2011, consulté le: 22 septembre 2017

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Auteur

Christine Develotte

Institut national de recherche pédagogique (France)

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