Le français à luniversité

L’imaginaire linguistique dans les discours littéraires, politiques et médiatiques en Afrique

Catherine Mazauric

Référence de l'oeuvre:

Ngalasso-Mwatha, Musanji, (dir.), (2010), L’imaginaire linguistique dans les discours littéraires, politiques et médiatiques en Afrique, coll. « Études africaines et créoles », Presses universitaires de Bordeaux, Pessac, 661 pages.

Texte intégral

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1En prolongement d’un colloque tenu à Bordeaux fin 2008, cet ouvrage propose, en quatre parties roboratives regroupant près d’une quarantaine de contributions au total, d’analyser différents types de discours produits en Afrique, à partir du concept d’imaginaire linguistique. Si la référence à ce dernier est çà et là omise, la plupart des contributions se déploient à partir des mises au point théoriques et méthodologiques formant la première partie du volume. À la suite de l’avant-propos érudit de M. Ngalasso-Mwatha, A.-M. Houdebine, créatrice du concept, rappelle son émergence en faisant appel aux catégories de normes objectives ou subjectives, et en dessinant la perspective d’une reformulation en termes d’imaginaire culturel. En se centrant sur le contexte africain dans une perspective d’analyse diachronique des discours, C. Canut démontre la fécondité du concept pour analyser le lien entre les dispositifs discursifs matriciels et les productions performatives des sujets, et appelle à repenser la question des imaginaires linguistiques « en tant qu’ils sont subjectivement politiques ». La suite de cette première partie met en perspective l’imaginaire linguistique avec le contexte pluriglossique, voire « schizoglossique », selon la formule de Marcellesi, qui prévaut dans l’Afrique postcoloniale.

2Que ce soit dans cette première partie ou dans la seconde, consacrée aux discours littéraires, les corpus de référence sont variés. Relevant de l’Afrique subsaharienne comme du Maghreb, ils sollicitent d’abord des classiques : œuvres de Senghor, de Tchicaya U Tam’si, romans de Sembène, de Mongo Béti, de Kourouma, tous trois abordés sous l’angle de la gestion de l’altérité linguistique et de la subversion discursive. Mais on rencontre encore des textes de Monénembo, de Mokeddem, et l’œuvre d’Assia Djebar fait l’objet de différentes analyses, notamment à partir des textes théoriques qu’elle a produits sur la langue et de la perspective historique qui est aussi la sienne. Des études monographiques sont en outre consacrées à des œuvres très contemporaines moins largement reconnues, et dans l’ensemble du volume, deux contributions se penchent sur la chanson populaire camerounaise, une sur le rap en Côte d’Ivoire, de sorte qu’à côté de formes ritualisées de l’oralité abordées dans les parties suivantes, les genres de la poésie urbaine contemporaine sont bien représentés.

3Les troisième et quatrième parties, qui s’attachent respectivement aux discours politiques et médiatiques, soulignent l’importance des enjeux de l’imaginaire sociodiscursif tel qu’il s’y révèle, en touchant tant à l’éloquence politique des leaders historiques, à la relation entre mise en circulation de créations langagières et formation d’un ethos populaire, qu’à des formes singulières de dramaturgie polémologique, ou encore aux visées régulatrices de la palabre. Les analyses portant sur les discours médiatiques, en particulier sur la presse satirique et la caricature, mettent en évidence, à côté d’autres contributions (par exemple sur les manuels scolaires), la dialectique qui, dans l’imaginaire linguistique, se joue entre la prégnance de la stéréotypie et l’inventivité des sujets, telle qu’elle se déploie à travers les phénomènes d’appropriation.

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Pour citer

Catherine Mazauric, L’imaginaire linguistique dans les discours littéraires, politiques et médiatiques en Afrique
Le français à l'université , 16-04 | 2011
Mise en ligne le: 16 février 2012, consulté le: 16 juin 2019

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Auteur

Catherine Mazauric

Université de Toulouse II ― Le Mirail (France)

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