Le français à luniversité

Balzac et le XVIIe siècle : mémoire et création littéraire

Diana Lefter

Référence de l'oeuvre:

Perret, Maxime, (2015), Balzac et le XVIIe siècle : mémoire et création littéraire, Presses Sorbonne nouvelle, Paris, 260 pages.

Texte intégral

1Balzac est le XVIIe siècle, voilà une courageuse entreprise dans le choix d’une approche sur un auteur incontournable du XIXe siècle, qui s’est affirmé lui-même plus d’une fois comme « l’historien » de son temps — Maxime Perret cite d’ailleurs la fameuse déclaration balzacienne de l’avant-propos de la Comédie humaine (p. 24). Encore un acte de courage de l’auteur, c’est le choix de l’histoire littéraire, une science injustement marginalisée de nos jours, comme méthode d’investigation ; une histoire littéraire envisagée, heureusement, non pas comme une simple énumération diachronique de faits littéraires mais, à l’instar de Jauss1, comme une modalité « d’interroger les relations » (p. 21) qu’entretient l’œuvre de Balzac avec la littérature du XVIIe siècle.

2Divisé en deux grandes parties, l’ouvrage se propose d’inventorier et, ensuite, de classer et d’expliquer le fonctionnement de l’intertexte classique chez Balzac.

3Dans le premier chapitre, Maxime Perret s’arrête tout d’abord sur les « discours historiographiques » qui regardent le XVIIe siècle, ensuite sur la présence porteuse de narrativité de l’intertexte classique, pour conclure sur la vision nuancée de Balzac sur cette période littéraire et historique. Dans un deuxième temps, l’étude décèle les occurrences de la littérature classique dans le texte balzacien, et cela en repérant l’intertexte classique, présent de manière explicite et/ou implicite. La présence des auteurs classiques dans l’œuvre balzacienne est attentivement répertoriée par l’auteur qui remarque, à juste titre, la fluctuation de ces occurrences chez Balzac, allant des « auteurs religieux » (p. 92) dans les œuvres de jeunesse, vers ceux profanes, dont notamment Molière, dans les créations de maturité.

4La deuxième partie de cette ample étude de Maxime Perret fait état des fonctions et usages de l’intertexte classique dans l’œuvre de Balzac. Les occurrences explicites, décelées avec une remarquable minutie déjà dans la première partie de l’ouvrage, constituent le point de départ ; cette fois, le but est de compléter le tableau de l’intertexte classique avec les occurrences implicites, d’où il résultera le « mécanisme général des fonctions et usages que fait Balzac de la littérature du XVIIe siècle » (p. 101). Espaces, anecdotes, événements historiques, personnalités historiques ou littéraires présentés chez Balzac avec la minutie et l’art du détail spécifiques au réalisme sont attentivement repérés et classés par Maxime Perret. L’attention portée aux personnages de Molière montre l’intelligence avec laquelle l’auteur établit les relations entre l’art moliéresque de personnages types et l’art de Balzac dans la construction des caractères. Les parallèles établis entre les personnages de Molière et ceux de Balzac, finement recherchés sur un corpus vaste, sont tout à fait pertinents.

5Maxime Perret conclut sur la vision nuancée et sélective de Balzac sur le Grand Siècle, fruit d’une « sélection mémorielle » (p. 217) qui favorise les figures littéraires, en toute cohérence avec la tendance du XIXe siècle et qui fait de l’héritage classique un outil au service de la création littéraire.

6Excellente étude donc, par le courage du choix de la thématique et par la rigoureuse passion des analyses, Balzac et le XVIIe siècle de Maxime Perret propose aux lecteurs un éclairage nouveau de l’œuvre balzacienne.

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Pour citer

Diana Lefter, Balzac et le XVIIe siècle : mémoire et création littéraire
Le français à l'université , 21-02 | 2016
Mise en ligne le: 24 mai 2016, consulté le: 26 mai 2017

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Auteur

Diana Lefter

Université de Pitesti (Roumanie)

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