Le français à luniversité

Le plurilinguisme et la place du français dans l’enseignement supérieur et la recherche

Texte intégral

1L’Agence universitaire de la Francophonie (AUF) a réuni les 12 et 13 novembre 2015, à l’Université Cadi Ayyad (Marrakech), une quarantaine de spécialistes venant de 20 pays différents, pour s’interroger sur les enjeux du plurilinguisme pour les universités et les chercheurs, et sur la place de la langue française dans la formation et la recherche dans des environnements plurilingues.

2En plus de s’intéresser à la dichotomie de plus en plus présente entre enseignement en français et diffusion de la recherche en anglais, ce colloque portait également sur les contextes nationaux où le français n’est pas la langue d’enseignement aux niveaux préuniversitaires. Cela inclut autant les pays non francophones (en Europe centrale ou en Asie) que ceux où l’enseignement universitaire est massivement en français, mais où l’enseignement préuniversitaire ne l’est pas, comme c’est le cas dans certains pays du Maghreb.

3Ce colloque avait pour objectifs de dresser un état des lieux de la place du français dans des universités en contexte plurilingue et dans l’expression scientifique afin d’aboutir à des recommandations qui consolideront et développeront la place de la langue française comme langue d’enseignement et de recherche dans le monde. Ces recommandations seront transmises à la communauté universitaire, aux pouvoirs publics et à l’AUF.

4Le colloque a été ouvert par le Président de l’Université Cadi Ayyad et Président de l’AUF, le Pr Abdellatif Miraoui, et par la Directrice du Bureau Maghreb, la Pr Cristina Robalo-Cordeiro. Les travaux se sont déroulés en 3 ateliers, chaque atelier étant consacré à l’un des axes thématiques du colloque : l’enseignement du français en milieu plurilingue ; le français, langue d’enseignement ; langues et diffusion des savoirs (la communication scientifique). Chacun de ces axes prenait en compte la dynamique numérique et la façon dont elle peut contribuer à des solutions innovantes. Les participants avaient envoyé à l’avance leur contribution. Les textes produits, qui ont été diffusés au début du colloque sous forme de « préactes », ont servi de base de discussion.

5Le Vice-Recteur de l’AUF, le Pr Émile Tanawa (représentant le Recteur de l’AUF, le Pr Bernard Cerquiglini), et le Président de l’Université Cadi Ayyad et Président de l’AUF, le Pr Abdellatif Miraoui ont présidé la séance de clôture lors de laquelle ont été présentées les recommandations issues des travaux en atelier.

6Conscients de l’importance de la langue française dans les contextes variés où elle existe dans les systèmes éducatifs et universitaires en tant que langue d’enseignement, langue favorisant l’ouverture au plurilinguisme ou langue porteuse de savoirs, les participants au colloque annuel de l’AUF ont fait les constats suivants :

  1. Les formations initiales ou continues des enseignants de français sont disparates et parfois lacunaires. Elles laissent souvent peu de place à des initiatives innovantes et à la nécessaire réflexion que celles-ci impliquent.

  2. Les potentialités d’accès au numérique, favorisées par le foisonnement de l’offre, augmentent. La démocratisation d’accès aux outils technologico-numériques n’est pas synonyme de démocratisation d’accès aux savoirs et à la connaissance. Par ailleurs, l’introduction d’outils numériques dans des dispositifs de formation ne se traduit pas forcément par des pédagogies innovantes.

  3. La réflexion sur la communication scientifique et son fonctionnement court le risque d’opérer différents types de réduction. Au lieu de prendre en compte la complexité des activités d’élaboration et de diffusion des savoirs, elle se concentre souvent sur quelques modalités particulières notamment :
    ─ les publications scientifiques internationales ;
    ─ la production dans certaines langues en particulier (anglais, français, espagnol, etc.) ;
    ─ les pratiques monolingues (revues dans une seule langue, colloque avec une seule langue de communication).

  4. Les médias, qui abolissent les distances spatiales et temporelles, ne favorisent pas nécessairement le rapprochement de communautés scientifiques plurilingues.

  5. Les questions de formation au numérique exigent non seulement des compétences techniques, mais également l’acquisition d’un savoir didactique et d’un savoir-faire pédagogique permettant d’optimiser l’intégration et l’usage de ces outils dans des pratiques innovantes.

  6. La formation aux médias ne concerne pas seulement les formateurs, mais également les étudiants, qui ont besoin d’une formation réflexive sur leurs usages dans une perspective éducative.

  7. Le partage et la capitalisation des outils et des bonnes pratiques sont une nécessité incontournable dans un monde universitaire désormais globalisé.

  8. Dans des contextes plurilingues mouvants et complexes, un travail sur les motivations et besoins qui sous-tendent l’enseignement-apprentissage du/en français est nécessaire et doit démontrer l’utilité de cette démarche et de cet investissement.

7Ces constats ont permis de formuler un certain nombre de recommandations qui s’adressent tout à la fois à l’AUF et aux instances de décisions institutionnelles concernées.

8Il a été notamment proposé de :

  • de soutenir des initiatives numériques innovantes de formation en didactique des langues et des cultures ;

  • de développer de nouveaux programmes de recherche-action, de formation et de production d’outils pour l’enseignement en français ;

  • d’encourager le libre accès aux publications scientifiques francophones ;

  • de rendre disponibles des textes scientifiques de référence ;

  • de créer une banque des savoirs accessible aux étudiants et aux universitaires et chercheurs.

9Il a aussi été demandé à l’AUF :

  • d’agir auprès des pouvoirs publics pour que la question du français langue d’enseignement soit considérée comme une question centrale là où le français assume cette fonction et pour encourager la prise en compte et la gestion efficace du plurilinguisme dans les systèmes éducatifs et universitaires ;

  • de soutenir ses établissements membres désireux de s’engager dans une démarche qualité et d’obtenir une labellisation susceptible d’ouvrir à l’international les formations en français ;

  • de développer les échanges interuniversitaires et les mobilités vers les cursus délocalisés dans les pays où le français n’est pas langue d’enseignement généralisée pour les enseignants et les étudiants de ses établissements membres.

10Des actes seront publiés au début de l’année 2016 et diffusés en version imprimée et numérique.

11La liste complète des recommandations est disponible sur le site du colloque http://www.universite-plurilingue-2015.auf.org/

12Axe 1 : L’enseignement du français en milieu plurilingue
Coordonnateurs : Serge Borg (Université de Franche-Comté) et Monica Vlad (Université de Constanta)
Descriptif : Cet axe portait sur l’enseignement du français dans l’enseignement supérieur en milieux plurilingue et pluriculturel. Il s’est attaché à problématiser des notions telles que celles de français langue étrangère, français sur objectifs spécifiques et français sur objectifs universitaires en tenant compte de la place du numérique. Les participants ont établi une typologie des difficultés rencontrées dans les différents contextes d’enseignement ainsi que des exemples de solutions et d’outils innovants. La question du partage des outils et des bonnes pratiques était au centre de toutes les interventions et a permis d’aboutir à des recommandations de nature plus générale portant sur la place du français à côté des autres langues dans les parcours universitaires.

13Axe 2 : Le français, langue d’enseignement
Coordonnateurs : Maria Cheggour (Université Cadi Ayyad) et Cristina Robalo-Cordeiro (directrice du bureau Maghreb de l’AUF et Université de Coimbra)
Descriptif : Cet axe portait sur deux situations d’enseignement : l’enseignement de masse en français dans des pays où le français n’est pas langue d’enseignement dans le secondaire (exemple : pays du Maghreb), et la place des formations en français dans des contextes non francophones (exemple : formations bilingues en Asie ou en Europe centrale). Il visait notamment à identifier les bonnes pratiques, les structures innovantes, les nouveaux formats d’enseignement, en prenant en compte les apports possibles du numérique.

14Axe 3 : Langues et diffusion des savoirs : la communication scientifique
Coordonnateurs : Nadine Desrochers, Vincent Larivière (Université de Montréal) et Laurent Gajo (Université de Genève)
Descriptif : Cet axe portait sur les indicateurs et mesures de la production scientifique dans le contexte international actuel, plurilingue, mais où l’anglais demeure incontournable. Le choix de publier en français dans les disciplines qui ne l’exigent pas d’office — principalement des sciences sociales et humaines — peut se traduire, pour le chercheur, par une différence marquée dans ses possibilités de collaboration, une réduction de la visibilité de sa production dans les différentes bases de données et, enfin, par des mesures de citations moins élevées. À l’heure où ces éléments sont de plus en plus utilisés dans l’évaluation des universitaires, il est essentiel de s’interroger sur la volonté des chercheurs et des universités de soutenir, concrètement, la diffusion de la recherche en français, et de se doter d’outils permettant de le faire. De plus, cet axe s’est penché sur deux thématiques touchant les modes alternatifs de communication scientifique. L’une concerne l’alternative à la communication scientifique monolingue. Est-il possible d’avoir une communication scientifique plurilingue efficace (dans laquelle chaque participant par exemple utiliserait sa propre langue) ? Et sous quelle forme ? L’autre s’intéressera aux nouveaux modes de communication scientifique (blogues scientifiques, etc.) et à leurs conséquences sur les langues de communication. Est-ce que ces nouveaux outils vont favoriser le plurilinguisme dans la communication scientifique et comment ?

15Le colloque annuel de l’AUF
Depuis 2012, l’AUF mobilise chaque année des experts internationaux afin d’engager une réflexion sur une thématique d’actualité du monde universitaire. Il s’agit d’apporter une vision francophone sur de grands sujets touchant les universitaires et les chercheurs. Deux colloques organisés en Roumanie (« La fin des classements ? De la compétition à la coopération universitaire », Bucarest, 2012) et au Sénégal (Colloque « Femmes universitaires, femmes de pouvoir ? », Dakar, 2014) ont permis à la communauté universitaire francophone de mener une réflexion sur les conséquences des classements universitaires et la place des femmes dans les postes de responsabilités universitaires.

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Pour citer

Le plurilinguisme et la place du français dans l’enseignement supérieur et la recherche
Le français à l'université , 20-04 | 2015
Mise en ligne le: 27 novembre 2015, consulté le: 22 septembre 2018

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