Le français à luniversité

Les manuscrits médiévaux témoins de lectures

Xavier Blanco Escoda

Référence de l'oeuvre:

Szkilnik, Michelle, Catherine Croizy-Naquet, Laurence Harf-Lancner, (2015), Les manuscrits médiévaux témoins de lectures, Presses Sorbonne nouvelle, Paris, 258 pages.

Texte intégral

1Ce recueil d’articles aborde les manuscrits médiévaux depuis la perspective du lecteur et des lectures. Une première partie, qui comporte deux contributions, se centre sur le lecteur dans la bibliothèque, en analysant, d’une part, le système de prêts extra domum du collège de la Sorbonne au XVe siècle et, d’autre part, les traces des lectures dans la librairie de Charles V le Sage. Cette librairie incluait (en particulier dans les livres de droit) des tables de foliotation conçues pour faciliter la consultation privée des manuscrits. Elle comptait également sur deux livres d’histoire comportant des tables alphabétiques de matières (rarissimes à l’époque) ainsi que sur des livres « d’étude », copiés et traduits pour l’usage personnel du roi.

2La deuxième partie du recueil envisage la lecture qui se fait dans les scriptoria, lecture en vue de recopier, mais aussi de sélectionner, d’adapter, de traduire. Un premier article analyse les commentaires et exégèses (surtout latins) ainsi que les traductions françaises, parfois annotées, des prophéties attribuées à Merlin dans l’Historia regum Britanniae. Un deuxième article rend compte de la structure du manuscrit Bayerische Staatsbibliothek CLM 4554 d’après la table des matières établie par le premier scribe, en retraçant les étapes successives de la fabrication du manuscrit avec les ajouts, les longues pauses et les erreurs commises par des scribes postérieurs. Le dernier article de cette partie traite des gloses sur Virgile qui font état des préoccupations contemporaines des scribes carolingiens.

3La troisième partie s’occupe du lecteur tel qu’il est reflété par l’auteur dans son texte. Elle comprend quatre articles. Le premier examine la notion d’œuvre complète au XIIIe siècle comme unité intellectuelle et comme reflet de l’intérêt du lecteur pour la figure de l’auteur. Des formules comme Cil qui fist... ou Je qui fist.., qui introduisent des énumérations des différents écrits d’un auteur, répondent à cette préoccupation. Le deuxième article s’intéresse aux éditions des œuvres complètes de Machaut, Froissart et Deschamps, éditées sous l’influence (voire sous la supervision) directe des auteurs. Ces éditions orientent la lecture autant par le choix que par la présentation des textes. Le troisième article considère, à partir de l’exemple du Jean de Saintré d’Antoine de La Sale, plusieurs aspects liés à l’implication de l’auteur dans l’élaboration matérielle de ses livres, dont la question de l’autographie, l’établissement du texte à partir d’un manuscrit révisé par l’auteur ou les différents découpages du texte en chapitres. Le quatrième article nous présente le Livre d’Amis de Charles d’Orléans du point de vue de la lecture oralisée et publique et du « cross-reading », reflété par le caractère allusif de certains poèmes. Le manuscrit devient un espace de joute, un collage intertextuel qui relève de lectures successives.

4La quatrième partie s’occupe des enluminures en tant que « relectures » du texte. Un premier article montre comment les images (agrémentées de rubriques) accompagnent et ponctuent l’articulation narrative du Roman de la Violette de Gerbert de Montreuil, en soulignant son inspiration mélusinienne et biblique (Bethsabée). Un autre moyen graphique de structurer le texte est donné par l’emploi des lettrines coloriées pour marquer les insertions lyriques. Un deuxième article met en évidence comment les rubriques introduites dans un incunable du Roman de la Rose découpent le texte (une succession d’octosyllabes) en unités significatives qui, bien entendu, dirigent l’interprétation du lecteur. Les images imprimées au moyen de bois gravé, qui privilégient certains thèmes et en passent d’autres sous silence, sont également un moyen de conditionner la lecture.

5Parcours fascinant à travers les marques et les marquages des lectures, les 11 articles de ce volume montrent comment le manuscrit médiéval nous parle de ses lecteurs, que ce soit par une simple goutte de cire tombée sur un parchemin, par une allusion voilée au destinataire ou par toute une série de rubriques et d’enluminures qui impliquent une certaine lecture et qui en favorisent une autre.

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Pour citer

Xavier Blanco Escoda, Les manuscrits médiévaux témoins de lectures
Le français à l'université , 20-04 | 2015
Mise en ligne le: 16 décembre 2015, consulté le: 10 décembre 2018

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Auteur

Xavier Blanco Escoda

Université Autonome de Barcelone (Espagne)

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