Le français à luniversité

Le Forum mondial de la langue française s’ouvre à la jeunesse

Julie Lalancette

Texte intégral

1Trois ans après s’être donné un premier rendez-vous à Québec, la société civile francophone s’est de nouveau réunie, du 20 au 23 juillet 2015, dans le cadre du deuxième Forum mondial de la langue française (FMLF). Plus de 1 200 participants en provenance de 90 pays ont répondu à l’invitation lancée par l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), la Fédération Wallonie-Bruxelles et la ville de Liège, hôte de l’événement. Si la première édition avait permis de dresser l’état des lieux de la Francophonie, la seconde se voulait davantage une démonstration de l’effervescence dans la zone francophone. Sous le thème La Francophonie créative, elle « [visait] à valoriser la langue française comme support de créativité, de modernité et aussi comme outil de diversité ». Plus précisément, le FMLF 2015 appuyait trois objectifs majeurs :

  1. Renforcer la langue française en tant que support de connaissances, de modernité et de dialogue des cultures;

  2. Susciter des complémentarités entre porteurs et diffuseurs de projets créatifs, stimuler les partenariats équilibrés et dynamiser l’innovation;

  3. Développer des ressources numériques et les réseaux sociaux comme vecteurs de proximité, de tolérance et de développement.

2Le FMLF 2015 prenait comme point de départ l’une des conclusions majeures de 2012 : la vitalité future du français « [dépendra] de la place que les jeunes francophones lui réserveront dans leurs cœurs et dans leurs pratiques ». Il s’adressait donc prioritairement aux 18-35 ans, à qui il souhaitait offrir un espace d’échanges et une vitrine pour leurs initiatives privées.

3Le programme reflétait cette volonté. D’abord, la cinquantaine de manifestations culturelles offertes gratuitement en parallèle du Forum (musique, théâtre, audiovisuel, nouvelles technologies, jeux créatifs, expositions, animation de rue) célébraient la diversité et le décloisonnement des pratiques. Le spectacle de lancement des festivités a ainsi donné le ton, avec cette soirée de Brassage francophone, un cabaret multidisciplinaire réunissant chanteurs, conteurs, musiciens et comédiens originaires d’Haïti, du Québec, de Belgique et de France. Ensuite, la programmation régulière multipliait les angles de discussion grâce à ses cinq axes :

  1. L’éducation;

  2. L’économie;

  3. La culture et les industries culturelles;

  4. La relation entre langue et créativité;

  5. La participation citoyenne.

4Outre les 86 ateliers animés par les porteurs de projets, les occasions de partager ne manquaient pas pour les participants : semi-plénières thématiques; marathon de création numérique HackXplor; labfabs, ces laboratoires d’innovation grand public; rencontres commerciales Nord-Sud et programme d’accompagnement d’entreprises en cours de démarrage NEST’up.

5S’additionnaient à cette offre les conférences et les débats proposés par les opérateurs et les collaborateurs habituels de la Francophonie, dans lesquels la volonté d’encourager la multiplicité des points de vue était également palpable. À titre d’exemple, la table ronde « Le français une langue créative ! » a réuni autour de Mme Imma Tor Faus, directrice de la langue française et de la diversité linguistique à l’OIF et animatrice du débat, des intervenants aux profils variés : Haydée Silva Ochoa (Professeure de didactique des langues et des cultures à l’Université Nationale Autonome de Mexico), Bernard Cerquiglini (Recteur de l’AUF et linguiste) et Eric Lardinois (Consultant en créativité et en gestion de l’innovation).

6Bien entendu, le souci de faire valoir des perspectives variées transparaissait également au sein des ateliers. Se fondant sur des méthodes d’animation exigeant de tous un niveau élevé de participation (p. ex., l’activité brise-glace, l’exposé interactif, l’expérimentation, la discussion.), cette formule a su favoriser les rencontres et offrir une tribune privilégiée aux porteurs de projets désireux d’implanter leur idée, de la faire croître, ou de la diffuser pour en faire bénéficier d’autres.

7Parmi les présentations à l’horaire, ce sont surtout celles traitant d’éducation et de créativité qui ont interpellé les chercheurs et les praticiens intéressés par le français, langue ou objet d’enseignement. Malgré son caractère restreint, l’axe créatif a su proposer des activités portant sur des sujets brûlants, notamment la promotion de la recherche scientifique en langue française et la néologie. Dans le volet éducatif, les nouvelles technologies ont joui d’une grande visibilité en raison de leur capacité à rapprocher les collaborateurs potentiels, contribuant ainsi à effacer les frontières physiques qui se dressent parfois devant la volonté d’innover...

8… Une difficulté qui s’est d’ailleurs posée durant le Forum. En effet, même si les organisateurs ont cherché à faciliter la présence du Sud grâce à une assistance financière, le refus de délivrance de visas par les autorités aura empêché plusieurs participants de prendre part à l’événement, une situation récurrente depuis le Forum de Québec. Ces circonstances ont fait dire à M. Philippe Suinen, commissaire général du FMLF, qu’il était impératif d’assurer la mobilité des individus. D’ailleurs, cette libre circulation est une condition sine qua non au développement partagé, l’une des valeurs chères à la Francophonie.

9Lors de la cérémonie de clôture, l’immobilité obligée a fait place au mouvement volontaire, celui des participants qui ont tenu à transmettre à la Francophonie une feuille de route : le Message de Liège. Représentant la synthèse des préoccupations et des recommandations des jeunes récoltées tout au long du Forum, ce Message se base sur cinq énoncés clés :

  1. S’ouvrir aux autres en s’inspirant de toutes les diversités;

  2. Outiller chaque citoyen pour qu’il prenne sa place dans la société;

  3. Réseauter, connecter et partager;

  4. Être citoyen, acteur autonome et créatif;

  5. Diffuser et valoriser les pratiques et idées innovantes.

10À ces propositions s’ajoute le texte intégral du Message1, qui exprime de nombreuses demandes légitimes : la démocratisation des nouvelles technologies de l’information et de la communication; la facilitation de la mobilité, d’abord celle des personnes à travers la Francophonie, ensuite celle des idées à travers des pratiques de collaboration et de co-création; l’inclusion des populations géographiquement éloignées, précarisées ou non sensibilisées; la pleine participation citoyenne; la mise en œuvre de mesures d’appui aux projets des jeunes de la Francophonie; la valorisation de la diversité, qu’elle soit langagière, culturelle, géographique ou disciplinaire; la promotion de la langue française.

11Par ailleurs, des intervenants du volet participation citoyenne ont suppléé le Message de Liège en y allant de leur propre déclaration2. Ils ont demandé à ce que le discours des jeunes soit pris en compte sans filtres institutionnels, avant de souligner la nécessité pour la Francophonie d’aborder de front certains sujets politisés : « nous attirons l’attention sur le fait que ce Forum devrait se soucier des questions de démocratie, de respect et de promotion des droits de la personne. Nous souhaitons que ce souci se concrétise par des actions de solidarité empreintes d’égalité et d’éthique. » Ils ont également réclamé l’aménagement de nouveaux espaces de rencontres et de dialogue.

12Cette dernière revendication semble faire écho à la « Francophonie des solutions » évoquée par Mme Michaëlle Jean durant son discours inaugural. Un concept que la Secrétaire générale de la Francophonie a défini comme « notre capacité [à] mettre ensemble tous nos savoir-faire, toutes nos compétences, toutes nos idées, tous nos projets, mais aussi tous nos modèles, toutes nos initiatives et [à] travailler ensemble ». À l’issue du FMLF 2015, le HackXplor ressort possiblement comme la démonstration idéale de cette mise en commun d’idées et de leur concrétisation en français. En effet, lors de cette course de fond de 48 heures, 12 équipes multidisciplinaires et transfrontalières se sont affrontées. À l’issue de l’épreuve, le dispositif imaginé par la Fransaskoise Zoé Fortier, la Québécoise Cynthia Naggar et les Marocains Salma El-Salmani et Nabil Sahifa a retenu la faveur du jury. Leur application Augustin revêt un caractère à la fois global et décentralisé, puisqu’il s’agit d’une plateforme de partage transmettant à son utilisateur des suggestions musicales francophones ancrées dans les lieux qu’il traverse. Langue française, modernité, créativité, diversité, mais surtout, égalité. Tout se retrouve dans ce modèle collaboratif qu’il faut s’empresser de reproduire.

13En somme, le Forum de 2015 aura réussi à mettre de l’avant l’aspect catalyseur du français, qui peut éveiller la créativité en convoquant de multiples réalités. Il aura également permis aux francophones d’horizons divers d’échanger, de débattre, de tisser des liens, de s’inspirer et de travailler en synergie. Plus encore, il aura été l’occasion pour la Francophonie de donner une voix à la jeunesse. Reste maintenant à voir si nous saurons l’entendre.

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Pour citer

Julie Lalancette, Le Forum mondial de la langue française s’ouvre à la jeunesse
Le français à l'université , 20-03 | 2015
Mise en ligne le: 22 septembre 2015, consulté le: 19 janvier 2019

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Auteur

Julie Lalancette

Déléguée au FMLF, Les Offices jeunesse internationaux du Québec, Étudiante-chercheuse en sciences de l’éducation, Université de Montréal, Administratrice, Association québécoise des enseignants de français langue seconde

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