Le français à luniversité

Littérature et conduites de classe. Trois études de cas

Simona Jişa

Référence de l'oeuvre:

Sève, Pierre, (2014), Littérature et conduites de classe. Trois études de cas, coll. « Didaskein », ELLUG, 248 pages.

Texte intégral

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1Le livre de Pierre Sève s’adresse aux professeurs/maîtres d’école qui enseignent la littérature française au niveau CM2 (élèves natifs français) et aux didacticiens qui se penchent sur la problématique de l’apprentissage littéraire. Il présente les résultats de trois méthodes différentes de lecture et d’analyse littéraire d’un récit pour enfants, Taïga de Florence Reynaud.

2Littérature et conduites de classe contient une partie qui met en discussion diverses théories liées à la lecture et à l’analyse textuelle, utiles à tout enseignant et applicables en classe à d’autres œuvres littéraires aussi. Ce riche développement conceptuel montre la profondeur de la réflexion scientifique qu’exige un tel projet, et il est nécessaire dans la compréhension des leçons qui sont ensuite analysées. En classe, le contrat de lecture devient un contrat didactique, basé sur un certain rituel, dirigé de façon plus ou moins relâchée par l’enseignant, en fonction de la méthode que celui-ci décide de pratiquer. Est mise en valeur l’importance des acquis antérieurs, surtout au niveau narratif, descriptif, pragmatique, rhétorique, stylistique, évidemment, le support terminologique devant être adapté en classe à la tranche d’âge des élèves.

3L’auteur fait une analyse très détaillée de ce récit situé entre la réalité et le conte, qui parle de l’aventure d’Ivan (huit ans) resté quelques jours dans la taïga, après l’écrasement de son avion, et aidé à survivre par une louve qui redécouvre ses instincts maternels, jusqu’à ce qu’un chasseur le ramène auprès de ses parents. Cette interprétation pleine de nuances sert aux maîtres d’école comme modèle et source d’inspiration dans la phase préparatoire des leçons.

4Dans la partie pratique, l’auteur choisit de reproduire les répliques des élèves et des maîtres d’école, accompagnées de ses commentaires qui relèvent les aspects positifs ou les manques. Les trois cas étudiés proposent trois manières différentes d’aborder le texte en cause, de « conduire » la classe vers la découverte du message et d’interagir avec les élèves. Pour la classe A il y a « le primat du texte » (p. 171), où les interprétations subjectives des élèves ne sont acceptées que lorsqu’elles éclairent les significations préétablies par le maître qui ne veut pas s’éloigner du texte; les comparaisons avec d’autres lectures ne sont pas préférées; le cheminement des élèves est balisé, et il conduit les élèves vers un déchiffrement complexe des non-dits du texte. La classe B se focalise sur la « lisibilité du travail » (p. 181), et son enseignant est un colecteur qui vise à constituer un lectorat compétent; son attitude bienveillante envers tous les élèves mise sur une plus grande liberté accordée aux interprétations subjectives et comparatives, mais sa méthode laisse parfois des zones d’incertitude. La classe C fait un « pari sur les lectures subjectives » (p. 203), où le maître est en retrait, mettant l’accent sur l’expression personnelle des élèves et leurs interactions; on veut éduquer la pensée des élèves dans un but général humaniste, mais la leçon de ce type laisse parfois l’impression de ne pas être programmée et bien circonscrite.

5Le grand mérite de ce livre est d’avoir mis à la disposition du public avisé une analyse parallèle approfondie de trois manières d’aborder un texte littéraire, pour relever, chaque fois, les points faibles et forts.

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Pour citer

Simona Jişa, Littérature et conduites de classe. Trois études de cas
Le français à l'université , 19-04 | 2014
Mise en ligne le: 19 novembre 2014, consulté le: 19 mars 2019

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Auteur

Simona Jişa

Université Babès-Bolyai (Roumanie)

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