Le français à luniversité

Voyages et fantasmes de voyages à l’époque romantique

Fatiha Bennani

Référence de l'oeuvre:

Solomon, Nathalie, (2014), Voyages et fantasmes de voyages à l’époque romantique, Presses universitaires du Mirail, Toulouse, 308 pages.

Texte intégral

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1L’écrivain voyageur est, dès 1840, l’objet d’un soupçon d’infidélité aux lieux visités. Cette figure de l’écrivain se révèle propre à une époque qui croit en la littérature et qui lui soumet le monde. La question qui s’impose : comment les écrivains s’accommodent-ils de la confusion qui s’instaure entre le texte et le monde ?

2L’essai de Nathalie Solomon montre que le pays visité ne peut pas s’analyser comme une entité référentielle, a priori extérieure à l’œuvre qui va s’élaborer, d’où l’obligation d’une sensibilité individuelle et d’un acte divinatoire. Aussi, le voyage littéraire adopte-t-il les propriétés d’une aventure dont les règles se définissent en cours de route; il s’organise et se déploie en dehors de la réalité.

3L’état d’âme, la fantaisie, le tempérament du voyageur constituent le fond du récit de voyage au XIXe siècle, et la question de l’authenticité ne se pose même pas, car le narrateur des voyages se présente comme un témoin capable de relever le défi posé par la description de lieux bien connus et souvent décrits. Ce narrateur omniprésent prépare le récit de voyage, projet ambigu par définition, tout en engageant le lecteur à ne pas le prendre au sérieux. Celui-ci n’est pas tenu de croire sur parole ce qu’on lui racontera, car l’écrivain voyageur dont la sincérité est affichée ne peut immanquablement éviter le passage par des pays fantasmés. À tout moment, l’observation peut se muer en rêverie et le discours du voyageur devient celui de l’écrivain, car l’auteur oscille entre l’observation objective et une fascination chargée de possibilités littéraires.

4L’aventure scripturale prend alors le pas sur le désir d’exactitude comme le rêve remplace la réalité. Nous pouvons dire qu’entre l’exercice d’érudition et le pur morceau de littérature affranchi de règles, le récit de voyage cherche encore une définition.

5En définitive, le récit de voyage privilégie la narration sur la réalité concrète de l’expédition. Le voyageur reste libre de choisir une tout autre voie que celle du regard. C’est l’écriture qui déploie l’itinéraire et non l’inverse. Nous comprenons dès lors que le voyage immobile vaut le voyage physique et que le terme véritable des pérégrinations reste le texte lui-même. Le filtre de l’écriture crée la réalité du voyage, c’est-à-dire que les priorités du poète priment celles du journaliste au sens archaïque du terme. Le voyageur se donne le pouvoir de démythifier les lieux ou de récrire leur légende, affirmant ainsi la puissance de la littérature sur la réalité.

6Pour conclure, nous pouvons dire qu’il est impossible de décider si le voyage est authentique ou non, si le récit qui en rend compte est crédible ou considéré comme un prétexte à la mode que choisissent les écrivains pour illustrer leur virtuosité. Nous constatons durant la lecture de ce livre richement documenté que réalité et imagination se mêlent, ce qui nous permet de proposer leur interaction comme une définition possible de l’écriture du voyage romantique.

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Pour citer

Fatiha Bennani, Voyages et fantasmes de voyages à l’époque romantique
Le français à l'université , 19-04 | 2014
Mise en ligne le: 19 novembre 2014, consulté le: 27 mars 2017

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Auteur

Fatiha Bennani

Université Hassan II Casablanca (Maroc)

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