Le français à luniversité

Mémoires et imaginaires du Maghreb et de la Caraïbe

Anouchka Sooriamoorthy-Desvaux de Marigny

Référence de l'oeuvre:

Kassab-Charfi, Samia et Mohamed Bahi, dir., (2013), Mémoires et imaginaires du Maghreb et de la Caraïbe, coll. « Poétiques et Esthétiques XXe-XXIe siècles », no 15, Honoré Champion, Paris, 327 pages.

Texte intégral

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1La problématique, ancienne, du comparatiste, est celle de ne pas corrompre, déformer ou travestir les œuvres et les pensées en se livrant précisément au travail de comparaison. Le présent ouvrage parvient à ne pas réveiller ces vieux débats. Samia Kassab-Charfi et Mohamed Bahi (sous la direction de qui ce livre a été réalisé) avancent, dès le prologue, qu’un rapprochement entre le Maghreb et la Caraïbe pourrait sembler arbitraire et artificiel ; mais un tel lien ne se fera pas en invoquant un prétexte historique ni même linguistique (au sens d’une francophonie uniformisante). Plutôt que le terme de rapprochement, ce sont davantage, pour reprendre les concepts glissantiens, des relations, des rhizomes qui sont tissés entre ces écrivains et penseurs. Le lecteur le comprend dès les premières pages, à travers les textes inauguraux d’Abdelwahab Meddeb, de Patrick Chamoiseau, de Monchoachi, d’Ernest Pépin et de Boualem Sansal, tous le ressentent et l’écrivent à travers des modalités qui leur sont propres : c’est une solidarité littéraire dont il s’agit. Cette mondialité poétique échappe à toute possibilité (stérile) de poser des carcans géographiques, identitaires ou autres.

2Les 17 contributions offrent des rencontres (et non pas des comparaisons) inédites, déroutantes et séduisantes. La pensée d’Édouard Glissant (à qui ce recueil, avec Franz Fanon, est dédié) est constamment présente, comme un souffle continu. Ainsi, Aimé Césaire et Kateb Yacine deviennent des échos-monde qui échangent (Thomas Demulder) ; plus loin, c’est avec Glissant que Yacine s’entretient (Catherine Delpech) ; la canne à sucre (Emile Eadie), le corps (Jean Khalfa, Jacqueline Couti), le paysage (Manuel Norva, Caroline Ziolko, Inès Moatamri) sont autant de rhizomes qui filent, qui errent et qui tissent de nouvelles perspectives critiques. On redécouvre Ernesto Cardenal en chantre d’une identité composite (Ridha Tlili) ; on repense l’exil et la violence (thèmes si souvent accolés aux littératures que l’on appelle francophones) à travers les destins tragiques des personnages de Mohammed Khaïr-Eddine et de Fouad Laroui (Mohamed Bahi) ; on s’interroge de nouveau sur cette histoire douloureuse, sur les narrations qui en ont été faites (Corina Crainic) et sur le fonctionnement de la mémoire collective (Yasmine Khodhr). On assiste au dépassement des genres et des catégorisations prôné par Glissant à travers la découverte des œuvres de deux plasticiens, Ernest Breleur et Tahar M’Guedmini (Samia Kassab-Charfi).

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Pour citer

Anouchka Sooriamoorthy-Desvaux de Marigny, Mémoires et imaginaires du Maghreb et de la Caraïbe
Le français à l'université , 19-01 | 2014
Mise en ligne le: 20 mars 2014, consulté le: 25 mars 2019

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Auteur

Anouchka Sooriamoorthy-Desvaux de Marigny

Lycée français International Georges Pompidou (Émirats arabes unis)

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