Le français à luniversité

La diffusion du français au Tchad. Les centres d’apprentissage pour arabophone

Tchaïné Dionnodji

Référence de l'oeuvre:

Diop, Aminata, (2013), La diffusion du français au Tchad. Les centres d’apprentissage pour arabophones, Karthala, Paris, 335 pages.

Texte intégral

1Le contexte linguistique tchadien se caractérise par un multilinguisme fonctionnel où les langues de communication de masse ne sont pas celles de l’environnement scolaire et administratif, dominé par le français.

2Introduit au Tchad par la colonisation au 19e siècle, le français reçoit un accueil mitigé. Les populations du nord d’obédience arabo-musulmane ont longtemps rechigné à envoyer leurs progénitures à « l’école du Blanc », véhicule du christianisme. Celles africano-animistes du sud lui ont été plus favorables, avec pour conséquence l’accès au tissu administratif pendant et après la colonisation.

3Au lendemain de l’indépendance en 1960, des revendications socio-politico-militaire à l’instigation d’une élite arabophone formée à l’étranger ont conduit à la co-officialisation, en 1978, de l’arabe classique aux côtés du français.

4Le développement du système éducatif bilingue qui en a résulté dès 1983 peine à prendre son envol. Pour causes, la faiblesse générale de l’offre éducative et surtout la non-qualification des enseignants au regard du plurilinguisme langues maternelles-langues officielles; celles-ci, par ailleurs étrangères.

5Pour répondre aux besoins d’intégration dans le tissu administratif des élites arabophones, à la faveur du pouvoir politique qui a basculé dans le « camp nordiste » depuis le début des années 1980, des initiatives complémentaires aux structures scolaires sont développées, dont principalement le Centre audiovisuel pour les fonctionnaires arabophones tchadiens (CAVIFAT) dès 1983. Nés des cendres de celui-ci, les Centres d’apprentissage de la langue française (CALF), implantés à N’Djamena, Moundou, Sarh, Abéché et Adré, mieux structurés pédagogiquement avec l’appui de la France, constituent l’un des « fleurons de la francophonie au Tchad depuis 19911 ». Aujourd’hui organisés en réseau et engagés dans un processus d’autonomisation et de responsabilisation des cadres nationaux, les CALF, fruits de la coopération civile franco-tchadienne, transmettent de nouvelles valeurs socioculturelles et participent, à leur manière, au développement du bilinguisme et du « vivre ensemble » dans un Tchad divisé sur des bases régionales, confessionnelles et linguistiques.

6Dans un style propre à l’auteure, fait de « coups de griffes et de gueule », cependant, sans faire un procès à la coopération linguistique et éducative franco-tchadienne, ce livre en dépeint néanmoins la face cachée qui, si l’on y prend garde, pourrait plomber le devenir du français dans un contexte de rude concurrence avec l’arabe classique et les langues émergentes comme l’arabe dialectal et le ngambaye.

7Ainsi, si les véritables révolutions sont celles qui s’alimentent aux sources historiques et culturelles non pour préserver ou restaurer un patrimoine, mais pour le faire vivre, pour lier le passé au présent afin d’y trouver la vision du futur, avec la foi dans l’avenir2, La diffusion du français au Tchad : les Centres d’apprentissage pour arabophones, d’Aminata Diop, paru chez Karthala en mars 2013, en est une. Telle une chronique, ce produit de thèse a puisé dans l’histoire, la sociologie, les sciences du langage et la didactique des langues.

8Présentation de léditeur : http://www.karthala.com/dictionnaires-et-langues/2668-la-diffusion-du-francais-au-tchad-les-centres-d-apprentissage-pour-arabophones-9782811108847.html

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Notes

1 Site de l’ambassade de France au Tchad, cité par l’auteure, page 169.

2 Marcel Postic, dans sa préface à Adoum Mbaïosso, (1990), L’éducation au Tchad : bilan, problèmes et perspectives, Paris, Karthala, page 6.

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Pour citer

Tchaïné Dionnodji, La diffusion du français au Tchad. Les centres d’apprentissage pour arabophone
Le français à l'université , 18-04 | 2013
Mise en ligne le: 08 janvier 2014, consulté le: 19 mars 2019

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Auteur

Tchaïné Dionnodji

Université de N’djamena (Tchad)

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