Le français à luniversité

Bande dessinée et enseignement des humanités

Simona-Aida Manolache

Référence de l'oeuvre:

Rouvière, Nicolas, (dir.), (2012), Bande dessinée et enseignement des humanités, Ellug, Grenoble, 434 pages.

Texte intégral

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1Le lecteur du volume coordonné par Nicolas Rouvière, Bande dessinée et enseignement des humanités, aura une belle surprise : dans les 18 articles minutieusement documentés et très bien écrits qui composent ce volume, il ne trouvera pas seulement des analyses détaillées de la relation entre la bande dessinée et l’éducation, faites de maints points de vue — sémiotique (linguistique, graphique, plastique), littéraire, historique, pédagogique et/ou didactique —, mais aussi une perspective originale sur l’histoire culturelle des derniers 100 ans, perçue comme histoire sociale des représentations. Il constatera que, tout en parcourant les pages souvent révélatrices où l’on démontre comment une réflexion sérieuse sur la bande dessinée peut contribuer à la formation d’un lecteur-interprète, dont l’esprit critique et la sensibilité s’allient pour saisir même les sens les moins évidents des différents genres de documents significatifs pour la société contemporaine, il sera lui-même (trans)formé : plus ouvert sur la diversité des formes d’expression et des espaces culturels, plus apte à comprendre la complexité de l’intertextualité et de l’intericonicité, il deviendra à la fois plus conscient du rapport fragile entre l’implication et la prise de distance supposées par l’acte de lire.

2Dans un langage dont la richesse pluridisciplinaire témoigne des nombreux types d’approche de la bande dessinée et dont ils affinent certains termes (ellipse, album pour enfants, BD-reportage, multimodalité, etc.), les auteurs insistent sur des aspects fort variés : les traits définitoires de la BD (Marianna Missiou), l’histoire de la BD et de sa réception (Jean-Pierre Thomas), l’influence des autorités et des éditeurs sur l’évolution de la BD et de son emploi dans l’enseignement (Harry Morgan), la relation entre la BD et les autres arts — littérature, peinture, cinéma — et sa didactisation (Jean-Paul Meyer, Brigitte Louichon, Guillaume Perrier), la connexion entre la BD, l’histoire et la mémoire et ses reflets didactiques (Sylvie Dardaillon et Christophe Meunier, Vincent Marie, Thierry Crépin, Joël Mak dit Mack), les risques de l’emploi maladroit de la BD en classe (Jean-Maurice Rosier), la présence des BD dans les manuels (Bernard Tabuce), les stratégies didactiques et les dispositifs pédagogiques étayés sur la BD (Nicolas Rouvière, Angélique Perronet), l’éducation comme objectif intrinsèque de la BD (Christiane Connan-Pintado), la BD en cours de langue et civilisation (Marc Blancher, Sylvie Martin Mercier, Tatiana Blanco-Cordon).

3La diversité des points de vue ne rend pas le volume éclectique ; au contraire, elle met mieux en lumière les idées récurrentes dans les articles : la bande dessinée y est conçue comme objet culturel, au même titre que toute œuvre artistique ; en tant que tel, on peut l’étudier en classe, même s’il n’y a pas encore de théorie parfaitement adéquate à sa description et à son interprétation ; cela n’exclut pas nécessairement son utilisation comme support pour des apprentissages grammaticaux ou narratologiques, à condition qu’on évite son instrumentalisation trop réductrice ; de toute façon, le choix d’une certaine approche de la BD en classe est imposé par l’objectif d’apprentissage (culturel, historique, linguistique, etc.).

4Un livre formateur sur la formation par la lecture, l’analyse et la création de bandes dessinées, voilà une possible description synthétique de l’ouvrage réalisé sous la direction de Nicolas Rouvière.

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Pour citer

Simona-Aida Manolache, Bande dessinée et enseignement des humanités
Le français à l'université , 17-04 | 2012
Mise en ligne le: 17 décembre 2012, consulté le: 16 janvier 2019

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Auteur

Simona-Aida Manolache

Universitatea Ştefan cel Mare din Suceava (Roumanie)

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