Le français à luniversité

Vers une didactique universitaire du français sur objectifs spécifiques à l'Université An-Najah

Maha Atmeh

Texte intégral

1L’enseignement du français à l’Université An-Najah s’inscrit dans un projet de coopération bilatérale franco-palestinien dépendant d’une politique française de diffusion de la langue en Palestine. C’est un programme éducatif qui se base sur une pédagogie active et de projet. La méthodologie d’enseignement adoptée porte sur l’approche communicative qui favorise des méthodes fonctionnelles pour enseigner la langue. Notre étude de cas pose la problématique de l’enseignement du français sur objectifs spécifiques (FOS) par rapport à l’enseignement du français langue étrangère (FLE) à l’Université An-Najah. Or, nous essayerons de saisir les enjeux de la didactique du FLE à travers une analyse du dispositif de l’enseignement du français dans le but de répondre aux questions suivantes :

  • Est-ce que les diplômés du département de français à l’Université An-Najah trouvent du travail avec la formation qu’ils reçoivent en préparant leur BA de français ? 

  • Le FOS relève-t-il des priorités du marché du travail ?

  • Comment pourrait-on concevoir un programme de didactique du FOS ?

2Pour répondre à ces questions, nous nous appuierons sur une analyse du programme de BA de français mis en route en 2000 à l’Université An-Najah. Cette étude pourrait aboutir à la mise en place d’un plan d'action qui impliquera la participation de plusieurs départements dans le but de réaliser un projet commun.

3L’enseignement du français à l’Université se compose de deux volets : une formation linguistique et une autre pédagogique de futurs enseignants du FLE, dont l’enseignement de la traduction, qui est intégré dans le cursus. Cet enseignement s’inscrit au sein d’un programme de BA qui a pour objectif majeur de préparer des diplômés professionnels formés en didactique du FLE pour enseigner la langue dans les écoles palestiniennes bilingues. Ce programme de formation a fait l’objet de deux expertises (par le CIEP en 2003 et par l’Université de Franche-Comté en 2004) qui visaient à évaluer la progression de la formation, ainsi que le cursus de BA appliqué afin d’assurer un bon niveau universitaire. Malgré toutes les mesures prises, l’offre pédagogique ne semble répondre ni aux besoins réels des étudiants ni à ceux du marché du travail.

4Cette étude de cas est fondée sur notre participation active au programme d’enseignement du français, nos observations directes ainsi que nos discussions avec les étudiants et les collègues sur le déroulement de l’apprentissage du français. Il sera judicieux d’exposer les différentes étapes d’enseignement du français dans le curriculum de BA. Soixante-dix-huit crédits sont consacrés aux cours de langue du premier au sixième semestre pour atteindre le niveau B2 ou plus. À partir du 6e semestre, les cours de langue sont entamés et l’enseignement en français démarre avec des matières telles qu’Histoire de France, Pratiques de média, Vie politique en France et Histoire de l'art. Les modules proposés en quatrième année (7e et 8e semestres) sont consacrés aux cours de didactique du FLE et de linguistique qui constituent 16 crédits. Cette répartition de modules suppose que l’étudiant maîtrise déjà la langue française pour apprendre des sujets en français. Cependant, ce n’est pas toujours le cas, d’où le problème de l’enseignement de la langue au sein de ce programme, dont cette étude fait l’objet. Le public qui apprend le français est constitué d’étudiants universitaires qui souhaitent trouver du travail après l’obtention du diplôme ou poursuivre leurs études en France. Nous attirons l’attention sur le fait que les futurs enseignants de français sont censés assurer des cours de français dans les écoles qui enseignent la langue. La formation reçue pendant la dernière année de BA devrait remplacer une formation pédagogique équivalente à celle de l’UFM. Néanmoins, ce public déclare être plus motivé par une formation spécialisée en traduction/interprétariat, en tourisme ou encore en hôtellerie, plutôt qu’en langue française, et encore moins en didactique du FLE. Certes, l’enseignement de la traduction, étant limité à 4 crédits, ne permettra pas à l’étudiant d’exercer le métier de traducteur après avoir obtenu son diplôme. Le programme de français, spécialisé dans la formation pédagogique des enseignants du FLE, ne répond donc pas aux besoins réels de ce public. De ce fait, notre interrogation se dirige vers l'intérêt de l’enseignement du FOS intégré ou séparé du cursus du FLE au département de français.

5En nous basant sur les données précédentes, nous constatons que l’expérience de l’enseignement du FLE et du FOS intégré n’a pas pu ou presque atteindre ses objectifs pour les raisons suivantes :

  • Les diplômés du département de français n’arrivent pas à assurer correctement des cours de langue vu que leur niveau en français n’est pas satisfaisant et ne correspond pas à un niveau universitaire international. Par ailleurs, leur formation pédagogique n’est pas suffisante, d’autant plus que le marché du travail est déjà saturé dans ce domaine.

  • L’enseignement du français pour les autres disciplines (le Droit, le Tourisme ou même l’Histoire), requiert des enseignants formés à la fois en français et dans la discipline enseignée. Trouver un cadre enseignant qui réunit ces exigences nécessite sans aucun doute des efforts multipliés.

6Comme le cursus de BA ne permet ni au niveau pédagogique ni technique de considérer la langue française comme à la fois langue enseignée et langue d’enseignement, nous pouvons supposer qu’un projet de Master pour enseigner une discipline professionnelle en français pourrait répondre aux besoins réels du marché du travail. Nous optons pour un Master de traduction professionnelle qui s’inscrit dans les besoins immédiats du contexte palestinien. Cependant, pour mettre en place un programme de Master en français, il faut prendre en considération plusieurs contraintes susceptibles d’entraver la réalisation d’un tel projet. La difficulté réside prioritairement dans le cadre d’enseignants francophones spécialisés dans le domaine. Il y a aussi le problème de matériel et de ressources pédagogiques presque inexistants ou hors de portée.

7Afin de percevoir un projet d’enseignement du FOS à l’Université An-Najah et en Palestine et de mettre en place un plan d’action, nous proposons quelques pistes à suivre :

  • Créer un programme de Master en traduction professionnelle pour encourager les étudiants à poursuivre leurs études en français et répondre aux besoins réels du marché du travail. Ce programme s’inscrit dans les priorités de l’Université et pourrait être réalisable en coopération avec les universités du Moyen-Orient dans lesquelles ce programme a déjà été mis en route.

  • Un projet de centre de traduction, en cours de création à l’Université An-Najah, vise à former des traducteurs/interprètes en français, anglais et arabe. Cette formation sera dispensée du cursus universitaire et s’inscrira dans le cadre d’un programme de développement de la qualité d’enseignement postuniversitaire. Ce projet pourrait être un complément fructueux du programme de Master en traduction professionnelle.

  • Un plan de réforme académique, mis en place dans tous les départements de l’Université An-Najah, donne suite à une réforme du cursus français. Cette réforme du cursus a pour objectif majeur d’augmenter le niveau des étudiants en français pour atteindre le niveau C1/C2.

  • Encourager l’échange entre l’Université An-Najah et les universités françaises pour tirer profit des autres expériences. Cet échange consiste à accueillir des spécialistes du français et à envoyer des enseignants palestiniens dans les universités françaises.

  • Favoriser le travail collaboratif entre les enseignants francophones et ceux de la discipline enseignée qui pourraient répondre aux objectifs d’enseignement spécialisé en français.

  • Échanger des expériences avec des homologues français qui enseignent le FOS. Cet échange, sous forme de conférences et de séminaires, est susceptible d’approfondir les thèmes abordés dans le cursus universitaire.

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BIBLIOGRAPHIE

Olivier, Bertrand, (2008), Le français de spécialité : Enjeux culturels et linguistiques, Édition de l’école polytechnique, Palaiseau.

Richer, Jean-Jacques, (2008), « Le français sur objectifs spécifiques (F.O.S.) : une didactique spécialisée ? », Université de Bourgogne, Synergies Chine n° 3, pp. 15-30.

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Pour citer

Maha Atmeh, Vers une didactique universitaire du français sur objectifs spécifiques à l'Université An-Najah
Le français à l'université , 17-02 | 2012
Mise en ligne le: 12 juillet 2012, consulté le: 25 mars 2019

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Auteur

Maha Atmeh

Université An-Najah, Palestine

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