Le français à luniversité

Entretien avec Dario Pagel, Président de la Fédération internationale des professeurs de français

Dario Pagel

Texte intégral

1FAUN : La FIPF tient son XIIe congrès du 21 au 25 juillet 2008 dans la ville de Québec. Quel bilan faites-vous de son activité depuis le dernier congrès, à Atlanta, en 2004 ?
DARIO PAGEL :
La FIPF s’est beaucoup développée ces quatre dernières années. Elle a lancé de nombreux projets allant dans le sens de la professionnalisation de ses associations membres. Le premier de ces projets est la formation de cadres associatifs, qui se déroule tous les ans en partenariat avec le ministère des Affaires étrangères et européennes de la France et avec le Centre international d’études pédagogiques de Sèvres, qui agit à titre d’opérateur. Nous avons également, ces dernières années, développé notre politique de congrès régionaux. En 2006, nous avons tenu les congrès des régions Asie-Pacifique, Amérique latine et Europe. Si le congrès de la région Amérique latine, qu’on appelle également SEDIFRALE, se tient traditionnellement tous les deux ans, celui de l’Asie-Pacifique a été le premier dans l’histoire de notre fédération, et celui de l’Europe, le premier à rassembler toute l’Europe unie, d’est en ouest et du nord au sud. La Grande Europe, en quelque sorte. Nous avons poursuivi cette politique des congrès régionaux en organisant, en septembre 2007, le VIIIe Congrès de la Commission Afrique à Lusaka, ainsi que le Ier congrès de la Commission du Monde arabe en décembre, au Caire. Ces trois événements ont bénéficié du soutien de l’AUF en ce qui concerne l’appui aux manifestations scientifiques.

2Outre ces rencontres, on peut parler du quotidien de la FIPF, qui s’est beaucoup développée à la suite de la création et du développement de nos sites Internet (de manière autonome ou en partenariat), ainsi que de la restructuration de nos revues (Le français dans le monde, Dialogues et cultures) et de notre bulletin Échanges. En somme, je peux dire que nous avons nettement amélioré notre visibilité.

3FAUN : Qu’en a-t-il été de vos partenariats ces dernières années, quand on sait qu’ils représentent un signe de vitalité d’une fédération comme la vôtre ?
DP :
Nos partenariats traditionnels avec le ministère français des Affaires étrangères et européennes, le ministère de l’Éducation nationale et l’OIF se sont renforcés, de même que celui avec l’AUF, avec qui nous avons conçu le projet de recherche intitulé Culture d’Enseignement et Culture d’Apprentissage (CECA). Autres partenariats développés : ceux avec RFI, TV5 Monde, la Mission laïque française, le FIAP Jean Monnet, le CIEP et des universités françaises telles Paris 3 – Sorbonne Nouvelle et Marc Bloch de Strasbourg, entre autres. Enfin, signe visible que nous existons vraiment comme acteur important du développement de la langue française dans le monde et récompense de tous nos efforts : l’attribution à la FIPF, en octobre 2004, du Prix de la Fondation Louis D. de l’Institut de France, qui nous a permis d’acheter un local à Paris. Ce dernier, baptisé L’Escale du français dans le monde, est situé dans le 5e arrondissement, en plein quartier universitaire. Il s’agit d’un lieu d’échanges et de convivialité pour tous les professeurs de français qui sont de passage dans cette ville.

4FAUN : La FIPF regroupe des associations des cinq continents. Comment intègre-t-on ces différences pour réussir à garder des finalités communes ?
DP :
Nous avons un objectif commun, quel que soit le pays où nous nous trouvons : celui d’éduquer la jeunesse. Chaque région du monde peut avoir sa culture d’éducation, mais il n’en demeure pas moins que l’objectif est le même. C’est pourquoi cela ne nous a jamais posé de problème au sein de la FIPF, où nous avons instauré un dialogue constructif entre les membres, où les échanges et le partage d’expériences sont en quelque sorte nos leitmotivs. Et n’oubliez pas que nous avons un ciment : la langue française. C’est autour d’elle que nous sommes rassemblés et c’est elle qui nous lie, faisant de nous une famille dont les membres regardent dans la même direction.

5FAUN : Quel rôle les associations de professeurs de français peuvent-elles jouer dans les réformes ou les politiques de développement des pays ?
DP :
L’Association a un rôle politique à jouer, d’où la nécessité de former nos cadres associatifs. Elle doit participer au débat, conquérir son espace dans les mouvements de changement qui peuvent animer l’aire dans laquelle elle existe. Aujourd’hui, une association de professeurs de français ne peut plus se contenter de former des gens ou de diffuser la langue ; elle doit aussi influer sur les politiques linguistiques, donner son avis quand elle sent que la langue française est menacée dans les systèmes éducatifs, par exemple. On l’a vu en Afrique : à l’occasion des États généraux de l’enseignement du français, qui se sont déroulés en 2003 à Libreville, les associations ont réussi à sensibiliser 16 ministres francophones de l’Éducation. Ceux-ci ont signé un texte engageant les États à organiser, en milieu scolaire, un partenariat entre langue française et langues nationales. Au congrès des professeurs de français qui s’est tenu à Vienne en 2006, les associations ont pris ouvertement position en faveur du plurilinguisme dans les systèmes éducatifs. Ces exemples montrent notre nouveau dynamisme, même si nous savons très bien que la question de la langue se règle dans les pays par des mécanismes auxquels nous sommes étrangers, tels que la Constitution ou d’autres facteurs.

6FAUN : Vous allez quitter les fonctions de président de la FIPF à l’issue du congrès de Québec, même s’il ne fait aucun doute qu’un vieux militant de la langue française comme vous restera au service de cette cause. Que retirez-vous de cette expérience associative internationale à un niveau aussi élevé ?
DP :
D’abord, je tiens à remercier tous les amis et collègues professeurs de français qui ont cru en moi, en mon travail, en ma capacité d’affronter et de résoudre certains grands défis qui interpellent l’avenir de la langue française. Bien sûr, le travail n’est pas terminé ; la tâche reste immense et ne saurait s’achever au terme de ce deuxième mandat. Heureusement, tout porte à croire que la Fédération a les outils et les personnes qu’il faut pour continuer. À titre personnel, j’ai découvert beaucoup de cultures, j’ai connu des professeurs de français d’horizons divers, j’ai compris différents modes de fonctionnement, j’ai visité de nombreux coins de la planète, j’ai fait à la fois beaucoup de diplomatie, de travail humanitaire, de travail de réflexion, de prospection, de développement, de formation, d’accomplissement intellectuel ; bref, j’ai embrassé différents métiers pendant ces huit ans à la tête de la Fédération. Tout cela, je souhaite, après la fin de mon mandat, le restituer sous la forme d’écrits ou de conférences, par exemple. À la veille de ce départ, je suis sûr au moins d’une chose : je resterai toujours au service de cette langue, le français, qui m’a tant appris et à qui j’ai tant donné. Et, au-delà du français, je demeurerai au service des langues en général.

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Pour citer

Dario Pagel, Entretien avec Dario Pagel, Président de la Fédération internationale des professeurs de français
Le français à l'université , 13-01 | 2008
Mise en ligne le: 23 mars 2012, consulté le: 20 octobre 2018

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Auteur

Dario Pagel

Président de la Fédération internationale des professeurs de français

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