Le français à luniversité

La compétence transversale et la compétence interculturelle : médiation locale de mise en jeu de l’identité/l’altérité

Piyajit Sungpanich

Texte intégral

1Dans le contexte de l’Asie du Sud-est, le français en Thaïlande est considéré comme deuxième langue étrangère, après l’anglais1. De plus, le conditionnement d’utilisation du français en Thaïlande est relativement différent du CECR. Néanmoins, le programme de français des affaires de l’Université Rajabhat Chandrakasem (URC) doit répondre aux nécessités du marché du travail et au courant de la mondialisation. Ainsi, l’intégration du FOS dans la classe du FLE pour la formation des futurs travailleurs à l’URC apporte beaucoup de bénéfices aux apprenants, aussi bien dans la perspective de représentation que dans la perspective de transformation. Or, en introduisant une approche transdisciplinaire à l’université, il y aurait, par l’entremise du rapprochement entre les différentes disciplines, une adaptation des études à l’universel, qui nécessite à la fois certaines stratégies d’enseignement chez les enseignants et, d’une façon analogue, certaines stratégies d’apprentissage chez les apprenants. Tandis que la transculturalité caractérise notre monde d’aujourd’hui, il en résulte nécessairement une diversité culturelle au sein d’une même société, mais aussi un renforcement de la compétence interculturelle. Quelles seraient donc les stratégies pour le développement des compétences ?

2La section de français des affaires de l’Université Rajabhat Chandrakasem, établissement d’enseignement supérieur lié au ministère de l’Éducation nationale, développe, depuis sa création, un projet d’enseignement lié au contexte social du pays. Ses objectifs sont essentiellement de formation et de recherche fondamentale sur le développement socio-économique de la Thaïlande. Ce programme d’études dure 4 ans et permet d’obtenir la licence, spécialisée en français des affaires. Ce qui signifie que l’enseignement du français en Thaïlande doit préparer les étudiants aux moyens langagiers, aux techniques et aux méthodes de travail en articulation avec les compétences acquises en situation de bain linguistique thaï, valoriser leur langue maternelle en favorisant l’acquisition du français et préparer les étudiants aux exigences du marché du travail. Lors de l’interface Langue/Culture à la fois dans le monde de globalisation et dans le monde de la francophonie, il est nécessaire d’y intégrer la notion culturelle et interculturelle en prenant en compte la charge culturelle partagée en faveur de l’intercompréhension. De ce fait, le référentiel des compétences2 pour les étudiants de la section de français des affaires de l’URC serait une solution pour répondre aux exigences du marché de travail et à celles du ministère de l’Éducation supérieure du pays. Pour ce qui est des compétences transversales et interculturelles, nous nous basons sur le travail de recherche intitulé « Les facteurs qui affectent la réussite de l’apprentissage de la langue française en vue de développer l’aptitude en communication par la méthode d’intégration de la connaissance et des stratégies de développement de l’éducation en français basées sur la méthode d’intégration de la connaissance pour les étudiants thaï à Bangkok », mené par le chercheur. Les résultats montrent que les facteurs de langue (connaissance du vocabulaire et de la structure de la grammaire thaï et française), le facteur de culture (valeur sociale, croyance, tradition et culture d’entreprise dans les filières des affaires, de l’industrie touristique, du secrétariat et stratégies d’enseignement) et le facteur d’attitude (sentiment de protéophilie, motivation, volonté de réussir et désir de pouvoir employer la langue française dans la vie professionnelle) sont étroitement liés à la réussite de l’apprentissage du français en vue de développer l’aptitude en communication par la méthode d’intégration de la connaissance. Le français n’étant pas la seule langue étrangère demandée dans le monde du travail, nous nous trouvons donc confrontés à une certaine concurrence. Ainsi, comme près de 200 000 touristes français viennent chaque année en Thaïlande, d’où l’intérêt de se tourner vers le secteur touristique, les métiers du tourisme et de l’hôtellerie représentent un réel débouché pour nos étudiants francophones. C’est pourquoi il est important de cibler l’apprentissage de la langue en fonction des besoins professionnels.

3De ces constats, l’analyse des besoins des entreprises concernant les compétences souhaitées est la première démarche du développement du processus d’enseignement/apprentissage à l’URC. En outre, selon la politique du ministère de l’Éducation nationale de la Thaïlande, nous devons envisager comme cadre de référence pour les Thaïlandais ces cinq contraintes imposées pour l’enseignement : l’éthique et la moralité, les savoirs et les savoir-faire, les capacités à résoudre des situations problèmes, les relations interpersonnelles et nouvelles technologies de l’information et les compétences en langues étrangères. De notre point de vue, ce sont des compétences fondamentales et transversales à acquérir. Pour développer la qualité de l’enseignement/apprentissage du français en Thaïlande et pour constituer le nouveau type de connaissances adaptées au monde du travail actuel, nous avons étudié tous les dispositifs de notre section pour la prise en compte de notre capacité potentielle. Notre programme d’études se compose d’une part des matières principales (français fondamental axé sur les quatre compétences, grammaire, phonétique, français de l’hôtellerie, français du tourisme, français du secrétariat, français de la restauration, français des affaires, marketing, français dans les médias, études françaises et culture thaï) et, d’autre part, des matières secondaires (anglais de spécificité : hôtellerie, tourisme, culture et interculturel). Il est obligatoire de suivre des cours d’éducation générale comme tronc commun. Parmi les cours proposés dans le cursus, nous devons prendre conscience également des cinq contraintes imposées pour l’enseignement en Thaïlande. La mise en évidence de telle ou telle compétence et de tel ou tel niveau dépend de la pertinence de chaque matière. Pour ce faire, le tableau synopsis des cours proposés tout au long du cursus favorisera la classification des compétences dites transversales. Selon notre conception, une compétence transversale peut être à dominante cognitive (mémoriser, structurer l’information, analyser, résumer…) ou à dominante socioaffective (confiance en soi, respect de l’autre, jugement subjectif, coopération…). Son degré de transversalité est déterminé parla diversité des situations : certaines compétences sont plus transversales que d’autres, et certaines compétences transversales sont plus englobantes que d’autres. Les situations variées sont considérées comme point de référence pour la mise en pratique des compétences attendues. De plus, la diversité de contexte aidera les étudiants à développer leur compétence interculturelle et leur compétence transversale. De même que l’acquisition d’une compétence en matière de culture d’entreprise par les étudiants tout au long de leur cursus leur permettra une certaine approche de pratiques interculturelles, ces pratiques étant de plus en plus indispensables pour pouvoir travailler et communiquer dans un monde qui s’ouvre de plus en plus vers l’international. De plus, cet apprentissage interculturel peut aider les apprenants à mieux se rendre compte des savoirs à acquérir et à développer afin d’optimiser l’interaction et la coopération avec des personnes de cultures différentes. Les savoirs interculturels font ainsi partie des compétences fondamentales que tout apprenant d’une langue étrangère se doit d’acquérir. Cet apprentissage permet l’explicitation des malentendus, des émotions qu’ils soulèvent, des valeurs différentes qui les génèrent, afin de passer du conflit à la complémentarité créatrice ; cela suscite également la volonté de coopération et de trouver un nouvel équilibre identitaire au cœur même des interactions; ces personnes peuvent alors coopérer et construire ensemble un monde nouveau : la complémentarité des différences engendre la créativité (Marc Thomas, 2002). Par ailleurs, Fred Dervin (2004) a précisé que la compétence interculturelle repose sur une ouverture à l’altérité et le développement de capitaux interculturels ; une connaissance de soi ; une négociation des rapports entre ses propres croyances, attitudes et significations et celles de l’Autre.

4Après notre recherche sur « Les facteurs qui affectent la réussite de l’apprentissage de la langue française en vue de développer l’aptitude en communication par la méthode d’intégration de la connaissance et des stratégies de développement de l’éducation en français basées sur la méthode d’intégration de la connaissance pour les étudiants thaï à Bangkok »3, nous avons pu constater que la compétence transversale et la compétence interculturelle peuvent être mises en évidence par l’intégration de la pratique du portfolio des langues en tant qu’outil d’autoévaluation pour les étudiants. Ils auront ainsi l’occasion de se connaître en se basant sur le référentiel de compétences visées. Ce type de renforcement pédagogique pourrait les aider à se développer à leur gré. Pour ce faire, il conviendrait donc de changer non seulement le paradigme d’enseignement, mais également le paradigme d’apprentissage, pour rendre possible le développement vers l’identité/l’altérité.

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BIBLIOGRAPHIE

Conseil de l’Europe, (2000), Cadre européen commun de référence pour les langues : apprendre, enseigner, évaluer, Didier, Paris, 192 pages.

Dervin, F., (2004), « Définition et évaluation de la compétence interculturelle en contexte de mobilité : ouvertures », Moderna sprak XCVIII (1), pages 68-77.

Sungpanich, P., (2008), « Facteurs qui affectent la réussite de l’apprentissage de la langue française en vue de développer l’aptitude en communication par la méthode d’intégration de la connaissance et des stratégies de développement de l’éducation en français basées sur la méthode d’intégration de la connaissance pour les étudiants thaï à Bangkok », Institut de recherche et de développement de l’Université Rajabhat Chandrakasem, Bangkok.

Wikipédia, http://fr.wikipedia.org/wiki/Comp%C3%A9tence_interculturelle. Site consulté le 11 février 2012.

Wikipédia, http://fr.wikipedia.org/wiki/Diversit%C3%A9_culturelle. Site consulté le 11 février 2012.

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Notes

1  NDLR: Les auteurs sont responsables du contenu de leur contribution.

2  Voir P. Sungpanich, (2011). « Élaboration dun référentiel des compétences pour les étudiants de la section de français des affaires de l’URC — Bangkok ». Actes du séminaire international de l’APFI — Indonésie 2011, p. 71-74.

3  Voir P. Sungpanich (2008). « Regard sur l’enseignement/apprentissage du FLE en contexte thaï en se basant sur la notion du français transversal : étude de cas de l’URC, Bangkok — Thaïlande », Cadence no26 — Édition spéciale. Communications présentées au Colloque International de l’APFI — Indonésie 2008, p. 109-114.

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Pour citer

Piyajit Sungpanich, La compétence transversale et la compétence interculturelle : médiation locale de mise en jeu de l’identité/l’altérité
Le français à l'université , 17-01 | 2012
Mise en ligne le: 13 mars 2012, consulté le: 18 janvier 2019

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Auteur

Piyajit Sungpanich

Université Rajabhat Chandrakasem, Bangkok (Thaïlande)

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